L'Himalaya à moto 1 : De Manali au Kinnaur

 

      Journée 1 : la complète !

 

        Mardi 13 juillet 2010, 13h, nous quittons Manali. Nous partons à 3 motos, 3 Enfield 350, qui, chacune à leur tour, nous dévoilerons leurs faiblesses et leurs atouts. Nous sommes 6 : sur une bécane qu'ils louent, Pierre et Linda, 23 et 25 ans, qui voyagent léger ... après avoir perdu un de leurs sacs lors de l'une de leurs tentatives de passer le Rothang Pass -ils ont essayé 3 fois, en vain ; sur une autre, Aurélien et Jérémy, qui ont investi et carrément acheté la leur, 9 ans d'âge et un peu de fatigue ; l'un est Français (de la Meuse, qui n'est pas en Alsace, mais bien en Lorraine), l'autre Suisse, et ils forment une équipe du tonnerre ; sur le troisième engin, presque flambant neuf, c'est nous, et nos innombrables kilos de bagages ... il faut dire qu'on emmène, en plus de tout notre attirail pluie-vent-neige, notre petite tente, le réchaud, et un petit stock de bouffe déshydratée.

       Nous redescendons la vallée de la Beas le long du versant Est, par une petite route bien moins fréquentée que celle d'en face. Nous sillonons une campagne de vergers de pommiers et traversons le village de Nagar. Peu avant 15h nous parvenons à Kullu, chef lieu du dsitrict, où nous récupérons les papiers de l'assurance auprès de Indian Insurance Company : nous voilà parés ! A partir de Kullu nous devons affronter sur une dizaine de kilomètres l'affreuse circulation de l'axe routier principal. Il fait très très chaud, nous bouffons à pleines gorgées fumées de pots d'échappement et poussière. Le soir, Clément aura une tête à s'être maquillé, tant ses yeux paraîtrons délicatement cernés par une généreuse application de khôl !

       15H30 : Nous prenons enfin le temps de déjeuner et choisissons pour cela le “G(a)laxy Cafe”. Quelque peu en appétit, nous prenons place à l'ombre (au soleil c'est intenable) et commandons. Bon, déjà, on aurait dû se méfier, ce “restaurant” n'offrait aucune boisson, vraiment aucune : aucune de celles proposées sur la carte (même du thé noir !) ni aucune autre. D'habitude quand ils sont vraiment en pénurie, ils s'en vont arranger l'affaire discrètement et ramènent 2-3 trucs de chez le voisin commerçant, mais là non : “no drinks” et sans remord. On se rabat sur nos bouteilles d'eau chaude et Inde moto J1 Manali-Kasol (6)allons par nous même acheter d'autres boissons à la boutique d'à côté, et nous attendons d'être servis. Bien 45 minutes plus tard les premiers plats arrivent ... les premiers plats ? Le temps passe, mais rien ne vient ensuite ... 3 d'entre nous reste nt sans assiette ... Nous nous enquérissons auprès du serveur qui est tout désappointé : il n'y a rien d'autre en cuisine ... Un cuisinier se déplace : des pâtes ? Un riz blanc ? Non, pas possible “no pasta” “rice finish” ... Pas de “riz” dans un resto indien, au bout d'une heure d'attente ? Celle là on nous l'avait jamais faite ! Et y'en a pas un pour se sentir le moins du monde désolé. Ils auraient pas pu le dire plus tôt ? Et nos accolytes qui attendaient pour rien ! Ils finissent par obtenir un maigre sandwich de faux pain de mie à pas grand chose ... Question restauration on en avait déjà vu des vertes et des pas mûres mais là, c'était vraiment le pompom ! On n'a pas manqué de leur faire le coup du “sorry, money finish” au moment de payer l'addition ! On se dit que le stock de “A” devait lui aussi être “finish” et que c'est pour cela que la pancarte affichait “GLAXY” au lieu de “Galaxy”...

