Retour sur terre : de Diu à Palitana

Publié le par Sur la route de soi

    Après une dernière nuit sur l'île de Diu à Sunset Point, le site de nos deux premières soirées, un dernier dîner de gambas fraîchement rapportées du marché, nous avons quitté ce petit havre bucolique en direction de Palitana, petite ville à une centaine de kilomètres de là.

Avant de quitter Diu, quelques clichés en direct du marché aux poissons de Ghoghla :

Inde ile de Diu marche poissons Ghoghla (2)

Inde ile de Diu marche poissons Ghoghla (5)Inde ile de Diu marche poissons Ghoghla (7)
   











   Nous avions oublié. 15 jours et nous avions déjà oublié. En quittant nos retranchements de la petite crique du Palms Hotel nous avons cru retrouver dans les rues de Diu la foule, le bruit, les klaxons de l'Inde continentale. AUssitôt passé le pont et gagné le premier bourg à terre (Una) nous sommes redescendus sur terre : la cacophonie de klaxons, les nappes de chaleur et la pollution des touktouks de la vraie Inde jouent dans une autre cour, bien plus démentiellement bordellique. Coup de déprime. Nous nous lançons sur un axe important, très fréquenté par les camions et les rickshaws hauts sur pattes, mais complètement défoncé : la voiture saute de creux en bosses, c'est épuisant, d'autant plus que le soleil nous cuit. Nous n'avançons à rien et ne pouvons que difficilement nous rendre compte de notre éventuelle avancée : presqu'aucun panneau de lieu dans un alphabet qui nous serait accessible immédiatement ; on demande de temps en temps aux croisements, on y va au feeling. On traverse le lit d'une sorte d'oued à sec :  le pont est en (re-)construction. Qu'est-ce qu'on voit ? Des champs, surtout de cotton, en fleur ou non, des femmes frottant le linge, des haies de cactus, des buffles, des vaches, des boeufs tirant charettes ou charrues, des enfants dans des cours d'école. Et de la poussière. Surtout de la poussière.

    Et de deux !

    A Maheva, nous nous arrêtons dans un petit routier car nous n'avons rien mangé depuis l'aube. Clément avale vite fait un humble petit plat très pimenté. Il n'a pas senti l'odeur aux alentours. Moi oui. Nauséabonde. Ajouté à la chaleur, la poussière qui vient se coller sur nos peaux poisseuses de sueur et au peu de netteté (habituel) des tables et du lieu, elle me coupe définitivement l'appétit. Une seule envie : repartir vite fait trouver un coin à l'ombre où attendre le crépuscule en faisant fondre les morceaux de pastèque sous ma langue.
    Mais voilà que Clément se penche sous la voiture. Cela fait plusieurs jours qu'un cliquetis en fond de caisse d'origine inconnue le soucit. Il a déjà tout vérifié, resserré les boulons, palpé les différents habitants du dessous de capot de la 4L, sans résultat : le cliquetis cliquette toujours. Mais voilà, il suffisait d'une inspiration soudaine : le tirant de chasse, la vis du tirant de chasse, bon sang mais c'est bien sûr !. Vous vous souvenez, la même petite vis qui s'était fait la malle en profitant qu'on avait le dos tourné lors de notre ensablement dans le désert de Jaisalmer. Et bien, la même, mais du côté droit. Elle n'est  pas perdue, mais dévissée, simplement dévissée. Avant de la revisser, le technicien en chef veut vérifier son état. Et le voilà couché à plat dos dans la fine poussière du bord de route. Forcément la vis est foutue (limée à force de vibrations) mais en plus y'a un bout de la voiture qui est parti avec quand on a tiré ... oups !!! Un tout petit bout qu'on vous rassure, mais le genre de petite pièce made in Renault et in Renault uniquement ...

