Mumbai - Partie 2

Publié le par Sur la route de soi

Au fond du puit, les champignons
(Où Clément paie ses frasques du 1er novembre ...)

   On se la coule douce. Après une grasse-matinée à l'abri des feux du soleil, étalés sous le ventilateur, petit-déjeuner-buffet de rois. A côté des très fades "toasts" (Clément en engloutira quand même, très raisonnablement -à son habitude- une petite vingtaine) des cornflakes, des oeufs durs et en omelette et d'un affreux porridge anglo-indien, chaque matin de nouvelles spécialités culinaires des 4 coins du pays : idli (boulettes de riz soufflé servies avec une sauce parfumée et pimentée), uttapam (galette-pizza), dosaï (galette farcie) ; le pied total !

   Week end chez nico montmarault 09 (32)Aujourd'hui mission docteur. Il se trouve que, depuis une épique descente au fond d'un puit pour le nettoyer, par un beau jour de novembre dernier, en France (ce qui rappellera forcément de bons souvenirs à certains), Clément souffre de vilaines démangeaisons -on ne dira pas où- qui ne daignent pas passer. Bref, à Bombay on a trouvé une doctoresse francophone recommandée par l'Ambassade, et on a rendez-vous aujourd'hui.

   Expédition en banlieue, à 20 km au Nord. On décide de s'y rendre en train, notre activité favorite entre toutes. On débarque à Andheri station. Le monde, la foule. Des gens partout, occupés à aller et venir, à vendre à acheter, à vivre, à survivre, à se déplacer, à se rafraîchir. Nous nous engouffrons le long d'un trottoir, grandes enseignes climatisées, échoppes bétonnées et crasseuses, maisons à balustrades de bois, balcons de fer forgé, défraîchies, témoin d'un passé fastueux, vieux arbres, racines prises dans le béton des, le bitume des bas côtés ... Nous nous dirigeons à vue de nez, modulons nos efforts, régulons nos pas pour économiser la sueur. Nous nous perdons, un toutouk nous ramène à bon port : une clinique privée. Gentille doctoresse ayant vécue au Maroc, formée en France, cheveux coupés courts, dynamique et directe. On a enfin su ce qu'il y avait au fond du puit : des champignons ! Après le diagnostic, les médicaments au détail dans la boutique du bas.

Train-train bombaisien


   On reprend le train pour le "centre". Marine Lines Station. Entre les rails et la mer des parties de criquet : terrain vert  abondammennt arrosé pour les riches qui y courent en costume de sport blanc ; terrain de terre sec et poussiéreux pour les moins aisés. Même ardeur dans le jeu.

   Nous apprivoisons le quartier.  Immense esplanade de gazon raz bordée de palmiers où se jouent d'autres parties de criquet. Le criquet on ne voit plus que cela comme sport depuis Lahore, au Pakistan. En bordure des villages, sur les terrains vagues des petites villes, les canaux à sec de la campagne, sur les plages, dans les rues devant les logements de bric et de broc, partout la batte et la balle, et des gosses, et des moins gosses qui frappent et qui courent. L'avantage avec le criquet, sous ces lattitudes, c'est que, contrairement au foot, on ne court pas à tous les coups. Malins les gars ! Mais, là, à Mumbai, le criquet est partout, sur le moindre carré de pelouse ! 
   Inde_Mumbai--104-.JPGArchitecture anatopique de la Haute Cour de Justice, de l'Université et de son horloge. Colonnades, gargouilles et escaliers en colimaçons, on se régale du décalage. Qui aurait cru que le plus beau de l'Angletterre se trouvait en Inde !!! Nous repassons devant "VT" ("Viitii") et osons même rentrer dedans. Le monde, le monde ! Que Saint Lazare paraît petite et humble à côté ! Aux verrières et leurs armatures de métal s'ajoutent tout un foisonnement de sculptures, un immense bestiaire des Tropiques. D'ailleurs un peu plus loin on passe devant la maison de Rudyard Kipling, l'auteur des Livre de la Jungle et des Histoires comme ça ! Sous les grands arbres banyans, même au coeur de la mégapole, on sent que les tigres puissants et les singes farceurs ne sont pas loin.

    Inde_Mumbai--2-.JPGDans la pénombre nous allons errer au Nord des voies, du côté des grandes halles de la ville. Nous nous faufilons, ombres parmi les ombres par des rues et des ruelles qui tiennent plus du bazar iranien que d'autre chose, dans de vilains bâtiments disparaissant de toutes façons intégralement derrière les montagnes de produits à vendre. Forts relens d'un marché au poisson invisible, encens montant de petits autels hindous, hauts parleurs des prières musulmanes anonées dans des mosquées de fortune ... Sur un boulevard, un traffic d'enfer, voitures, camions, porteurs chargés d'énormes caisses, charettes à bras débordantes, klaxons, taxis, scooters, motos ...

  
Inde Mumbai (9)Sur le rebord du trottoir, dans le caniveau, dans cet espace incertain qui sépare les à-pieds de la folie du milieu de la chaussée, des gens vivent. Il y des femmes et des enfants. Ils ne mendient pas. Ils sont occupés à vivre, tâches ménagères sans ménage pour ainsi dire : lessive avec les moyens du bord, semblant de cuisine ... Un bébé tout nu, les pieds dans un baquet. Sa mère lui fait prendre son bain. Elle savonne fort, le rince à grandes eaux. Comme tous les bébés du monde, il pleure, parce qu'il a pas envie, parce qu'il ne comprend pas. Non loin de petits enfants le lorgnent : peut-être envient-ils cette bénédiction d'eau (tiède ? froide, ce serait trop beau) qui les libéreraient un instant de la moiteur du soir. Incroyable non ? Cet instinct (à l'origine de la culture) d'hygiène dans des conditions aussi précaires.

   
Un peu plus loin, nous jetons un coup d'oeil à travers les barreaux d'un bâtiment décrépi : les rats détalent entre les étals vides d'une grande halle sombre et crasseuse. Nous nous engageons dans la ruelle suivante, étroite, à peine éclairée : c'est le marché aux animaux, volailles vives ou découpées, le billot est là, perruches, lapins, oies, cochons d'Inde (pour une fois qu'on les voit chez eux !), rats en cage, chats et chiens. Les plumes volent, les cages sont propres. Encore un peu plus loin nous arrivons au Crawford Market : Inde Mumbai (19)derrière les empilements de marchandises et les échoppes croûlant sous des tas et des tas de produits, dans l'épaisseur de la nuit, éblouis par les spots des commerçants, nous devinons de belles halles ornementées d'arabesques et de sculptures. Les allées sont bondées, ça bonimente et ça marchande. Nous démarchons plusieurs stands pour acheter une nouvelle bouteille de shampoing, marchandons ... avant d'acheter un produit de marque qui se révèlera être une contrefaçon ! (Vous comprenez mieux le petit plaisir du supermarché ?) Côté fruits et légumes, des montagnes de pastèques, des cageots de mangues vertes délicatement manipulées : ce n'est pas encore la saison, elles sont hors de prix (Plusieurs dizaines de fois plus chères que les fruits de saison ou que les mangues en saison : encore 2 mois à patienter) ...

   Nous rejoignons les grandes artères où des flots, littéralement des flots, d'employés se hâtent tranquillement vers leur chez-eux. Avec eux nous reprenons notre train-train.

Publié dans Inde-1

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