        Sur ce, nous nous engouffrons dans la vallée de la Parvati qui, via Kasol, mène au village assez prisé de Manikaran. Sans trop d'espoir nous y allons vérifier qu'il n'y a pas par là un accès raccourci à la vallée de la Spiti ... nos cartes ne sont pas bien claires sur le sujet : s'agit-il d'un sentier, d'une piste ou d'une route qui, passant le col Pin-Parvati, permet d'accéder à la Pin Valley, et, au-delà, à Kaza, le coeur de la vallée de la Spiti ? Pour le moment la route est relativement bonne et les paysages splendides. Aux arides versants peuplés d'arbres-cactus succèdent des flancs entiers de pommiers. Partout des câbles tendus de part et d'autre de la vallée sur lesquels coulissent de petites nacelles en tyrollienne bringuebalantes transportant de la route aux vergers ou aux hameaux plus haut les provisions montées de la ville et, dans l'autre sens, les fruits récoltés dans les pommeraies. Sur le bord de la route des habitants remplissent des cartons de pommes dont ils chargeront ensuite des camions, tandis que d'autres, adultes ou enfants, vendent directement les kilos de pommes ou de poires aux gens de passage. Au fond de la vallée nous apercevons par bribes de hautes montagnes enneigées. Nous surveillons aussi de lourds nuages sombres qui s'amassent autour de nous, de part en part.

        17H45 Il pleut. D'abord de grosses gouttes distillées une à une par les cieux, puis, le temps d'enfiler nos tenues (relativement) imperméables (que nous sommes tous bien contents de ne pas avoir négligées en bouclant les bagages), c'est l'averse. Nous décidons de poursuivre pour trouver refuge là où nous pourrons passer la nuit. Au bout d'un moment il nous faut nous rendre à l'évidence : on ne voit plus rien, tout autour de nous n'est plus qu'eau ; nous nous arrêtons dans un bouiboui jouxtant un hangar (l'abri-bus) où nous mettons les motos à l'abri.

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       18H30 Nous repartons, sous une pluie constante, mais moins forte. Ca, c'était juste avant que l'équipage Pierre-Linda ne se rende compte que leur pneu-arrière est à plat (c'est la deuxième fois déjà depuis qu'ils louent cette moto). On regonfle (merci la pompe à pied de Titine !), Linda monte avec Clément et moi (3 sur la moto + les bagages, ça commence à faire !) et Pierre parvient à mener sa monture jusqu'à l'avant-dernier virage avant Kasol ... Il est 19h30, et le ciel finit de s'égoutter ...

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Ce soir-là, après avoir trouvé une chambre à peine glauque mais avec eau chaude à 150 roupies, nous allons dîner dans un repère pour fumeurs. Car Kasol, comme nous l'avons découvert sur place, c'est à la fois une petite Israël et un fumoir grandeur ... himalayienne ! Les plans de cannabis poussent partout, et, à ce qu'il semble, les Israëliens aussi. Dans le resto où nous mangeons ce soir-là -nous n'avons d'ailleurs jamais vu de resto aussi bondé depuis le début du voyage- il y a peut-être, outre les Israëliens, quelques Italiens ou quelques Espagnols, mais il n'y a pas un seul non-fumeur-de-cannabis. Avec Clément on se sent presque les mals venus ! A part les timides pétards, il y en a qui fument des "shaloms", d'énormes pipes qu'ils ne cessent de nettoyer avec un goupillon pour mieux les reremplir. C'est vraiment très spécial comme ambiance. Enfin question bouffe, la pizza était à la hauteur et les falafels dignes des meilleurs adresses du Proche-Orient !

         En nous couchant nous nous disons que la journée a été largement assez complète, surtout après un départ en début d'après-midi : resto-foireux, trombes d'eau, crevaison dès le premier jour : elle promet d'être sympatique cette virée à moto !

 

       Journées 2 et 3 : d'une vallée à l'autre

 

       “Que la montagne est belle ...”

