Sur l'île de Diu, enfin les vacances !

Publié le par Sur la route de soi

Jeudi 25 février

   
P1040857C'est à l'ombre de notre séjour-tente, entre les cocotiers et la plage d'une jolie petite crique, que je vous écris. Il est à peine 10h et, sous la tente, il fait déjà trop chaud. Nous sommes installés ici, sur la plage _ de Nagoa sur l'île de Diu depuis 5 jours aujourd'hui. Nous avons négocié avec le Palms hotel pour pouvoir se garer tout contre leur terrain et nous servir chez eux en eau douce. Le campement est posé, au calme. On ne peut accéder à cet hôtel que par une piste qui longe une côte rocheuse depuis une plage très fréquentée. Ici pas un bruit de moteur, pas un passant.

    Mais notre installation sur l'île n'a pas été si simple. Le premier soir a vu s'effondrer un à un tous les plans que nous avions imaginés à l'aide du guide avant d'arriver là (chambre d'hôtel dans une ancienne église espagnole -trop chère ; emplacement dans un camp de bungalows -fermé ...). Nous avons ainsi passé les deux premières nuits sur l'île dans un sous-bois face à Sunset Point. Un coin bien sympa pour la nuit mais un peu trop dans le passage et au milieu de l'aire de pique-nique pour y rester sereinement dans la journée.
  
Sunset Point. Autrement dit "point de vue pour le coucher du soleil". Depuis que nous sommes en Inde nous avons remarqué que la plupart des villes par lesquelles nous sommes passés avait leur "sunset point" officiel. C'est le nom d'un lieu si vous voulez. En évoquant cela avec une de nos rencontres celui-ci nous a fait remarquer que le soleil, d'un point de vue hindou, n'est pas un simple astre. C'est un dieu. Le sunset point est le lieu où, au coucher, on peut venir l'adorer. Chaque élément de la vie quotidienne, ce qui n'est peut-être pour nous qu'une très belle image de carte postale, se double ici d'une épaisse dimension mystique et spirituelle.

Virée en scooter, cheveux au vent

   IMGP7278 Dès le lendemain de notre arrivée nous avons loué un "scooty" comme ils disent ici. Un vrai scooter Barbie, rose scintillant : la grande classe. Et c'est parti pour le grand tour de l'île : de plages en crique, de cocoteraies en villages. Pas de casque bien sûr, on a les cheveux au vent. La liberté, les vacances ! Nous découvrons tout au bout de l'île (qui fait 13 km de long sur 3 de large) un assez important port de pêche. Tout d'abord des chantiers de construction navale où, à ciel ouvert, en plein cagnard, on construit encore, patiemment, de manière ancestrale de gros chalutiers tout en bois. IMGP7282Les
coques sont un assemblage de très épaisses planches de bois brut découpées dans des troncs de longueurs et de formes variables. Dans de petits chaudrons chauffe une sorte de cire avec laquelle les hommes bouchent les interstices et enduisent le bois pour l'étanchéitéIMGP7277. Des gosses nous courent après "wapen, wapen !" (one pen = un stylo), on n'est même pas sûrs qu'ils sachent ce qu'ils disent. Plus loin les quais. Tout le long les bateaux de pêche se préparent pour leur prochaine sortie. des hommes portent de lourds blocs de glace qu'ils passent dans une machine qui les concasse et rejette la glace pilée à bord. D'autres hommes se reposent sous des halles faites de palmes séchées et tissées. Quelques femmes vendent le produit de leur pêche à même le sol.
    Nous nous éloignons du port de Vanakbara et arrivons dans les marais. Des flamand
s (pas roses !), des hérons, et d'autres petits échassiers, s'envolent et vont se poser plus loin. Dans une petite mare on aperçoit nos premiers pélicans. Des gamins pêchent la crevette et la petite poiscaille. Sur les bancs de terre sableuse des cultures tentent de pousser à l'abri de filets, carré par carré. Des femmes ramassent les poissons qu'elles ont fait sécher sous les ardeurs du soleil, dans la poussière. Ceux-ci ne sont pas destinés à être mangés ni cuisinés ; à quoi seront-ils utilisés ? Avec les odeurs me remontent des souvenirs peu heureux du film Le cauchemar de Darwin ... Inde ile de Diu (28)Mais ici c'est plutôt ambiance île déserte et procédés ancestraux. Le long de la route de petits canaux amènent l'eau du puit au seuil des maisons ou des cours où les femmes, acroupies, frottent le linge sur des pierres plates. Nous sommes dans la nuit des cocotiers, un monde presque souterrain de ruisellement et de fraîcheur, loin du feu solaire. On se rapproche de la ville : des hommes et des femmes, au bord de grands réservoirs à l'eau douteuse, lavent de grandes pièces de tissu : draps ou sari ? Nous n'aurions jamais l'idée de faire notre lessive dans de l'eau aussi sombre (sale ?) mais c'est un fait que toutes les indiennes ont toujours l'air d'être vêtues de tissus pimpants et frais de propreté. Cela nous laisse un peu perplexes.

