Vers les sources du Gange : fausse route

Publié le par Sur la route de soi

      Quitter la ville pour la montagne


       Après avoir enfin fini ce que nous devions vous transmettre via le net, nous reprenons la route en direction de la Vallée des Fleurs située au dessus de la ville de Badrinath. Plutôt que de prendre la grande route que nous avons sur notre carte, nous décidons de couper à travers la montagne. D'après les gens de la ville, la route est bonne. Nous sommes méfiants. Les quelques premiers cinquante kilomètres ont un air de départ en vacances pour rejoindre nos stations de ski ! La circulation est impressionante. En général, en Inde, une fois sorti des villes, les routes sont vides, on croise quelques camions mais rien de bien méchant. Là, c'est la classe moyenne qui a les moyens d'avoir une voiture qui monte à Naini Tal pour aller prendre le frais au bord du lac.

       Une fois Naini Tal derrière nous, on se retrouve tout seuls sur la route et quelle route ! Une asphalte parfaite, toute neuve comme sortie de nulle part (comme chez nous) et qui permet d'être vraiment attentif aux paysages de montagne qui se devoilent au gré des virages ! Nous croisons plein de petits villages où les gens nous dévisagent comme si nous venions d'une autre planète. Dans leurs regards, on peut lire de la curiosité et apprécier les sourires qui sont aussi simples que peuvent l'être des sourires francs. Ce soir, nous achetons quelques oeufs et on se pose sur un chemin de cailloux qui, comme tous les chemins en Inde, mène quelque part et est, par conséquent, emprunté. Les gens restent discret à notre grande surprise, un “Namasté” , un regard furtif et passent leur route. Petites patates sautées sur lesquelles on ajoute nos oeufs et voilà un dîner de rois quand on a quitté la france depuis 8 mois.


Inde Uttarakhand route-Haldwani-Karnaprayag (2)


 

        Dans le noir de la nuit notre regard est intrigué par une lumière incandescente, comme suspendue dans les airs, du côté des arbres. Lampadaire mourant ? Nid de lucioles ? Feu de joie sur le versant d'en face ? Bougies et encens d'un autel hindou. Nous partons en exploration : il s'agit d'un fil électrique entretenant un feu à mi-hauteur du tronc d'un haut pin. Flammes, fumée, gerbes d'étincelles. En France on appellerait les pompiers ; ici, on ne fait rien.

       Plus tard, nous étions paisiblement dans notre tente de toit en train de regarder Slumdog Millionnaire, un film sur l'Inde (qui nous plaît d'autant plus que nous le visionnons maintenant d'un regard plus familier et aguéri), quand, comme la tradition le veut, un chieur s'est arrêté avec son petit camion, en est descendu, a fait le tour de notre voiture sans même nous adresser la parole, puis est resté là à ne rien faire, à rôder à la faveur de la nuit. Au bout d'un moment je suis donc sorti pour lui demander quel était le problème et expliquer une fois de plus que nous n'allions rien construire sur le chemin ni voler quoi que ce soit. Il a quand même décroché son téléphone et transmis l'immatriculation de la voiture à je ne sais qui avant de me regarder fixement et de voir que j'étais en caleçon, et puis il a repris sa route. Le reste de la nuit fut paisible et frais. Pas de transpiration, pas de drap mouillé par la sueur ... Merci la montagne ! (L'altimètre affiche 1400 mètres).


Un bonheur de petite route


Inde Uttarakhand route-Haldwani-Karnaprayag (3)


       Au petit matin une Américaine qui habite plus loin sur le chemin passe par là. Elle est habillée d'une robe de bure à la tibétaine et s'en va prier – ou du moins méditer- en aval dans la cité de temples nichée au creu de la vallée. Elle nous explique que c'est ici que Ramsa (? un type de Harvard ?) avait rencontré ici le guru Krishnaga (?) ce qui lui avait inspiré le livre “Be here now” qui a poussé des milliers de gens dans les années 70 à venir méditer et faire du yoga dans le coin et partout en Inde, sur le chemin de leur “renaissance”. On décline son invitation pour le thé et on reprend la route.