 

         A Kasol on nous a confirmé qu'aucune route ne menait directement de la vallée de la Parvati à celle de la Spiti. Le col Pin-Parvati ne peut se franchir qu'à pied. Ce mercredi matin nous décidons donc de rebrousser chemin : redescendre la vallée de la Parvati, rejoindre celle de la Beas au niveau de Bhuntal, la suivre jusqu'à Aut et essayer de couper dans le fromage pré-himalayien à ce niveau-là.


        Inde moto J2 Kasol Ani (2)7h15 Départ réussi ! Peu après nous nous arrêtons pour le petit-déjeuner dans une de ces petites cantines sombres de village. Banc de bois, pichets d'eau et larges bols de pickles sur les tables. Au menu : aloo parantha (galette fourrée d'une fine couche de purée de patates épicée – nous ne nous risquons pas à goûter le yaourt un peu trop flotteux habituellement servi avec) et thé que nous agrémentons d'une pomme de la région.

      

        Les nuages de la nuit se sont écartés pour faire place à un franc soleil. La vallée étincelle.

 


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        10h00 De retour à Bhuntal nous traversons les eaux bleu-glacier de la Beas auxquelles viennent se mêler les remous café-au-lait de la Parvati. Nous roulons une quarantaine de minutes sur la grande route qui relie la vallée de Kullu à Chandigarh et Delhi et par laquelle nous sommes déjà passés en 4L, en montant à Manali. Juste à la sortie du tunnel d'Aut qui nous avait tant impressionnés en voiture, nous virons gauche toute en direction du barrage hydro-électrique de Larji. De là, nous comptons couper dans le massif et gagner la vallée voisine de la Sutlej et la ville de Rampur en passant par le col de Jalori (Jalori pass - “col” en anglais se dit “pass”) et en évitant ainsi le détour par Shimla.


   

 

 

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       Nous commençons par remonter le cours d'un torrent à l'eau d'un bleu magnifiquement translucide ... au moment où nous nous mettons d'accord pour nous trouver un petit coin de baignade, l'eau prend soudain et inexplicablement (en amont) une teinte marron-sale ... Dommage ... Ce n'est que partie remise ! Après un déjeuner dans une dhaba de X (une cantine où l'on nous sert un thali à volonté pour pas cher) nous nous octroyons une sieste-baignade dans un petit coin de paradis ... mais Dieu que l'eau est froide ! De notre petit creu de fraîcheur et de verdure nous apercevons, tout là-haut sur la route, des tas de gens passer, à pied, certains portant des instruments de musique (percussions, longues trompettes ...) Nous apprenons qu'ils montent tous en procession à Shoja pour une fête (religieuse). Un jeune petit gars porte à lui seul sur son dos une lourde icône d'une divinité du panthéon hindou ... Personne ne l'aide à porter son fardeau, mais les gens viennent vers lui l'arroser d'eau, lui donner de la nourriture ou faire des offrandes de fleurs et de sucreries à la statue ...

 

      Inde moto 1 Manali-Leh    


      Pied à terre

 

         14h Nous dépassons tout ce monde. Tandis qu'autour de nous la montagne n'est plus que vastes forêts d'épineux à perte de vue la route se fait raide. Très raide. Très très raide. L'équipage Jérémie-Aurélien est le premier à caler. Ils parviennent à repartir pour s'arrêter de nouveau au virage suivant où nous les attendons au pied d'une pente encore plus abrupte. Inde moto J2 Kasol Ani (27)La 3ème moto, bien moins chargée, ne peine pas du tout. Ils prennent un peu des bagages de la moto n°2 et Jérémie et moi mettons pied à terre et poursuivons l'ascension à pied. Il reste une bonne quinzaine de kilomètres jusqu'au col ... Le paysage est superbe, une mer d'arbres au vert sombre à nos pieds, de tous côtés, au dessus de nous. Nous passons près d'arbres au diamètre impressionnant. Ainsi allégées les motos grimpent bien. Arrivé à Shoja (à 6km), Clément décharge la moto de tous nos bagages et redescend nous chercher.


