Quand la vie sauvage s'invite à l'orée du village ...

Publié le par Sur la route de soi

 

     Depuis que nous sommes à Sauraha c'est comme si avions pénétré dans le monde enchanteur des images des albums que nous regardions enfants. Derrière les feuillages se cachent des serpents sifflant, derrière les arbres des éléphants et dans les hautes herbes des rhinocéros et les crocodiles peuvent surgir à tout instant de leurs marais et ouvrir leur gueule pour nous dévorer ! Et tout ce petit monde vit là, à nos côtés, sans se soucier de notre présence de leur monde merveilleux ... Des papillons de toutes les couleurs volettent autour de nous, d'affreux mille-pattes pulullent en toute impunité, comme sur les planches abjectes de cette encyclopédie du monde animal que je n'osais même pas effleurer du doigt ... Nous vivons dans un rêve grandeur nature ...


Nepal Sauraha Chitwan faune


     Scènes de la vie quotidienne à Sauraha


      Vendredi matin. Toujours à Sauraha. Je tapais nos récentes péripéties sur l'ordinateur quand nous avons décidé d'aller nous rafraîchir à la rivière. Nous suivons notre itinéraire habituel ( la marchande de légume,  les étables des éléphants, la prairie et la lisière  du petit bois) quand nous nous rendons compte de la présence, Nepal_Sauraha_elephant_sauvage.JPGnon loin de nous, d'un gros éléphant livré à lui même, sans collier et sans cornac, menant tranquillement sa petite vie. Nous l'avions aperçu de loin la veille, sans pouvoir s'assurer vraiment de la solitude de l'animal, de son état “sauvage” et non domestique. Clément est alors témoin d'une scène qui viendra lever le doute : un groupe de jeunes filles passant par là à la file indienne se rendant compte au dernier moment de la présence de l'éléphant, s'éloignent en courant, effrayées. C'est qu'il doit bien s'agir d'un éléphant sauvage, réputés aussi imprévisibles et potentiellement dangereux que les rhinos. Nous nous gardons bien de l'approcher et passons la fin de la matinée à faire trempette en compagnie des éléphants dressés et de leurs cornacs en chemin pour les pâturages. Nous étions déjà assez heureux d'avoir croisé -sans séquelles -le chemin d'un de ces mastodontes sauvages ...


       En début d'après-midi Clément est retourné à la rivière avec une copine tandis que je restais à l'ombre pour taper le blog. Et là, pour la première fois chers lecteurs, pendant quelques minutes, je vous ai détestés, détestés d'être resté pour vous (et pour mon plaisir de vous écrire) au lieu de me rendre moi aussi à la rivière ... Parce que, devinez sur quoi ils sont tombés à la rivière ? Je vais laisser l'heureux témoin vous raconter :

       “Nous partons à deux sur son vélo, moi au guidon et Yona sur le porte-bagage. Sur la route, j'arrive encore à pédaler mais une fois arrivés sur le petit sentier des villageois après les étables des éléphants, on se tape une succession de dos d'âne qui broient l'arrière-train de ma passagère et nous obligent à continuer à pied.

       Parvenus au bord de l'eau, on ne perd pas une minute pour s'immerger complètement afin de faire descendre notre température corporelle. Hors de l'eau le soleil tape tellement que la baignade n'est que pur bonheur. Yona en profite pour faire quelques photos de l'élephant sauvage qui broute au loin et d'oiseaux qui se rafraîchissent eux aussi les pieds dans l'eau.

       Au moment ou elle range son appareil, je suis encore à me prélasser dans cette fraîcheur régénératrice. Très calmement mais avec un peu de frayeur dans la voix, elle répéte plusieur fois le mot “RHINO, RHINO, RHINO !!!” 

       Je me retourne, et la vois blanche comme un cachet d'aspirine ! Surpris, je me redresse furtivement et aperçois à une dizaine de mètres une maman rhino et son petit qui finissait d'entrer dans la rivière ! Yona, avec toutes ses affaires dans les bras, m'intime l'ordre de rentrer imediatement, c'est dangeureux !

       Vu que notre présence ne les avait pas dissuadés de rentrer dans l'eau calmement, je me dis que nous avons bien cinq minutes pour prendre des photos. Une fois l'appareil en main, je m'apercois que nous avons le vent dans le nez et je ne sais pas pourquoi mais je suis persuadé que ses grosses betes là ne peuvent pas voir plus loin que le bout de leur corne ! J'espère que j'ai raison !!! “C'est cool, on a le temps de bien les observer” dis-je à Yona. Trop effrayée, elle insiste pour que nous rentrions à l'hôtel, en lieu sûr. Même si nous ne les avons observés que cinq minutes et bien c'etait magique de se lever de sa baignoire pour y trouver deux rhinos sous ses yeux.”


       Ils sont revenus tout excités me raconter leur formidable rencontre et nous sommes repartis, un peu plus tard, avec Clément, en explorateurs, à la recherche des rhinos égarés aux abords du village. Et ils étaient là, tous les deux, l'adulte et le jeune, à une vingtaine de mètres de nous, à paître dans les hautes herbes de l'autre côté du cours d'eau, non loin de l'éléphant sauvage : quelle journée ! Les deux rhinos sont redescendus dans l'eau, se rapprochant ainsi de nous. Nous sommes partis chercher du soutien auprès des cornacs qui rentraient avec leurs éléphants, et leur avons demandé si l'on pouvait monter avec eux pour s'approcher en toute sécurité des rhinos ; ils n'ont pas voulu, on ne sait pourquoi, que l'on monte, mais par contre ils nous ont accompagnés avec leurs bêtes jusqu'à la berge de la rivière, exactement à l'endroit où les rhinos se baignaient. Nepal Sauraha riviere expedition rhinos (3)Nous n'en étions plus qu'à deux ou trois mètres et, quand les cornacs nous ont dit qu'il vallait mieux reprendre nos distances, je ne me suis pas fait prier pour m'éloigner en vitesse de ces grosses bombes à retardement.

      Les rhinos, que nous avons continué à observer de loin, ont fini par disparaître dans la prairie, et c'est l'éléphant sauvage qui est retourné à l'eau, et nous aussi, mais loin de lui ! Quand nous avons voulu reprendre le chemin de notre campement nous nous sommes demandés où il pouvait bien être passé, espérant qu'il ne se trouverait pas en travers de notre chemin. Et ça n'a pas manqué : en entrant dans le petit bois nous avons entendu un souffle ample et profond à quelques pas de nous ; à 3-4 mètres à notre droite l'éléphant solitaire nous tournait le dos, occupé à mâchouiller. Padam padam, nous sommes repartis d'où venions à reculons, nous avions déjà bien assez pris de risques pour la journée !!!


       Petite précision : nous avons appris le lendemain par un enfant du village qu'il ne s'agissait hélas pas d'un éléphant sauvage mais d'une vieille éléphante docile et innofensive que les responsables des étables laissaient paître seule et à sa guise ... Peu importe nous avons vécu à fond pendant 24h l'illusion de cotoyer un animal sauvage !!!

Publié dans Népal

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