Mumbai - Partie 3

Publié le par Sur la route de soi

Les paniers-repas de Churchgate station

Inde Mumbai (26)
    Ce matin-là, direction l'île d'Elephanta. Nous comptons sur le vent de la mer pour nous aider à traverser une journée de plus sous les Tropiques. Petit bonheur du train quotidien. Nous débarquons à Churchgate Station à 11h40, sortons par une porte de côté. Là, nous tombons sur un étrange spectacle. Des hommes portent perchés sur leur tête de longs et larges plateaux de bois (quand je dis long et large j'entends la taille d'une porte) sur lesquels sont rangés de petits sacs ou de petits empilements de gamelles métalliques : ce sont des paniers repas, préparés dans l'une ou l'autre des banlieues de Mumbai par les femmes d'hommes employés dans le centre-ville. Ces porteurs sont des dabbawallahs (ce qui recouvre un métier et donc une sous-caste). Par un relai savamment orchestré le repas préparé par la femme de la famille arrive entre les mains du mari, du père ou du fils, encore chaud, à l'heure du déjeuner. Si c'est pas beau tout ça !!! ça ça nous en bouche un coin !
    Pourquoi tout ce scénario ? Parce qu'avant il n'y avait pas de micro-ondes peut-être, et surtout parce que, au pays des castes, les membres de certaines d'entre elles (les plus "pures") ne peuvent consommer que ce qui est préparé par les mains de leurs cogénères. Et nous, nous regardons bouche bée le balai des porteurs, qui passent devant nous par dizaines, qui posent leurs plateaux qu'ils viennent de récupérer à l'arrivée du train des mains d'autres porteurs etc etc. Ils trient et se répartissent les paquets numérotés en fonction de quartiers, de rues, de bâtiments ... Waouh !

Rendez-vous implicite


    On a décidé de passer à l'Alliance Française vous poster quelques articles sur le blog avant de partir en ballade. Elle est hébergée dans l'immeuble du Theosophy Hall (on sait pas quoi ça veut dire mais ça en jette) à deux rues de la gare. On s'attarde à lire le programme culturel du mois derrière la porte vitrée. Et voilà deux visages qui surgissent derrière la vitre face à nous, tout excités. Leurs mains poussent la portent : Julia et Arnaud, nos marionnettistes des routes pakistanaises !!! On aurait voulu se donner rendez-vous ici qu'on aurait pas mieux réussi ! 15 millions d'habitants et on arrive encore à se croiser. On avait dit qu'on se reverrait : c'était aujourd'hui ! Ils sont venus ici rencontrer les responsables de l'Alliance histoire de prospecter pour une salle pour leur spectacle pour adultes. Ah les hasards !

Pique-nique de luxe
 
    On se retrouve tous les 4 sur le pavé bombaisien. L'ambiance est à la fête, malgré la chaleur. On met le cap sur le quartier de tours chic qui borde la mer plus au Sud. On y trouverait un magazin qui vend des produits de chez nous : fromages, jambons ... A journée de fête produits de fête ! A grandes enjambées et à grandes gorgées d'eau nous arrivons vite au pied du World Trade center de Mumbai. Pour atteindre l'épicerie fine (Natural Basket) il nous faut passer des portiques de sécurité, et chercher notre chemin dans un grand centre commercial chic. Là, encore, le palais des merveilles, on bave devant les rayonnages : on doit choisir. On fait des folies. Nous en ressortons chacun avec une facture de près de 45 euros !!!
        Nous cherchons maintenant un petit coin près de l'eau où déguster notre pique-nique de luxe. A 200 mètres des bidonvilles le front de mer est grillagé et l'accès semble en être réservé aux résidents aisés. On parvient à passer le portillon.
    Inde Mumbai (39)Un peu honteux, nous déballons nos victuailles : petit hommage à la Belgique en apéro (Chimay) avec olives, Sauvignon indien sur parmesan et tartines de gorgonzola, rouge français sur fines tranches de jambon italien, le tout couronné par des brownies ... Des mois que nous n'avions mis la langue sur un gateau au chocolat ... L'atmosphère est très gaie, le coucher de soleil s'annonce extra. A mesure que la boule de feu descend les gens sortent et viennent s'installer face à l'eau.
    Des hommes viennent jeter des sacs plastiques dans l'eau de mer. Un mec qui faisait son jogging et qui passait par là les engueule (ça c'est du jamais-vu, on n'en perd pas une miette) : les types s'excusent, dans les sacs, ce ne sont que des fleurs. Le gardien s'en moque, leur fait repêcher leurs sacs plastiques. Poésie des fleurs sans tiges, un peu passées, qui restent à flotter sur l'eau.