         Shoja : 2 bouibouis au bord de la route. Derrière, un village dominant une longue et large pente de cultures étagées. Nous remettons tout sur la moto, moi y compris : il paraît que le plus raide est derrière nous. Rapidement l'asphalte part en miettes et nous voilà à gravir la pente sur un mauvais chemin de terre d'où émergent les arêtes de rochers. La moto avance tant bien que mal, Clément la guidant de tous ces muscles entre les récifs, nos corps encaissant sans se plaindre les secousses. Et puis le terrain se faisant trop mauvais je suis descendue. 4 Indiens serrés dans une toute petite voiture m'ont prise en stop avec un peu de notre chargement, tandis que Clément continuait seul son ascension vers le col. Mais de la voiture aussi tous les passagers ont dû descendre pour permettre au conducteur de franchir léger les passages les plus critiques ...

 


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         Jalori pass :

des oeufs durs mémorables. 

 

         

 

 

 

 

 

        16h30 Je suis arrivée au col de Jalori ( 3120 mètres) la première. J'ai eu du mal à convaincre mes Indiens de repartir sans moi, ils n'arrivaient pas à comprendre que, dans la descente, la moto pourrait me supporter ! Le reste de la troupe n'a pas tardé à arriver. Et, après s'être repus du spectacle à 360° d'océans de verdure vallonnés, de celui des prés de myosotis et des troncs couverts de lichens et de mousse, nous nous sommes posés devant un bouiboui et nous sommes mis à manger des oeufs durs. C'était des oeufs à la coquille teinte en jaune (au curry ?). Je ne sais plus qui a commencé, mais ce qui est sûr c'est que, pris de fringale, nous nous y sommes tous mis !!!

 

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       Une heure plus tard nous nous lançons dans la redescente. Presque 10h que nous sommes partis et la fatigue commence à se faire ressentir. La pente est bien raide et le terrain, bien que meilleur que de l'autre côté, pas une partie de rigolade. La concentration est de rigueur d'autant plus que les freins de la moto de l'équipage Jérémie-Aurélien montre des faiblesses couinantes ... La route est par endroit vertigineuse, les rochers éboulés ça et là pas toujours rassurants ... Nous cherchons un toit sous lequel passer la nuit, or, une heure plus tard, nous n'avons pas encore croisé un seul village. A peine quelques hameaux paysans.


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         Pierre, qui a gravé les noms de l'équipée dans la pierre ...


       Une soirée mémorablement pourrie

 

          Il n'est pas loin de 20h, la nuit est presque tombée, lorsque nous arrivons enfin à Anni, le premier bourg que nous rencontrons depuis le déjeuner. A Anni il y a 3 hôtels. On visite, on compare les prix, et on opte pour l'un d'entre eux, pensant faire plaisir à la patronne qui, in extremis, récupérait d'un coup 4 clients pour la nuit ... Ne rêvant que d'une douche et d'un bon repos nous sommes déjà prêts à nous étaler sur les lits ... C'était sans compter sur le pouvoir d'emmerdement aigu de madame la patronne des lieux. Non contente de nous faire remplir à chacun tout un tas de formulaires détaillés (mesure à laquelle on se plie sans broncher), elle nous sort d'on ne sait où une histoire comme quoi nous devons aller sur le champ lui faire des photocopies de nos passeports et visas, en deux exemplaires s'il-vous-plaît et lui remettre. C'est vrai que c'est exactement ce qu'on a envie de faire après une longue journée de route quand on arrive dans un hôtel : aller chercher le bouiboui qui fait photocopieuse à 21h dans un bled inconnu. Soit disant que c'est le gouvernement qui impose cette mesure à tous les hôtelliers pour évite les fraudes. Impossible de comprendre quelle fraude cela pourrait éviter : Madame ne veut pas discuter. Quand, cerise sur le gateau, nous découvrons qu'elle nous a menti – il n'y a ni eau chaude, ni eau courante tout court- et qu'elle applique aux prix annoncés une petite taxe en sus, nous décidons, Clément et moi, de changer de boutique. Il est prêt à la bouffer. Mais changer de boutique -même si, dans les faits, la concurence est mitoyenne – cela veut dire remballer tous nos sacs et déplacer la moto. La rage donne des ailes et nous avons tôt fait de prendre nos nouveaux quartiers ... dans une chambre miteuse à la chaleur humide et étouffante qu'un ventilateur vétuste peine à remuer. Forcément c'est plus ou moins le même cinéma que chez la voisine (taxes, formulaire à n'en plus finir), mais le type fait un effort et parvient à nous éviter la ballade des photocopies (en gardant sur lui – ou en déposant chez les flics, on n'a pas bien compris – nos passeports pour la nuit) et aussi à nous faire arriver de l'eau froide (presque chaude aussi) au robinet. Comme quoi, avec un peu de bonne volonté...

