Paisible Bardia

Publié le par Sur la route de soi

     Passer la rivière


    Nous passons cette première nuit à Bardia à camper à l'orée du parc, sous les hauts arbres d'une clairière en bord de rivière. Nous aurions bien aimé nous enfoncer plus avant mais n'avons pas été assez témérairespour suivre la piste et passer la rivière ... à gué ! Il faut dire que celle-ci est quasi asséchée et qu'il n'en reste, au milieu d'un désert de galets, que quelques flaques plus ou moins volumineuses ... Et si nous réussissons à passer dans un sens et que la mousson nous surprend, comment ressortir de ce cul-de-sac ???


      Le lendemain matin, après avoir observé le passage de nombreux véhicules (une vingtaine quoi) par ce gué, écouté les bonnes âmes du coin nous assurer que la mousson n'est pas encore pour demain et taté le terrain par nous-mêmes ,nous lançons la grenouille dans le lit de la rivière : impeccable ! Presque fastoche à côté des flaques que nous réserve parfois la route asphaltée !


      Canaux, rizières et menthe


      Nepal Bardia canal

      De l'autre côté c'est l'enchantement : bien plus reculés et bien moins fréquentés que Chitwan les abords du Royal Bardia National Park respirent la fraîcheur d'une campagne harmonieuse et sans histoire. Enfin, la “fraîcheur”, c'est bien sûr façon de parler. Au soleil le thermomètre grimpe vite au dessus de 50°C !

 

 

     

Nepal Bardia moulin

 

Lorsque la piste se fait trop mauvaise nous stoppons la voiture et courons presque immédiatement rejoindre les enfants qui se baignent dans le canal où leurs mères et leurs aînées sont en train de rincer le linge. Nous sommes samedi et il n'y a pas école, toute la marmaille passera donc la journée à l'eau ! Qu'il y fait bon ! Le courant y est fort car nous nous baignons juste après une retenue d'eau qui permet d'actionner un moulin à moudre les graines de riz, de blé ou de millet. 


       Nous partons ensuite explorer les environs : la campagne est sillonnée de canaux, des plus larges (4 mètres) aux plus étroits (quelques dizaines de centimètres) fournissant les maisons en eau courante et irrigant les parcelles cultivées, telle une Venise bucolique, agrémentée de bosquets de bambous et de gerbes de bananiers. Ici les paysans attendent les pluies de mousson avec impatience pour pouvoir enfin replanter leurs petits plans de riz, l'eau des canaux ne pouvant alimenter toutes les parcelles. En attendant c'est la menthe au parfum mentholé qui est prête à être récoltée : il y en a des champs et des champs et d'espèces de gros alambics bouillonnent déjà pour extraire des feuilles l'huile mentholée utilisée en pharmacie. Ca embaume !

 

 Nepal Terai Occidental Bardia

       

      Nepal Bardia riviere pecheurs (8)Nous déjeunons dans un bouiboui avec une  Suissesse  de Bâle rencontrée en chemin. Nous l'accompagnons  vers son lieu de baignade favori, à la confluence de deux rivières. De l'autre côté du large cour d'eau des singes nous narguent. Le fond est vaseux et des jeunes sont venus là pêcher au filet de tout petits poissons. Au soir, les éléphants traversent un bras d'eau pour regagner leurs étables. Goûter de mangues à l'ombre et bons souvenirs d'un après-midi paisible partagé avec Jacqueline.



Nepal Bardia canal lessive

    

 

 

 

 

      Hors-saison


       Le lendemain matin c'est jour de lessive pour nous ...

 

 

 


       La journée se passe entre ombre et eau ... Lorsqu'à midi nous partons chercher une table à laquelle déjeuner sans avoir à mettre la main à la pâte (par cette chaleur ...) nous ne savions pas dans quelle rude épreuve nous lançions. Il faut vous dire que, depuis notre arrivée dans le coin, nous avions été abordés par pas moins d'une dizaine de “guides” cherchant, “l'air de rien” à nous entraîner vers les hôtels qui les emploient. Car, vous ne vous rendez peut-être pas compte mais ici, lorsque vous arrivez quelque part, même dans un coin paumé, vous êtes forcément accosté par des types vous demandant “ Where are you going ?” “Where do you stay ? “ (Où vous allez ? Vous logez où ?), questions que nous balayons d'un “somewhere” (quelquepart) et d'un “at home / in our car” (chez nous/ dans notre voiture) qui ne les satisfont pas du tout. A Bardia ils se sont alors déchaînés en nous énumérant une liste rébarbative d'arguments sans fondements : impossible interdit dangereux trop de risques les tigres attaquent les léopards rôdent les éléphants chargent les villageois sont méchants etc etc ... Alors, la veille, pour être gentil avec un “guide” qui l'avait joué un peu plus finement que les autres, nous lui avions promis de venir déjeuner dans son hôtel.

       Mais quand nous nous pointons au dit hôtel à l'heure du déjeuner, pas un chat. Si celles-ci avaient eu le courage de s'activer par cette chaleur on aurait entendu les mouches voler. Nous tentons donc notre chance auprès de la concurence et visitons ainsi une dizaine d'adresses abandonnées à la canicule. Lorsque nous tombons sur quelqu'un et que nous le réveillons celui-ci nous dit que nous sommes hors saison, que le cuisinier est parti ou que l'hôtel ne tourne qu'avec la moitié de son staff et que c'est donc impossible de nous servir à manger ... Nous demandons “votre établissement est donc fermé, c'est bien cela ?”, mais le type ne veut jamais en convenir (ce serait perdre la face) “ ce n'est pas que c'est fermé, c'est que le personnel n'est pas là et vous ne pouvez donc pas être servis ” ... de notre point de vue cela revient un peu au même mais on doit sûrement être trop étroits d'esprit pour saisir la nuance ! Une heure et demie plus tard nous trouvons une agréable table à laquelle nous rassasier ... et déjeunons en compagnie de John, un jeune anglais, photographe à ses heures, fou amoureux de Bardia et des araignées, qui veut ouvrir ici son propre hôtel : nous l'assaillons de nos conseils de clients trop souvent insatisfaits ! Un brave type à qui nous souhaitons plein de courage !


      La Royal Enfield de Fabien


       En fin d'après-midi, alors que nous sommes de nouveau en train de tremper dans la rivière, nous voyons arriver une Royal Enfield (c'est une vieille moto) pétaradante. Nous avons tôt fait de faire connaissance avec le voyageur solitaire qui la chevauche, Fabien, allemand, 21 ans. Clément le submerge de questions concernant sa moto. A ce propos, je ne vous ai pas encore dit que, avec toutes les interviews serrées que Clément mène auprès de chaque voyageur motorisé que nous croisons, nous allons certainement pouvoir éditer très bientôt un bouquin “ Comment bien choisir son véhicule de croisière ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur TOUS les véhicules” ? Blague à part, si Clément s'intéresse à cette moto, c'est que nous avons en tête depuis quelques temps une virée en moto sur les hauteurs du Ladakh. Le Ladakh c'est une région himalayienne voisine du Cachemire et donc du Tibet, dont l'altitude moyenne est évaluée à 5300 mètres et accessible par voie terrestre seulement entre mi-juin et mi-septembre. Pour y accéder il faut passer des cols à 5300 ce qui est absolument impossible en 4L. Et nous ne sommes pas sûrs de vouloir remettre nos vies entre les mains d'un chauffeur de bus. La moto, et plus précisément cette “Royal Enfield”, serait une solution. Le projet est à l'étude.

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