Par les rues de Yazd ...

Publié le par Sur la route de soi

      Par les rues de Yazd ...

 

       Yazd, ses rues sinueuses, ses courbes harmonieuses, couleur sable, rosissant dans le couchant ...

 

       Yazd où nous engloutissons par litres et demi de ce rafraîchissant breuvage appelé “dugh” (Dourr), yaourt salé et rallongé à l'eau qui se boit glacé, que nous épongeons avec ces immenses pains plats matelassés fondant sous la langue quand ils sortent du four.

 

      Yazd et ses rues. Yazd et son bazar. Vides, comme morts, jusqu'au delà de 5 heures du soir ... la sieste ... puis qui s'animent peu à peu ... des échoppes regorgeant de fruits secs, abricots, figues, dattes, noix, raisins, d'épices, de fleurs séchées, de pains de sucre et d'autres produits difficilement identifiables, même au goût ! Des boutiques où sont entreposés en pyramides des tonnes d'énormissimes pastèques ou de tout aussi énormissimes melons jaunes. Des devantures de tissus, des étals de chouchous, d'élastiques et de pinces à cheveux, tous aussi fluos les uns que les autres ... voués à disparaître sous les pans de voile noir ... Une boutique qui propose des narguilés en pièces détachées, chacun créant son propre assortiment de formes et de couleurs ... Et puis les enseignes de tapis, de sous-vêtements, de pantalons de pyjama, de légumes, des bric à brac de livres, tous illisibles pour nous, d'autres de cuivres et de batteries de cuisine déployées sur le trottoir. Bref, c'est chouette, tortueux, on adore ...

 

Iran retour Yazd (5)

 

      Yazd, c'est aussi nous, petit bonhomme et bonne femme parachutés dans ces rues du coeur de l'Iran. Les regards sur nous, curieux, accueillants ou timides, méfiants ou joyeux, réprobateurs ou indifférents, fuyants (comme si nous portions potentiellement le diable en nous) ou demandeurs ... Clément n'ose pas regarder filles et femmes qui n'osent pas toutes le regarder non plus ... N'allez pas croire que ce sont toutes des fantômes noirs errant profil bas par les rues et rasant les murs. Bien sûr toutes sont, comme moi, soumises au “hijab” imposé par la loi islamique. Le “hijab”, dont les formes les plus rigoureuses sont appelées ici “tchador”, ce n'est pas la burqa chère aux talibans. Il s'agit de dissimuler aux yeux des inconnus les formes féminines de la femme : cheveux, poitrine et fesses, par les moyens que l'on veut. Bien sûr, plus les moyens choisis sont sobres et couvrants, plus on passe pour respectueux de la loi religieuse intimée par Allah aux yeux des rigoristes et des conservateurs, ou tout simplement des locaux aux modes de vie traditionnels. Mais il en faut bien moins pour entrer dans le cadre de la loi du pays. On voit ainsi ici et là des tuniques “raz-du-cul” (pas trop à Yazd à vrai dire), des foulards minimalistes, de beaux cheveux dépasser des voiles ... Et si la couleur des “voiles islamiques” reste souvent bien noire, ceux-ci sont souvent fait de tissus aux motifs coquets et aux jeux de transparence coquins ... Et c'est souvent sous les plus strictes capes noires que se cache les femmes les moins conservatrices, se simplifiant la vie en fendant la foule revêtues d'un habit passe-partout, s'évitant les histoires en dissimulant en même temps que leurs formes leur goût pour les petits hauts moulants, les foulards pimpants, les baskets argentées et les jeans stretchs !

 

       A Yazd, je joue quant à moi la carte de l'intégration en investissant dans cette formidable cagoule bordeau. Dans les boutiques, il y a des cagoules pour tous les goûts !!!