         Pendant ce temps le reste de la troupe a aussi fini par se prendre la tête avec la patronne d'à côté et changent eux aussi de crèmerie. On est tous un peu tendus, dépités, épuisés, à bout de nerfs et de forces. Lassés de les attendre nous partons dîner avec Clément au resto du 3ème hôtel de la bourgade : attente démesurée pour de petits plats médiocres. Vive l'hôtellerie ! En regagnant notre “hôtel” (dans lequel tout un tas d'Indiens en déplacement, regardent, vautrés sur leur lit en caleçon-débardeur blancs, le meilleur de la télévision indienne, leur porte de chambre ouverte pour mieux capter les courants-d'air) nous rencontrons nos 4 accolytes qui, partis bien après nous, reviennent repus et satisfaits d'un petit bouiboui à bas prix où ils ont été servis en 2 minutes ...

 

        Un nouveau jour se lève ... sur la mécanique !

 

       Inde moto J3 Ani-Sarahan (3) L'accueillante petite ville d'Anni nous est si sympatique que nous n'en décollons pas avant ... 11h30 le lendemain matin. C'est que les montures de nos compagnons ont chacune besoin d'une petite visite chez le mécanicien : celle de Linda et Pierre a de nouveau le pneu arrière à plat tandis que celle de Jérémie et Aurélien a de sérieuses défaillances au niveau du freinage, sans parler du porte-bagage qui aurait besoin de nouvelles soudures. Les artisans d'Anni n'étant pas compétents en tout domaine, nous faisons un peu plus tard étape pour quelques heures à Rampur (la grande ville du secteur) où nous déposons les 2 motos en révision tandis que nous allons déjeuner. Quant à Clément et moi, nous sommes assez contents de la nôtre qui tient bon et ne montre aucune défaillance à part ses petites difficultés dans les côtes de la veille. Nous nous trouvons aussi bienheureux d'avoir pu louer la moto à un particulier (Arshdeep), aussi retardataire soit-il, plutôt qu'une bécane douteuse qui en a déjà un peu trop vu dans un des business peu scrupuleux de Manali. D'Anni à Rampur, une cinquantaine de kilomètres sur une route qui viroune, toute en descente. Nos motards prennent de la vitesse et, si près du vide, ça me fait un peu peur. Nous passons près d'immenses glissements de terrain et éboulis. La route n'est pas coupée mais ce n'est pas tout à fait rassurant. Nous retrouvons un paysage de cactus et de plantes grasses géantes. Et puis nous rejoignons le grand axe reliant Shimla à Rampur : un large bandeau de belle asphalte, une vraie autoroute !

         Il n'est pas loin de 17h quand, quittant Rampur, nous prenons enfin la route pour de nouvelles aventures. Nous commençons ici notre remontée de la vallée de la Sutlej. C'est une route sinueuse qui borde de très profonds précipices. Il y a un peu de verdure, quelques arbres en contre-bas, ce qui me permet de dédramatiser. Le long de cette vallée nous traversons plusieurs lotissements militaires : nous sommes sur l'un des 2 principaux axes routiers qui permettent un contrôle militaire des frontières chinoises, le grand concurrent de l'Inde. Nous en traversons d'autres lorsque, depuis Jeory, nous décidons de monter passer la nuit 13km plus haut, à Sarahan.