      C'est de plus en plus joli, on traverse des forêts de pins, le sol est tapissé d'une espèce d'herbe verte rase qui donne un petit air de terrain de golf au sous-bois. On s'arrête pour pique-niquer à l'ombre. On sort le plaid et on se rend compte que c'est notre premier vrai pique-nique sur l'herbe depuis notre départ ! Salade de tomates et de concombre et samosas achetés au bourg d'avant nous calleront pour le reste de la journée. Toujours et encore les pins et les mélèzes, et , malgré l'altitude, la chaleur du soleil qui cogne sur les vitres. Et puis nous découvrons sur un versant une plantation de petits buissons taillés ras : nous voyons pour la première fois le rafinement des cultures de thé ... Plus loin s'élèvent avec élégance de hauts eucalyptus.


       Inde Uttarakhand pneu-arriere-use Dans l'après midi, on trouve un petit endroit en contre-bas de la route pour mettre la voiture. Nous sommes dans la forêt, sous les mélèzes et l'air est frais ... Nous décidons de changer les pneus arrière de la voiture sur la bande de roulement desquels, depuis peu, nous voyons la toile de la structure, et même pour l'Inde ça commence à devenir critique donc il nous faut agir. Bref pour faire simple il n'y a plus de gomme ! Nous mettons donc à l'arrière les pneus tout-terrains qui étaient jusque-là au-dessus de nos têtes (et que nous avions dû renoncer à mettre à l'avant de la voiture en Turquie, ils étaient trop gros !) Nous sommes contents car, à l'arrière, ils passent tout juste en largeur.


      Inde Uttarakhand route-Haldwani-KarnaprayagAprès cette bonne suée, on part se dégourdir les jambes en grimpant la colline en espérant avoir une vue sur toute la vallée. La forêt n'est que mélèzes dont les troncs se dressent à perte de vue et presque tous ces arbres sont entaillés en V pour pour pouvoir en récolter la sève résineuse. Forcément, en curieux que nous sommes, on regarde, on touche et on finit par malaxer la résine qui nous paraissait sèche mais qui ne manque pas de nous coller aux doigts. C'est tellement chiant à enlever !!!



Inde Uttarakhand route-Haldwani-Karnaprayag (6)


      30 minutes de marche et on est en nage : même s'il fait très frais à cette altitude, il fait quand même 25 degrés ! On redescend vers le campement, marchant sur un tapis d'aiguilles tombées l'hiver dernier : ça glisse et on manque de se gameler à chaque seconde. Demain, on rejoindra la route qui est apparaît en gros sur la carte pour rallier Badarinath, l'une des sources du divin Gange, et le sentier menant à la “Valley of Flowers” ...


       Au matin nous poursuivons notre chemin presque seuls sur cette petite route idéale, sillonnant les montagnes. Sur une crête elle nous dévoile un horizon de sommets blancs, l'Himalaya de nouveau, pour le plaisir de nos yeux. Des femmes portent, comme au Népal, des panières remplies de feuillages. Nous profitons de cette route parfaite avant le cauchemard. Un peu avant l'heure du déjeuner, nous arrivons à un grand carrefour dans le ville de Karnaprayag.


       L'enfer a un nom : la vallée de l'Alaknanda à la fin juin


        On s'engage sur l'axe principal . Et là on retrouve nos bonnes vieilles routes indiennes avec trous, bosses, bitume, puis plus rien et pour cette route-là, on a même droit aux éboulis de pierres qui trônent, épaprpillées sur la chaussée, et qui ne sont repoussées que lorsqu'elles bloquent VRAIMENT la circulation. On se dit que ça ne va pas durer mais en fait c'est tout le contraire ! Ca ne fait qu'empirer. Et la circulation ne fait que s'amplifier. Nous apprenons que cette route, qui remonte vers les sources du Gange le long de la large rivière Alaknanda qui est en est son principal affluent, n'est ouverte que 6 mois dans l'année, de juin à décembre ... Et tout en haut, tout au bout, se trouvent non-seulement les ultra-sacrées et révérées sources du Gange, mais aussi un très populaire lieu sacré de pélerinage pour les sikhs (que l'on a déjà croisé au Temple d'Or, à Amritsar, le jour de notre entrée en Inde) ! Sur cette route, il y a les 200 bus qui partent chaque jour de Delhi remplis raz la gueule, toutes les personnes possédant un véhicule personnel, toutes les jeeps servant de taxi familiaux, toutes les motos, et toutes les personnes qui sont obligées d'emprunter cette route pour travailler. Tous les pélerins sikhs arborent la couleur orange, turbans, drapeaux, T-shirts. C'est un vrai defilé ! Et nous sommes perdus au milieu !

