Sur la route de Mumbai

Publié le par Sur la route de soi

Le chemin des écoliers

   On est partis de Daman de très bonne heure. Dans les rues les enfants se rendant à l'école, à pied, en danseuse sur des vélos trop grands pour eux ou emboîtés les uns dans les autres sur le scooter d'un parent.
Dégradé d'uniformes scolaires à l'anglaise : pour les filles jupe plissée rouge, bleue marine, kaki ou à carreaux vichy ou écossais ou robe chasuble unie croisée sur la poitrine et petit chemisier blanc, rose, jaune ... parfois une ceinture aux couleurs du pays. Des couleurs toujours, sauf pour certaines que l'école a préféré revêtir de blanc de la tête aux pieds (pour pouvoir mieux répérer la moindre salissure sûrement, sans fin dans ce pays envahi de poussière). Il y a aussi l'uniforme de type punjabi : la longue tunique de coton sur le pantalon léger, l'étole assortie flottant au vent dans leur dos. Les tresses sont sages, de petits noeuds de couleur aux extrémités,les cheveux, peignés à l'huile de beauté, luisants.  Ces demoiselles, parfois pieds nus, portent leurs tenues avec bien plus d'élégance que leurs petites camarades des îles britanniques ; cela vient-il du tissu, plus léger, plus seyant ou de la silhouette gracile -et non grassouillante- des petites Indiennes au régime ignorant charcuteries, chips et gateaux à la crème. Les garçons portent le pantalon, parfois un short (plus c'est moderne, plus il y a de shorts), et une chemisette, unis, en deux tons, blanc sur marron, rose sur bleu, jaune sur vert, rouge sur kaki ... Avec leur ceinture il s'en faut de peu pour qu'ils fassent deux fois le tour de leur taille ...

   Des troupeaux d'enfants, pelotons d'une même couleur égrenés le long d'une rue, d'une route. Tant d'enfants, tant d'écoles ... C'est à cette heure-ci, et à celle de la sortie des classes, que l'on s'en rend le mieux compte. Si nombreux. Dans les écoles d'Etat il n'est pas rare que les effectifs pour un enseignant dans le primaire s'élèvent à une soixantaine de marmots. Et là on parle des présents, pas des inscrits (qui peuvent être 200)! Les mômes y vont quand et si ça leur chante, c'est pas le prof qui y ira vérifier, ni qu'y ira se plaindre des absents ! Du coup énormément d'enfants sont dans le privé. Toutes sortes d'écoles privées, partout des affiches, des pubs pour ces écoles. Là les classes comptent 30, 35, 40 élèves, même en cours préparatoire ... C'est toujours mieux que 60 ou 100 ! Scolariser son enfant dans le privé revient à 10 fois plus cher que dans le public, mais nombreuses sont les familles très pauvres qui font l'effort d'y envoyer un ou plusieurs de leurs rejetons. On voit souvent des enfants sortis d'habitations de fortune prendre le chemin des écoliers habillés de l'uniforme de l'école privée du secteur.

Pause-pneus

   De très bonne heure mais déjà trop tard : les camions en tous genres sont déjà sur l'autoroute qui mène à Mumbai. Encore entre 150 et 200 km à faire, difficile de savoir plus précisément. Une priorité : les pneus. Nous soupçonnons depuis Diu le pneu avant-gauche d'être crevé, il se dégonfle très très doucement, mais depuis la veille voilà que l'arrière gauche s'y est mis aussi. On a tout regonflé à bloc en partant, mais mieux vaudrait résoudre le problème au plus vite. Il y a des cabanes de réparateurs de pneus et de chambres à air partout sur cette route, en moyenne tous les kilomètres minimum. Elles sont signalées par un empilement de pneus complètement HS (quand on dit complètement on veut dire COMPLETEMENT, pas à moitié - toile apparente, pneus éclatés récupérés sur les engins des clients) du plus gros au plus petit. Il vous faudrait voir l'état des roues des camions que l'on croise : voilées, pneus lisses, écorchés, sur des chargements de malade (10, 15 Tonnes) ... Il y a du boulot pour tous les boui-bouis à pneu.
   On en répère un, on s'arrête. Les gars de cette rangée de bicoques sont tous à la pompe (les vieilles pompe à main de ferme) à se débarbouiller. Le type se demande bien ce qu'on peut vouloir à sa boutique.
Il se ramène, Clément lui explique par anglo-gestes le problème (a priori le même que tous les clients qui viennent le voir). Inde Daman (40)Le gars reste à le regarder avec des yeux ronds. On cogne dans le pneu, on lui montre un dessin : crevé ! Non, ça a pas l'air de faire lumière, le pneu est trop bien gonflé, il ne veut pas nous croire ! ... et du coup ne bouge pas d'un pouce. Clément démonte la roue lui-même, le type daigne la passer dans son bassin (demi-bidon-d'huile rouillé) d'eau crasseuse : comble du comble, le pneu qui se dégonfle depuis une semaine ne laisse pas échapper une seule bulle d'air. On est désapointés, le "pneumaticologue" paumé. On se ne laisse pas démontés, on renouvelle l'opération avec la roue arrière : cette fois-ci encore zéro problème avec le pneu ... mais du côté de la jante ... on a affaire à une passoire ! Ca c'est drôlement ballot ! Mais on est à peine étonnés : à force de trous et de bosses fallait s'y attendre : la jante s'est fêlée. C'est là qu'on se rend compte du pourquoi du comment de l'utilisation des chambres à air en Inde. On installe la roue de secours toute neuve et identique ( mais normalement allant sur le côté opposé pour respecter le sens de roulement du pneu) à la place. Et ça repart.