          Une nuit dans le temple de Sarahan


          Nous avons décidé d'y monter parce que plus haut, il fait plus frais. Après une après-midi à suer sur les bords de route poussiéreux de Rampur nous ne rêvions tous que d'un peu d'air frais.


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        Sarahan. Trône là un temple hindou abritant on ne sait jamais trop quelle divinité. Mais ce temple a presque tout de la mode népalaise, voire des monastères orthodoxes de l'Europe de Est. Des hautes pagodes de pierre et de bois finement sculpté, entourées d'un cloître de monastère. Au coucher du soleil le préposé des lieux branche des hauts parleurs qui diffusent une musique qui renforce encore l'atmosphère hors-du-temps des lieux. C'est dans une aile de ce cloître que nous passons la nuit, dans de vastes chambres claires, fraîches, où l'eau chaude ne se fait pas prier pour couler ... Le tenant de la “Rest House” nous refait le coup des photocopies du passeport : c'est que ce doit être une disposition particulière à ce district. Ce qui est agaçant c'est que personne ne veut croire que, de tout notre voyage en Inde, c'est la première fois qu'on nous demande cette paperasse. Le type est sympa, on ira lui faire les copies le lendemain matin. S'en suit une soirée agréable (en guise d'amuse-gueule momos et bouillon dans une cabane tibétaine, puis thali pour le dîner dans un dhaba très sympatique) et une nuit reposante ...

 

        Journées 4 et 5 : en remontant la vallée de la Sutlej


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        Petit matin sur les hauteurs de Sarahan


       Petit déjeuner écolier


      Inde moto J4 Sarahan-RekongPeo (43)Et le lendemain ... est de nouveau une journée qui commence sous le signe de la mécanique ... Nous traînons un peu dans le dhaba de la veille au soir où nous retournons prendre notre petit déjeuner (éternels aloo parantha et louchées de ragoût de haricots et lentilles). Nous voyons passer dans la rue les écoliers en uniformes. A côté de nous une tablée de jeunes hommes. Je remarque les cahiers qu'ils tiennent à la main : ce sont des “livres du professeur”. Je vais m'asseoir avec eux : ils sont tous profs de matières scientifiques en collège et lycée. Ils m'invitent à lire les objectifs (assez modernes  ma foi) que tout professeur devrait garder en tête inscrits en 4ème de couverture de leur fascicule. Je n'en retiendrai qu'une phrase, celle de la première de couverture : “Si l'on croit en eux les miracles peuvent arriver” ...


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       Mécanique


       Inde moto J4 Sarahan-RekongPeo (20)  A 11h nous finissons par quitter Sarahan, et complétons notre petit-déjeuner de pommes glânées en chemin. A 12h30 nous n'avons pas dépasser Jeori où les gars ont dû passer faire vérifier le pneu défaillant (crevasses ...) de leur moto ainsi que la chaîne. C'est ce moment-là que choisissent mes intestins pour me signaler un raz-le-bol de la nourriture de la route ou peut-être plutôt de certaines eaux “purifiées” que nous avons acceptées de boire. Cette colique me tordra les boyaux avec spasmes et sueurs froides toute la journée et me laissera sans force le soir venu ...


           En remontant la vallée de la Sutlej ...