Iran retour Yazd (3)


         Ca n'a l'air de rien mais cette cagoule est bien plus pratique que les foulards et voiles en tout genre. Créée je pense pour les uniformes scolaires des petites filles elle a été adoptée par bon nombre d'étudiantes et de jeunes femmes actives et sportives. Elle est parfois portée sous la cape noire. Si elle n'a rien de sexi il faut avouer que ça rend la vie plus facile et contribue ... à la libération des femmes ... en tout cas de leur empêtrement dans leurs longueurs de tissus noir !


 

       Question intégration Clément avait lui fait de gros efforts (pour son plus grand plaisir) au Pakistan, dévalisant -comme lui seul sait le faire, pour être sûr de ne pas avoir à y retourner dans les 20 années à venir- un marchand à Karachi d'une pile de "Shalvar Kamiz" (dont il est vêtu sur de nombreuses photos) ... mais si cette tenue lui a valu les plus grands compliments du côté du Baloutchistan pakistanais ... il ne lui a attiré presque que des commentaires négatifs côté iranien (surtout à Kerman) de la part d'inconnus, du genre " tu ne devrais pas t'habiller comme ça, c'est très mal vu par ici", les rires moqueurs des enfants (à Yazd notamment) se le montrant du doigt  "Afghani ! Afghani !”, et les regards réprobateurs de nombres de passants ... Et puis il y a eu les sourires et les paroles chaleureuses d'immigrés Afghans ou de Baloutchs le prenant pour leur frère, allant jusqu'à lui parler dans leur dialecte d'origine ... ses yeux bleus et les reflets blonds de ses cheveux ne faisant que renforcer cette familiarité avec les traits tribals des peuples d'Asie centrale. Bref, une telle tenue, ça ne passe inaperçu, même de ce côté-ci du monde ... Qu'en sera-t-il par les chemins manchots ???

 

      Dans une rue de Yazd nous sommes abordés par une jeune fille qui veut faire un brin de causette avec nous, pour perfectionner son anglais. Il se trouve qu'elle est l'une des soeurs d'un employé de notre hôtel. Tous d'eux d'origine afghane. Nés en Iran de parents immigrés d'Afghanistan. Pas de droit du sol, ces jeunes gens ne sont pas Iraniens, mais bien citoyens d'un Afghanistan où ils n'ont jamais mis les pieds. Ces jeunes-gens, équipés d'une carte d'étranger, n'ont que peu de droits ici. Pas le droit de travailler, pas le droit de fréquenter les universités publiques qui foisonnent dans le pays. Pas de passeports. Pas d'avenir ? Non, ils sont débrouillards, ouverts, motivés. En eux une force, la force de ne pas se sentir partie d'un peuple iranien soumis à sa propre loi, la force de savoir que c'est à eux de bâtir leur avenir selon leur propre partition, en suivant leur propre musique. La force d'inventer des moyens pour se sortir de là. Ce sont souvent les premiers à chercher par tous les moyens à maîtriser une langue étrangère (l'anglais d'abord, sans dédaigner les autres), à s'emparer de la liberté que leur offre internet, à s'imaginer une vie ailleurs ... Leurs racines sont dans leur coeur, dans leur âme ; ces jeunes gens n'ont jamais goûté à ces chapatis dont ont leur parle, qui font écho aux légendes du pays contées par leurs parents au coin du feu ... Belles rencontres, l'espoir qui brille dans leurs yeux, la liberté qui iradie de l'intérieur. Pas de fatalisme, que du réalisme, les pieds sur terre et l'envie d'aller de l'avant.

      Nous sommes heureux de pouvoir leur rendre hommage par ces quelques lignes.

Publié dans Iran

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Eloi 12/10/2010 11:25



Coucou !!!


Juste pour dire que le hijab te va très bien Léo !!!! Bon sinon on a hâte de vous revoir. Béco



devriese 12/10/2010 11:00



serais-je la première à vous lire?! J'en doute. Dernier jour de boulot, ensuite, je vous lirai de la maison... Pas très sayant ces cagoules... ça gratte pas, au moins!? Gros bisous et amusez
vous, amassez les recettes, je voudrais bien un petit mix du monde dans la Manche... à vrai dire, j'en rêve!!! Mille bisous