Sur la route de Khajuraho

Publié le par Sur la route de soi

3 jours de route.

La malédiction

 
   Chaleur de plomb. A 6h00 le soleil se lève, à 7h00 il fait bon, à 8h00 il nous brûle. Il faut alors attendre son coucher, vers 18h00.
   Inde Maharastra route du Madya Pradesh (9)Nous allons par la campagne, peinant à connaître notre position jusqu'à avoir rejoint une "pseudo" autoroute. Nous sommes arrêtés une première fois par des flics, qui nous rattrapent en 4x4, vérifient les papiers. Clément glane le mot "insurance" dans leur conversation, mais ils se satisfont de la carte verte, même si celle-ci n'est pas valable en Inde ... Vraiment pas beaucoup plus loin, un autre flic nous fait signe de nous ranger : là
ils sont toute une tripotée installés sous des cabanes en bord de route avec des affiches de sécurité routière. Ils nous disent que c'est absolument interdit d'avoir le volant à gauche. Re-les papiers. Clément leur déballe tout, document par document, ils sont un peu impressionnés, ne savent plus où donner de la tête. Ils nous font asseoir le temps de tout éplucher, nous proposent même un verre d'eau, qu'on a beaucoup de mal à refuser ( pour une question d'hygiène). Au bout de 3 minutes ils nous rendent les papiers tout sourire, preuve qu'ils n'ont rien dû y comprendre. Inde Maharastra route du Madya Pradesh (12)Pour marquer le coup on prend une photo de l'équipe, rose de fierté. Et on redémarre. Dans la ville suivante, une moto de la police nous double, nous engage à nous arrêter. Mais que nous veulent-ils donc aujourd'hui ? Trois fois en une journée  alors que pas un flic n'a arrêté la voiture depuis ce fameux bled d'Autriche (on ne compte par les Iraniens qui étaient toujours prêts à tailler une bavette). On explique à celui-là qu'on en marre, qu'on va pas redéballer les papiers (on n'a pas que ça à faire, on a un métier nous !), que c'est la troisième fois, pour preuve on lui montre la photo de ses congénères, et pour faire bonne mesure on lui tire son portrait à lui aussi. Jeanjean est tout content et nous laisse repartir avec le sourire. Il aurait bien voulu nous inviter boire un thé, montrer ses nouveaux amis à tout le quartier, mais on a de la route, on le plante là. On arrive dans une nouvelle agglomération : coup de sifflet au carrefour, rebelotte. On se range, hors de question de sortir la paperasse, on lui expose notre collection de photos du corps policier, l'immortalisons à son tour et c'est reparti.
   Tous ces arrêts ont cassé le rythme, les heures chaudes nous surprennent dans un pays sans ombre. ce jour-là pas de pause déjeuner ni de sieste au frais (toujours relatif). On fuit dans l'espace en espérant se débarasser plus vite de la longueur du jour, courant après le répit salvateur du soir.

Et le repos du voyageur dans tout ça  ?

   Nous avons passé Nagpur, sommes à la limite de l'Etat du Maharastra et de celui du Madya Pradesh. Sa banlieue est remarquable pour sa production de galettes de bouse de vaches (et de buffles) : on en voit au quotidien depuis notre traversée du Pakistan, mais il doit y avoir là un immense cheptel pour que les pyramides de galettes de crottes (utilisées comme combustible) mises à sécher le long de la route soient aussi nombreuses !

   La nuit a avalé cette journée épuisante. Nous voulons manger, dormir, au calme. Nous nous écartons de la route principale, suivons le chemin de halage d'un canal à sec qui nous emmène dans les profondeurs de la campagne. Petits carrés de verdure irrigués en contre-bas. On pourrait se garer, en bord de chemin, mais nous serions trop visibles, pourrions gêner le passage. Clément se décide à faire gravir à la voiture un talus qui mène dans un champ : nous serions bien derrière les bottes de foin. Et là, catastrophe ! Il ne manquait plus que ça ! Les roues avant patinent, tout l'arrière de la voiture planté dans la gadoue. La nuit en train de tomber, nous à bout de force. Les roues patinent, l'embrayage chauffe, rien à faire. Clément se concentre, trouve une solution : s'asseoir sur le capot et rebondir dessus pour que les roues avant accrochent le sol au moment où il fait reculer la voiture. Tant bien que mal on s'en sort ; et on gare la voiture au bord du chemin, commençons à déballer le camp, à préparer le dîner. Clément se morfond sur l'embrayage qui a dû en prendre pour son compte : ouille ! Mais voilà, l'aventure a fait du bruit, et des campagnes, par les chemins, les villageois arrivent. Une première fournée à l'apéro avec un jeune très agressif que les autres finissent par calmer. On pense les avoir rassurer et être débarassés pour la nuit. En dessert une nouvelle vague, plus nombreuse, plus curieuse, plus impatiente de découvrir les raisons de notre présence. Ils sont une vingtaine à nous observer faire la vaiselle, nous brosser les dents etc etc ... Ils font venir d'on ne sait où un militaire à la retraite ; lui parle anglais, on explique nos intentions bon enfant, mais personne n'est convaincu, ils veulent voir nos papiers, et nous on ne les montre pas au premier venu, c'est pas leur boulot, c'est celui de la police. Et là idée de génie : Léo va chercher l'appareil photo, leur montre la série des portraits de flics croisés dans la journée, nos amis, il y en a même un qui me serre la main. Ils reconnaissent l'uniforme de la police du Maharastra. Tout de suite, absolument instantanément, l'atmosphère se détend. Pour parfaire notre image de touristes-pélerins-innofensifs on leur fait voir quelques clichés des grottes d'Ellora, qu'ils n'ont probablement pas visité eux-mêmes. Et voilà tout ce petit-monde qui se disperse. On range les brosses à dent, et montons noyer notre fatigue dans le sommeil.