 

            Ce vendredi nous poursuivons notre remontée de la vallée de la Sutlej (soit dit en passant un des affluents de l'Indus qui débordent en ce moment au Pakistan), à peine amorcée la veille  ... de barrages hydroélectriques en barrages hydroélectriques : les travaux sont monstrueux, les constructions gigantesques, le débit des eaux sombre et tumulteux. Nous sommes plus qu'impressionnés par cet affrontement des forces industrielless avec l'inertie de la pierre. Inde_moto_J4_Sarahan-RekongPeo--24--copie-1.JPGNous sillonons la vallée à une altitude d'environ 1600 mètres et pourtant les montagnes de part et d'autre, vertes de pâturages et de sapins, nous dominent de tellement plus haut encore que nous nous sentons liliputiens dans ce domaine taillé pour les géants. Ce que l'on en voit tutoie le ciel à quoi ? 3000 mètres ? 4000 mètres ? Si là-haut tout est vert ici nous évoluons dans un monde minéral, celui des falaises que l'on creuse pour faire passer les routes, celui des montagnes que l'on perce pour en extraire le minerai, de la roche que l'on broie pour faire le ciment, celui du béton des lacs artificiels et des barrages.


 

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         16H30 On n'a pas fait 50 km que voilà une nouvelle crevaison ! La troisième de Pierre et Linda ! On redéballe tous les outils et en une heure, montre en main, avec 2 clefs et un tourne-vis pour déjanter le pneu, la roue est réparée !


 

         

 

 

 

 

 

 

          Rekong Peo, plein d'essence et permis pour la vallée de la Spiti


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          Un peu plus loin, juste avant Rekong Peo, le chef lieu du district, nous rencontrons la dernière pompe à essence avant 300 km : nous y faisons le plein des réservoirs et des bidons (2 de 5 Litres chacun) avant de grimper les lacets qui mènent à la ville et nous permettent de nous échapper pour un temps de l'encaissement de la vallée.


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       Nous échouons dans un hôtel qui avait pour accroche “Luxury bathroom” ... Nous n'étions pas dupes, mais quand même ... Le fait est que la chasse d'eau fonctionne et qu'il y a de l'eau chaude ... que demander de plus ???


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       Si nous avons fait étape à Rekong Peo c'est pour venir y chercher les permis d'accès à la région du Spiti. On les obtient le lendemain matin en 2 petites heures moyennant 150 roupies par tête. Sur ce nous regagnons la route principale dans le creu de la vallée, repassons à la pompe de la veille, quelque kilomètres en arrière, pour compléter le plein, et c'est reparti ! A nous la Spiti !!!

 

         En route pour la Spiti !

 

Inde moto 1 Manali-Leh6Jérémie (aux commandes) et Aurélien, nos amateurs de chapeaux typiques

 

        En attendant nous sommes dans la région du Kinnaur ... Et aussitôt nous voilà sur un mauvais chemin de terre. On avance à 10 km/h tout au plus ... Quand on ne roule pas dans la boue c'est la poussière qui nous vole dans les yeux, les narines, dans les oreilles et nous macule le visage. Nous passons d'un côté à l'autre de la vallée, traversant des ponts musicaux, de ces ponts métalliques installés par l'armée qui s'ébrouent à chaque passage ...

 

Inde_moto_J5_RekongPeo-Nako--38-.JPGDerrière le pont en construction, la vieille passerelle de feraille branlante et de bois

 

        Le bruit du claquement des planches de bois sur les armatures de feraille est surréaliste. Je ne sais pas pourquoi, on pense au pont de la rivière Kwai ... il faudra qu'on re-regarde le film ... Il n'y a presque plus de circulation, ça sent un peu le cul de sac, le bout du bout ... La majorité des véhicules que l'on rencontre sont des camions de l'armée qui montent vers les camps militaires qui bordent la frontière tibétaine. De temps en temps la route a été sciemment mouillée par un camion citerne pour limiter la poussière (aux abords de casernes ou de zones de travaux) mais du coup ça glisse et Clément doit redoubler de vigilance. Et puis tout d'un coup, sur peut-être 5 ou 6 kilomètres (comment les compter, on va si vite alors !) nous voilà sur une large, très large et très belle bande d'asphalte toute neuve, rien que pour nous ! Nous manquons de nous envoler ... Et puis c'est de nouveau la mauvaise piste ...