    La ville, c'est Diu Town. Ici on ne vit pas vraiment à l'heure indienne. Ancienne enclave portugaise, la ville de Diu présente des fortifications qui nous rappellent le style Vauban. On pourrait presque se croire au château d'Oléron ! Les ruelles sont étroites, les églises sont énormes. Nous n'avons pas remarqué beaucoup de descendants de Portugais ni de catholiques mais il paraît que la plus grosse église est encore fréquentée. Par contre la ville compte un bon tiers de musulmans et ici on nous salue aussi bien par des "Namasté" que par des "Salam alikum" ... A vrai dire ce sont d'ailleurs les "Hello" qui l'emportent ! C'est une station balnéaire, essentiellement fréquentée par des familles de la classe moyenne indienne, et comme c'est le week-end ils sont en nombre. La particularité de cette île c'est aussi (et pour beaucoup surtout) que c'est un havre d'alcool au sein d'un Etat prohibitionniste. Partout au Gujarat la vente et la consommation d'alcool est interdite sauf à Diu et à Daman qui ont gardé ce privilège de l'époque coloniale.
Conséquence : jeunes et pères de famille viennent allégrement se bourrer la gueule ici à la bière, un peu, mais surtout au mauvais whisky ... sans parler des habitants qui eux boivent le "vin de palme", la sève fermentée (en quelques heures à peine) des palmiers.

Le petit marché aux poissons de Ghoghla

    Inde ile de Diu (55)Au coucher du soleil nous traversons le pont qui relie l'île à la presquîle de Ghoghla où se tient un petit marché aux poissons. Accroupies devant de petites tablettes au raz du sol, les marchandes vendent qui 4 gambas, qui 3 pomfret (petit poisson plat), qui une poignée de calamars ou un petit requin bleu, qui un petit tas d'oeufs rose saumon et luisants ... chacune présentant par petits lots ce qui nous semble être l'humble produit de la pêche familiale. Nous découvrons qu'elles cachent sous leurs genoux, derrière la tablette, des bassines où frétillent langoustines ou crevettes, toutes sortes de poissons ou de calamars de différentes tailles, qu'elles disposent ensuite, au fur et à mesure des ventes, par lot de valeur devant elles. Ici pas de balance, tout se jauge à l'oeil. D'autres débitent au hâchoir les bas morceaux, tête ou queue, qu'elles proposent ensuite à la vente par petits tas. C'est frais, tout juste débarqué de barcasses sans moteur déposées pour la nuit sur la plage.
IMGP7258L'odeur qui prend au nez n'est pas celle de ces fruits de mer-là mais celle des poissons séchés vendus au fond du marché couvert. On se demande si ce n'est pas un moyen de recycler et écouler ainsi les invendus du jour. L'atmosphère est bourdonnante mais calme et concentrée ; c'est à peine si l'on nous remarque. A mesure que l'obscurité s'impose les lampes à huile s'allument, chassant les ombres mais aussi les mouches ! Nous repartons sur notre scooter avec dans un petit sachet 8 gambas que nous ferons flamber au whisky du côté de Sunset Point.

Rencontres au Palms Hotel

   
P1040607Le lendemain, en chemin pour rendre notre scooter, nous rencontrons Janine et Patrick, un couple de baroudeurs bretons (quimpérois même) allant sur leur cinquantaine en vadrouille dans le coin, et, il faut bien le dire, très intrigués par la 4L. Nous apprendrons à bien mieux les connaître au fil des jours suivants. Ce sont eux en effet, en nous ventant leur petit coin de paradis, qui nous ont donné l'idée d'aller installer nos pénattes du côté de la petite crique de Kodidhar. C'est ainsi qu'en début de soirée, dimanche dernier, nous avons échoué sur le "parking" du Palms Hotel.