Les saris sexy du Maharastra

   On entre dans l'Etat du Mahastra et le paysage change complètement, de grandes collines se dressent de part et d'autre de la route, arrondies ou découpées en plateaux un peu comme le Vercors. Mais végétation tropicale, sèche, poussiéreuse. La terre est rouge, aride, taillis de brousse, épineux, cactus, quelques palmiers. Les grandes plaines inondables et fertiles du Gujarat sont derrière nous. Le long de la route, sur le terre-plein central de l'autoroute, le long des lauriers ou des bougainvillers fleuris de fushia, les femmes marchent, leur sari de tissu très fin remonté en short très court entre les jambes. Des jambes tout en muscles, maigres. Moins engoncées que les matrones des villes dans leurs amidonages, bien plus sexy que leurs commères du traditionnel Rajasthan. Paysage splendide, on avale les kilomètres avec les yeux.

Quand on arrive en ville ...

   Et puis la ville. Il est 10h30 Mumbai annoncé à 49 km. L'habitat se densifie, la circulation aussi. On est déjà dans l'agglomération. On est déjà à Mumbai et encore à 49 km du centre. On a du mal à comprendre ce que cela peut représenter. Un traffic d'enfer, une chaleur d'enfer. Clément tremble pour la 4L qui chauffe, chauffe. On est déjà en train de fondre et on déclenche le chauffage pour soulager un peu le moteur ... On se demande comment on va réussir à sortir de là. A chaque arrêt -tous les 20 mètres- Clément coupe le moteur et espère que la voiture voudra bien redémarrer. Et puis ça se débloque, et au milieu de tout ce monde, on se laisse couler doucement vers le Sud, dans l'entonnoir de la péninsule que forme Mumbai. En contrebas des mers de bidonvilles nous séparent de la côte, à quelques kilomètres de là, invisible. Des villes entières d'habitations précaires faites de bric et de broc, imbriquées les unes dans les autres empilées. Des bidonvilles mais pas de bidon, ni de carton. De tout et de rien mais du dur aussi. Des gens vivent là depuis des générations peut-être, leur ville est née de rien, et sûrement pas d'un plan d'urbanisation, mais elle est maintenant immense, organisée ... Nous voyons cela de haut, de loin, comme des flots de misère dans la fournaise ...  De banlieues en banlieues, que l'on survole du haut de l'autoroute, enjambant une large baie par un pont digne de San Francisco, on se rapproche du centre. Le centre, ce n'est même pas lui que l'on vise ; nous on met le cap sur le quartier de la gare Mumbai Central, excentré soi-disant ; ça dépend par rapport à quoi !

Publié dans Inde-1

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P
<br /> <br /> Ouf! vous êtes toujours vivants .J'attendais avec impatience votre nouveau message.<br /> Rien ne vous fait peur.L'Enfer de la circulation de Mumbay m'impressionne et l'affronter avec votre 4L c'est quand même sacrément gonflé....enfin si j'ose dire car les soucis mécaniques vous<br /> accompagnent toujours à ce que je lis !!! C'est beau d'être jeune!! Merci à vos anges gardiens. Joyeuses Pâques.A+. Bisous. Isa et oli<br /> <br /> <br /> <br />
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