    Moi qui ne rêvait que d'un petit coin d'ombre où déguster ma pastèque dans la fraîcheur d'un courant d'air je me retrouve à marcher le long de l'asphalte brûlant de la grand route dans les nuages de poussière soulevée par les camions rouillés. 1 km. Chez un réparateur de pneu, on tombe sur un type, sympa, qui nous propose de nous conduire en ville sur sa moto chez le vendeur de vis (3 mots d'anglais au total échangés pour cette mise au point : you /help/ me / me/help/you). Une fois son pneu réparé, on enfourche à 3 sa moto. A 3 ? On n'est même plus surpris, c'est ici monnaie plus que courante, bien que les deux roues soient plus communément utilisés pour les déplacements des familles au grand complet (de 2 à 4 adultes auxquels on ajoute 2 ou 3 bambins et un nourrisson). Je décide de monter en amazone (pratique la plus répendue pour les femmes ici) pour ne choquer personne et surtout parce qu'il y a un repose pied unilatéral prévu à cet effet. Trajet mémorablement traumatisant pour moi (je manque de tomber à chaque dos d'âne - et y'en a beaucoup, même des dos d'âne-double -dos de chameaux- et des dos d'ânes-triple -régiment de gendarmes couchés) mais nous arrivons rapidement à bon port : la galerie marchande des marchands de vis. Le temps que le marchand soit livré de la vis spécifique dont nous avons besoin, nous allons, escortés par un nouveau sauveteur en plus du premier, chez un ferronier qui, en 6 coups de marteau, nous désolidarise la vis foutue du bout de voiture ... Les badauds sont au spectacle ! Le ferronier est content de son petit succès (les Européens dans sa boutique). On récupère les nouvelles vis (4, pour pouvoir parer aux prochaines mésaventures) et on retourne chez le ferronier faire modeler le bout du tirant de chasse aux formes de la nouvelle vis. Notre chauffeur-moto nous reconduit directement à l'auto, et Clément se reglisse sous la voiture. Une demi-heure plus tard, on redémarre.

    Les tas blancs

    Les heures les plus chaudes sont passées, fenêtres ouvertes on parvient à sentir un peu d'air frais. Champs de cotton toujours. Eparpillées en les buissons aux branches sombres quelques femmes sont à la cueillette. Dans de grandes cours ceinte de hauts murs de ciments, d'impressionnantes pyramides blanches, cotonneuses. Par endroit des hommes les arrosent au jet, sûrement pour que les fleurs de cotton ne s'envolent pas. On croise quelques camions au chargement boursoufflé de cotton blanc et vaporeux. D'autres camions transportent eux aussi un chargement blanc, gros morceaux anguleux de craie blanche. Le soleil descend. Au loin, au Sud, de petites montagnes blanches se découpent sur un horizon terreux : du sel ?
A Talaja nous bifurquons vers l'intérieur des terres. Des femmes au champs, d'énormes boeufs aux élégantes cornes tirant la charrue, des rassemblements de buffles, des femmes portant l'eau dans des pots empilés du plus gros au plus petit sur leurs têtes. La plaine fait peu à peu place place à quelques collines et enfin : Palitana.

     Au Patel House (Palitana), la soirée qui fait rêver ...

Nous traversons au radar ce bourg bruyant à l'architecture décatie. Il y a eu de jolis petits bâtiments mais l'ensemble paraît bien passé. Au bout d'une longue rue bordée de toute une constellation de temples (plus ou moins en constructions) et qui enfile toute une série d'arches (elles aussi en construction) nous arrivons au pied de la colline des temples jaïns : Shatrunjaya. Vu d'ici, plutôt une petite montagne. 3500 marches à gravir de bon matin. Nous devons chercher un coin où
engloutir une bonne nuit de sommeil. Nous prenons la première (et seule) adresse du routard -Patel House- et la recherchons tant bien que mal. Dans les rues il y a foule. Le lit de la rivière, quasi à sec, sert de dépotoir. De nombreuses échoppes vendent quantité de casquettes et de cordages. Les casquettes on voit : le soleil doit cogner tout son possible là-haut sur la colline ; mais les cordes ??? Enfin, d'explications en explications, Patel House. Au final, vu qu'il n'y a aucune indication en alphabet latin nous ne saurons pas si c'est bien là que nous avons atteri. La ville regorge -soit disant- d'adresses accueillants les milliers de pélerins : nous n'avons vu aucun panneau "hotel" ... Bref, nous voilà dans cette cour de Patel House. Tout de suite nous nous doutons que le meilleur lit que l'on pourra trouver est celui qui se trouve sur le toit de notre voiture, mais bon, nous aurions bien besoin d'une douche, et nous jouons le jeu de la visite des chambres ... du dégoûtant au dégueulasse, nous sortirons de ce parcours ... écoeurés ! (n'essayez même pas d'imaginer l'état des sanitaires ... à côté on pourrait manger sur les WC à la turque des aires d'autoroute en France !) Nous négocions donc le parking pour la voiture dans le patio à 60 Rps la nuit (1 euro). On va se garer tout au fond, à l'abri des regards (c'est ce qu'on croit) et de la télé qui s'égosille dans la cour, et passerons la soirée épiés depuis les toits et dévorés par les moustiques ... Il n'y a aucun doute : s'il y a présence divine dans cette ville, c'est en haut de la colline, pas en bas !

Publié dans Inde-1

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