 

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        Nous déjeunons sur le pouce, à une terrasse ensoleillée de Spello. Peu après, checkpost : le temps de montrer nos permis et nous passons. Juste après un petit temple hindoue : devrait-on y faire prières et offrandes pour s'assurer la protection des dieux pour la route qui nous attend ? Le paysage se transforme, peu à peu, d'impressionnant il devient spectaculaire. Comment le décrire ? C'était il y a pas bien longtemps et pourtant il me faudrait déjà y retourner pour pouvoir retrouver ce qui nous a tant saisi alors. Les photos ne rendent pas bien la grandeur des paysages que nous avons traversés, elles la découpent alors que nous en étions englobés. Tous les six, seuls au milieu de ces géants de roche.

 

Inde moto J5 RekongPeo-Nako (21)

 

Inde moto J5 RekongPeo-Nako (25)

 

        Ce que l'on peut décrire ce sont les falaises verticales, les gorges étroites profondes et vertigineuses, et, tout à coup, surgi de ce néant de pierre, des villages-oasis, au vert si tranchant sur ces incroyables dégradés de gris et d'ocres ... C'est fou comme l'être humain parvient à s'installer au milieu de rien, comme ici, où il a réussi à faire surgir vie, cultures et vergers d'un désert minéral, abrupt, hostile ... Quant à elle la route pardonne moins que jamais : quelques heures avant notre passage, de nuit, elle a eu raison d'un automobiliste aviné qui a plongé dans le torrent en contrebas.

 

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"Route abimée par les inondations. Roulez lentement."

 

        A notre grande surprise on retrouve soudain une route pas bien large mais asphaltée qui se met à monter, monter, monter à n'en plus finir ...  C'est maintenant la Spiti qui coule en contre-bas, tout tout tout en bas ...  car nous nous élevons, nous nous élevons, encore et encore, découvrant de nouveaux paysages, toujours aussi désertiques, jaunes, ocres, roux, baignés dans la chaude lumière du soir.  Inde moto J5 RekongPeo-Nako (53)Et c'est à chaque fois comme un miracle de découvrir, tâches vertes ici et là, des vergers au vert vigoureux, alimentés par de fins canaux presque invisibles de loin. L'après-midi se termine mais le soleil est encore de plomb. Nous nous arrêtons presque à chaque tournant pour prendre des photos. Nous nous croyons arrivés sur la lune, voisins des nuages et des hauts sommets enneigés qui culminent non loin.

 


Jérémie

 


Inde moto J5 RekongPeo-Nako (49)

 

Inde moto J5 RekongPeo-Nako (50)

 

Inde moto J5 RekongPeo-Nako (54)Tout là-haut, l'oasis de Nako ; derrière, à une journée de marche, la frontière tibétaine ...

 

       Nous arrivons à Nako (3782 mètres d'altitude), réputée pour son lac ... de lac il n'y a en fait qu'un joli étang encaissé entre les cultures étagées du villages. Le village quant à lui est merveilleusement séduisant ... Aurions-nous atteint le paradis ?

[pour connaître la suite lisez la page L'Himalaya à moto 2 : Du Kinnaur au Spiti ]

 

Inde moto 1 Manali-Leh8Arrivée à Nako

 

        Ci-dessous et pour repère le tracé de notre itinéraire de Manali à Keylong (comme pour toutes les photos que nous publions -sauf oubli- vous pouvez cliquez dessus pour l'agrandir et la télécharger) :

 

Itineraire moto Himachal-Pradesh Manali-Keylong detail

 

(Pour ceux qui envisageraient un jour de parcourir l'Inde à moto ou en auto, sachez que nous avons trouvé cette carte dans le très utile guide indien "Driving Holidays in India" datant de 2009 et qui se trouve dans les librairies des grandes villes et que Marcus le voyageur suisse-allemand nous a gracieusement prêté le temps que nous le photo-copions ... une aide précieuse sur cet itinéraire hasardeux)

 

 

 

 

 

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