        Le traffic est horrible, les motos nous doublent n'importe comment, les jeeps font de même, entre les éboulis, les glissements de terrain et le vide, et les bus créent des bouchons inimaginables car ils sont incapables de rouler à plus de 20km/h dans les côtes. J'oubliais, à cela il faut ajouter les pélerins hindous qui montent à pied et qui marchent bien tranquillement sur le bord de la route sans se ranger et sans se soucier des automobilistes.

        Bref, 10 km avant Joshimath (à une quarantaine de km de notre but) la chaleur, les bouchons, les démarrages en côte qui font peiner l'embrayage et des sikhs qui nous informent qu'ils vont tous en premier lieu à la vallée des fleurs, nous décident à faire demi-tour.

       Nous avons perdu une journée de route et un plein d'essence mais on a préservé la voiture et évité la foule. Nous ne sommes pas sûrs que nous aurions pu apprécier la vue des milliers et des milliers de fleurs qui font la renommée de cette vallée s'il s'était agit de partager le spectacle avec des milliers et des milliers d'Indiens ! Il est environ 16h00 quand on reprend la route en sens inverse.

       On s'arrête en contre-bas de la route dans un petit village ou il y a la place de s'installer au calme.

Du vent, un peu de pluie pour rafraîchir l'air nous font du bien car nous ne sommes plus bien haut et la chaleur a repris le dessus.


       Nous avons eu peur qu'il ne pleuve de trop et que nous ne puissions pas repartir mais ce matin la terre est bien sèche et notre super grenouille est prête à y aller. La circulation est plutôt fluide, à croire que tous les Indiens de la veille se sont mis une bonne cuite et ne se sont pas réveillés pour prendre la route. Nous poursuivons donc notre redescente de la vallée de l'Alaknanda, vers le Gange.


Inde Uttarakhand Srinagar


       La route est sinueuse et étroite. Nous passons pour la deuxième fois dans la ville carrefour de “Karnaprayag”. La circulation est redevenue “normale” et les voitures déboulent toutes plus vite les unes que les autres à tel point que, sur un passage normal, un Indien venant face à nous ne se range pas assez et nos rétroviseurs respectifs s'entrechoquent ! Notre glace part en éclats et cette pourriture de voiture beige ne s'arrête même pas. Un rétro de moins et nous continuons bien énervés ! A certains endroits, la route est tellement étroite qu'il n'y a pas la place pour deux et, comme c'est la loi du plus fort, nous devons à plusieurs reprises effectuer des arrêts d'urgence pour pas être envoyés dans le ravin. Léo est morte de trouille mais nous essayons de rester concentrés et de garder la maîtrise de la voiture et de nos nerfs.


Inde Uttarakhand Deoprayag (3)

 

       Lors de notre descente vers Rishikesh, nous traversons une rivière qui se jette dans l'Alaknanda dont nous suivons le cours vers le Sud. Leur eaux se mèlent au fond de la vallée. Intrigués par la couleur des liquides nous faisons une pause pour voir tout cela de plus près. La Bhagirathi, un bras de rivière avec une eau bleu-verte grisâtre comme nous en avons chez nous en montagne se jette dans les eaux boueuses et tourmentées de l'Alaknanda. Jusque là rien de special, mais quand on regarde à l'endroit exact où les eaux se rejoignent pour se mélanger il y a cette eau bleue et cette autre qui est marron. Le bleu disparaît dans le courant marron sans le diluer. C'est irréel ! C'est ici, de cette suprématie du marron sur le bleu, que naît le Gange, à un millier de kilomètres de Bénarès (Varanasi).


        On s'arrête peu après dans un petit bled à 25 km de Rishikesh pour la pause déjeuner. Je suis complètement épuisé par la conduite. Un thali, un plat de riz simple pour léo qui a quelques problèmes intestinaux pour lui tenir compagnie le long de cette agréable route, deux mots échangés avec un Indien de Paris qui est là en vacances, et c'est reparti jusqu'à Rishikesh qui est notre destination de la journée.


Publié dans Inde-2

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J
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F
<br /> <br /> Merci pour ta carte Léonore et bravo pour cette belle aventure.<br /> <br /> <br /> Nous suivons vos périgrinations avec intérêt.<br /> <br /> <br /> Bises et à bientôt,<br /> <br /> <br /> La tribu Fernagu<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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