Les profondeurs du Madya Pradesh : de la jungle aux petits villages


  
Au petit jour, à 7h20 je crois, nous nous volatilisons de cette campagne endormie. Nous retrouvons quelques camions matinaux sur la grand route. Au bout de quelques petits kilomètres nous pénétrons dans une forêt épaisse. On n'en voit que des branches nues, grises et un tapis de feuilles sèches et craquantes, parfois énormes, qui recouvre le sol. C'est une forêt d'hiver malgré les chaleurs écrasantes, mais c'est bien une forêt, gigantesque, celle du parc naturel de Pench, la jungle de Kipling, celle des aventures de Mowgli ... De temps à autre on aperçoit de petits villages, des femmes allant remplir leurs jarres d'eau à l'étang, de frêles saris de couleur à l'orée de bois de contes de fée.
   Queue de camion, l'octroi à la frontière entre deux états. Nous voilà du côté du Madya Pradesh, et filons sur une chaussée plutôt bonne en direction de Jabalpur. Aussitôt sorti de la jungle, le soleil, dont la lumière était jusqu'alors tamisée par les hauts arbres, nous tombe dessus et nous brûle. Il n'est pas 9h. A 10h il fait déjà 41°. Nous décidons avant midi de faire une pause à l'ombre d'un bosquet d'arbres : salade de tomates, lecture sur l'herbe ...

   Champs de blé, de pois-chiche. Le long des routes, de loin en loin, des hommes, par deux ou trois, marchent, tous dans la même direction. Ils portent toujours de petits fanions rouges. Inde Madya Pradesh route Maihar-Khajuraho (4)Certains sont rasés, ou habillés de blancs, parfois nu-pieds. Certains poussent une brouette, d'autres un vélo. On en a même vu un qui évoluait en rempant et se prosternant tous les 2 pas. Intrigués on demande : ils se rendent à Maihar. Ca tombe bien nous aussi. On apprendra plus tard que nous venons d'entrer dans une des grandes périodes de festivités hindoues, 9 jours consacrés à honorer Durga, alias Parvati, la compagne de Shiva. Du beau linge quoi ! Et à Maihar il y a un grand festival en son honneur ! Nous, à Maihar, on achète une nouvelle pastèque et on bifurque. On ne sait pas bien où l'on a pêcher, mais le fait est qu'on se retrouve, certes sur une route qui mène à Khajuraho, mais quelle route ! Après une longue et affreuse portion criblée d'énormes cratères qu'on pourrait croire d'obus ou de météorites on arrive à une autre de laquelle l'asphalte vient juste d'être raclée. A un rythme lent et particulièrement cahotant (à vous donner le mal de terre), Inde Madya Pradesh route Maihar-Khajurahonous traversons de très petits villages étalés de part et d'autre de la voie. Briqueries, charrues tirées par les boeufs, petits carrés de cultures vivrières, et encore d'autres industries dont nous n'avons saisi la nature (puits ? mines ? fours ? ) Sur les bas côtés des gosses s'amusent à modeler on ne sait quoi dans des bouts fondus d'asphalte arraché. Plus loin une femme compose sur son "perron" de terre battue une mosaïque de bouts de bitume récupérés : cela metta les pieds des enfants au sec quand l'heure de la mousson sera venue. Le soleil se couche. Dans les villages nous traversons d'épais brouillards de fumée : les petits feux des foyers ? les déchets que l'on brûle ? Pour sûr, vu la route, ils ne doivent pas voir passer d'étrangers bien souvent. Nous faisons nos petites emplettes au milieu des gravats de la route détruite et d'essaims de curieux.Inde Madya Pradesh route Maihar-Khajuraho (3)
   Ce soir-là nous changeons de stratégie. Nous décidons de dormir en bordure de la "route" principale ... si peu fréquentée (en tout cas pas par les camions, c'est toujours ça !) On va s'annoncer à la petite "factory" voisine, histoire d'éviter d'inquiéter les gens et de leur faire sortir leurs bâtons pour rien : "ça ne dérange pas ?". Aucun problème pour personne, par contre nous voyons tous les habitants de la région défiler devant la 4L et ses 2 occupants, comme au zoo ! On discute un peu, surtout avec les femmes qui ont tôt fait de s'éclipser. On sert les mimines de dizaine d'enfants qui reviennent, dans le noir de la nuit, leur petit pot à eau à la main, des latrines ... Les ouvriers de la "factory" s'installent au milieu du chemin pour monter la garde :" body guard" nous annoncent-ils ; ils en profitent pour ne pas en perdre une miette de nos faits et gestes !!!

Publié dans Inde-1

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article