Humble village de pêcheurs au pied des gratte-ciel

    Nous quittons notre quai, passons devant le Rotary Club, traversons de larges avenues bordées d'arbres, de gros 4x4 blancs y font leur loi. Nos pas nous mènent dans un quartier un peu plus décati, à la richesse ternie, trottoirs et asphalte défoncés, beaucoup de petits commerces. La vie y grouille. Un marché de rue, fruits, légumes, petite poiscaille, à même le sol,comme à Diu, les lampes à huile brûlent. De ruelles en ruelles des habitations de plus en plus humbles, un étage pas plus. Le sol de terre est balayé. Au bout les barques remontées, et derrière la mer. Un peu plus loin les "toilettes" publiques, à même les rochers, face à l'eau. Et les enfants. Ils accourent, nous questionnent. Loin d'être fortunés et pieds nus, l'anglais de certains est remarquable. A peine un pour nous demander une pièce ; ils veulent jouer. Clément les fait sauter en l'air ! Ils rigolent tout ce qu'ils peuvent, Clément aussi. Une plus grande, très responsable, nous aide à sortir de ce "village" coincé entre ville et mer. Nous nous faufilons dans des couloirs à travers des habitations de fortune empilées les unes sur les autres, emboîtées les unes dans les autres, comme un jeu de légo. Et nous virons, à droite, à gauche, nous sommes dans un labyrinthe, guidés par une fée des lieux. Les intérieurs sont irréprochablement propres, soignés, coquets, des maisons de poupées d'où s'achappent des odeurs de cuisine qui mettent l'eau à la bouche et nous envahissent d'une chaleureuse sensation de bien-être.
   Nous en ressortons comme d'un rêve, émergeons dans la nuit noire.
Inde Mumbai (51)Les quais sont eclairés par ces vieux lampadaires aux ampoules jaunies qui donne cette ambiance tamisée des soirs d'été.
    Plus loin sur notre gauche, un temple construit de bric et de broc autour d'un arbre pris dans une dalle de béton carrelée. Quelques personnes chantent et tapent dans leurs mains pour garder le rythme. On assiste à cette prière du soir en se laissant envoûter par le rythme frappé et les voix des fidèles devenue plus nombreuses.    Petite quête comme par chez nous dans les églises en échange d'une bénédiction et on reprend la ballade. Il commence à se faire tard et on décide de retourner vers nos pénates.

   Sur notre chemin des cariolles à cheval extrèmement kitsh dans
Inde_Mumbai--54-.JPGlesquelles on nous propose de nous faire faire un tour. Pour le trip, on embarque. Cette voiture à cheval est recouverte de plaques d'aluminium sculptées, de guirlande de lumières de Noël, de ballons de baudruches multicolores (etc etc) le tout fait exprès pour les touristes que nous avons décidés d'être ce soir. Au lieu de se laisser trimbaler sur leur petit tour habituel, on leur demande de nous ramener à la gare de Churchgate. Quelques blagues, quelques petites chansons, la joie est là, c'est un peu du n'importe quoi dans cette cariolle.... Le rouge et le blanc de l'après-midi n'aidant pas ...
     Nous reprenons la route en direction de l'hôtel mais cette fois tous les quatre dans le camion de nos accolytes, je suis au volant ! Difficilement mais sûrement, on retrouve le chemin de notre YMCA où le buffet, comme chaque soir, nous attend pour nous caler avant la nuit sous le ventilateur.

Publié dans Inde-1

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