   
P1040868Installés au Palms Hotel, Nagoa

  Inde ile de Diu (32) A peine le moteur coupé et l'affaire négociée ( 100 roupies par jour le squat) nous sommes hélés par 4 Indiens en goguette assis à une des tables en plastique de la terrasse. Nous nous joignons à eux pour quelques bières. D'ailleurs la bière ils sont là pour ça : plage et fête sont au programme ce week-end, femmes et enfants sont restés à la maison, à Kodinar, à 40 km de là. Nous discutons, en anglais, avec Dilip et Fezal. Dilip vend de la peinture, Fezal des téléphones portables. Leurs deux copains Ikbal (qui cultive noix de cocos et cacahuètes sur son hectare de terre) et Siradj (mécanicien télé) sont eux déjà complètement hors jeu et ne peuvent même plus sortir deux mots à la suite en gujarati alors en anglais ... tous sont plus ou moins apparentés. Fezal, enthousiasmé par les toasts à notre rencontre ne tarde pas à être complètement out lui aussi, et nous répète en boucle que nous sommes les bienvenus chez lui, dans sa famille, qu'il faut qu'on vienne, il nous emmènera voir les lions et tout et tout. L'offre est tentante mais on ne sait pas trop ce qu'il faut mettre sur le compte de la boisson ... Dilip, lui, garde la tête sur les épaules et finit par embraquer son petit monde pour les ramener à leurs foyers. Nous gardons un très bon souvenir de notre discussion avec lui.
   P1040978 Mais la soirée n'est pas finie : Patrick vient nous inviter à partager leur table. Et c'est parti pour 4 jours de discussions sur un thème, central et presque unique, qu'on vous laissera deviner. Quand 2 voyageurs se rencontrent ils parlent ... de voyages ! Et des voyages ils en ont fait, et nous un peu aussi, alors, d'apéros en dîners, on fait et on refait le tour du monde ensemble ... il en ressort qu'on n'est pas bien sûr de trouver de nouveau le temps de travailler en France un jour !!!


Ambiance vacances


    P1040840Installés comme on l'est, les pieds dans le sable chaud, on est enfin en vacances. Pour quelques jours nous ne sommes plus des voyageurs mais des vacanciers. Et ça fait du bien. Après ces mois d'itinérance, les matins frais et les soirées glaciales, les affaires à déranger et re-ranger chaque jour, l'incertitude de ce que nous réserve la route et le lendemain, on accueille à bras ouverts cette liberté de ne rien faire, de ne pas bouger : les vacances quoi ! Bien sûr Clément commence par tourner en rond, avec ses tongues d'abord, puis sur la mobylette qu'on a pris pour remplacer le scooter. Moi je me prélasse dans la tente de toit balancée par le vent de l'après-midi. Car tous les jours, à midi, le vent se lève, et rend la chaleur tout à fait suportable. Je lis Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, et me voilà transportée dans la torpeur de l'été du Sud des Etats Unis dans les années 30. Voilà un voyage nettement plus reposant que celui que l'on peut faire dans son lit ! Clément finit par s'apaiser, se poser, et se laisse prendre par la lecture de Gandhi et de ses "expériences de vérité".

    Et puis, comme des vraies vacances à la mer, on va arpenter à pied la côte, tantôt vers l'Ouest, tantôt vers l'Est, tantôt à marée haute, tantôt à marée basse. Les vagues ont sculpté dans la roche, assez volcanique, de petites cités fantômes de pierre, de profonds puits remplis d'une eau verte et translucide où se balladent de petits poissons d'aquarium, noirs rayés de jaune, mais aussi de petites piscine délicieusement chaudes. On observe les enfants poser les filets de pêches, les femmes cueillir les gros bigorneaux-bulots. Pas de quoi s'ennuyer. Quand on se baigne la mer n'est pas turquoise, elle est toujours un peu vaseuse ... et on préfère se dire que c'est dû aux proches marécages plutôt qu'aux eaux des égouts qui y sont toutes rejetées, on l'a vu.
    On atteint une plage plus à l'ouest, Gomptimata Beach. Sable jaune et fin, la plage à nous tous seuls ou presque. Parfait ! Mais une forme sombre attire mon attention, au loin, sur la mer. Elle apparaît puis disparaît. Je me dis que ce doivent être des rochers découverts puis recouverts par le ressac, à 2 ou 300 mètres de la côte. Mais non, ce n'est pas cela. cela m'intrigue. Je le fais remarquer à Clément. Il n'y a pas une forme mais plusieurs, et elles ne sont pas fixes, elles évoluent lentement mais sûrement, parallèlement au rivage, vers l'ESt. On pense tous les deux à la même chose sans le dire : des requins dont on ne voit que les ailerons. Ils sont 4. Clément ne renonce pas à labaignade mais reste aux aguets. Moi, je ne me risque pas trop loin pour pouvoir prendre mes jambes à mon cou au besoin ... j'ai dû un peu trop regarder Les Dents de la Mer quand j'étais petite et je suis ne suis guère rassurée. A l'hôtel ils nous raconteront que c'étaient sûrement des dauphins mais nous ne sommes vraiment pas convaincus ... ils disent cela pour ne pas faire fuir leur clientèle. Moi il me semble que les dauphins ça saute un peu plus ou bien ça plonge plus profond. Et puis tous ces bébés requins bleus que l'on voit au marché, il faut bien qu'ils aient des parents. Dorénavant on se méfie !

Publié dans Inde-1

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