Les drôles d'oiseaux du lac bleu

Publié le par Sur la route de soi

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   A Udaipur on était en altitude. On en redescend petit à petit par de larges vallées au pied de petits monts d'un brun-rouge très chaud dont les arêtes sont soulignées par de hautes haies rectilignes de cactus. Vert sombre contre brun-rouge sur fond de ciel d'un bleu très franc : on se croirait dans le massif de l'Estérel. Nous franchissons la moitié des kilomètres qui nous séparent d'Ahmedabad, la capitale du Gujarat (sur 250 km au total). Nous préférerions arriver dans cette très grande ville de bon matin pour n'y passer qu'une journée. Nous quittons l'autoroute (eh oui ! mais cette fois-ci, aux deux péages que nous passons, on refuse d'encaisser notre argent, par courtoisie pour l'étranger il faut croire) et allons par les petites routes de campagne à la recherche d'un coin tranquille où s'installer. Mais cette campagne est plutôt fertile et accueillante alors il y a du monde partout, des villages, des maisons ...
  
 On s'aventure un peu plus loin sur un routin défoncé et du haut d'une colline nous apercevons un lac, bleu, dans son écrin de verdure.
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    Et, micacle, les abords du lac ne sont pas habités et une jolie pelouse verte a recouvert les marécages asséchés qui l'entourent qui tend les bras à la 4L et à notre campement. C'est superbe. Des tas d'échassiers, de grosses poules d'eau, de hérons et d'autres oiseaux, petits ou gros, jamais vus, pêchent, les pattes dans l'eau. Armés des jumelles et de l'appareil photo nous partons explorer ce petit coin de paradis. Un gamin est sur nos talons, silencieux, faisant rouler son cerceau de feraille. Ah ! On se dit que ce paysage-là et ce crépuscule-là valent tous les Udaipur, les réserves naturelles, les jardins ornitologiques et les "points de vue panoramiques" du monde. Nous croisons des villageois qui rentrent chez eux, ils nous voient, nous saluent, ne s'attardent pas. Nous dressons notre troisième pièce pour s'abriter des moustiques, et des regards.
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    Le soir on décide que cet havre de paix mérite bien qu'on en profite un peu plus : nous resterons ici le lendemain avant de reprendre la route pour Ahmedabad. Nous savons le risque que nous prenons, celui d'être l'attraction du village, de voir des Indiens de tous âges circuler devant la voiture pour nous voir. Mais nous prenons ce risque ...



   Et ça n'a pas manqué ! Après un début de matinée assez calme, les uns et les autres viennent tour à tour nous saluer. Ce sont d'abord le maître d'école puis les enfants, petits et plus grands qui se rendent, en uniforme bleu, à l'école. Puis viendront les femmes âgées conduisant les buffles à l'eau, d'autres les troupeaux les chèvres ... Tout ce petit monde s'installe dans ces patûrages au bord du lac. On s'expose aux regards. Les badauds viennent profiter du spectacle : moi en train taper tout ce blabla sur l'ordi, à l'ombre de la tente ouverte, Clément à mes côtés taillant, scluptant et décorant un petit rouleau à chapati, ou cuisinant le "byriani" du midi. Ils sont plein de bienveillance, nous disent que des serpents pourraient nous attaquer, ou bien des gens qui auraient trop bû viendraient nous jeter des pierres. Mais tous ceux qui passent ne sont que gentillesse et curiosité, certes. Ils nous conseillent de nous installer plus près du village ou bien à côté du temple, mais nous tenons nos positions. Face à cet afflux nous adoptons une nouvelle technique :
IMGP7166nous ne parlons ni ne comprenons l'anglais, ce qui en dissuade certains et nous débarasse rapidement des notables. D'autres s'installent. Notamment des femmes qui décident de s'assoeir à notre porte. Mais les femmes c'est bien connu sont raisonnables et elles s'en retournent à leurs affaires. Des enfants et des ados viennent prendre leur place, accroupis devant nous comme ils regarderaient la télé. On discute un peu dans notre charabia d'anglais improvisé mais notre endurance dans les discussions ne vaut pas leur extraordinaire inertie.

    Je suis en train d'écrire quand tout d'un coup les enfants se volatilisent comme les oiseaux et les gazelles dans la savane quand le lion paraît. Le lion c'est un flic : le policier en charge du secteur. On commence par des échanges courtois (tiens, notre anglais nous revient comme par magie), puis quand il comprend qu'on veut passer
IMGP7171la nuit ici il commence à s'exciter et à nous crier dessus, à vociférer que c'est pas possible, que la zone est extrèmement dangereuse, qu'on court à notre mort etc etc. ça nous fait bien rire, et les badauds aussi. Car ici tout est calme, paisible et serein. Alors je continue à écrire ce que vous êtes en train de lire. Car aujourd'hui j'ai un peu étoffé mon CV : me voilà non seulement prof mais aussi écrivain pour donner le change ! Scène du plus haut comique lorsque le flic nous demande nos noms. Nous lui proposons de les lui écrire mais par fierté il refuse et s'entête. On épellera donc (nos prénoms). Clément s'éxécute en premier, en anglais, il prend sur lui car Dieu sait si le flic le gonfle. Puis vient mon tour, mais bétasse comme je suis, j'épelle en français. On doit s'y reprendre à plusieurs fois. Notre public se tort de rire, nous on essaye de se contenir, mais c'est pas facile. Grand moment de complicité avec les villageois pliés en deux, nous les larmes aux yeux, aux dépens de notre "officer" qui se soucie tant de notre sécurité. Et voilà qu'il disperse la petite foule en s'essoufflant sur son sifflet ! Moi j'attends qu'il se prenne les pieds dans les cordelettes qui tendent la tente. Il nous demande la profession de nos parents, et on trouve dans nos ascendants une colonelle et un juge pour lui rabattre un peu le caquet. Le plus drôle c'est lorsqu'il se rend compte, alors qu'il veut nous laisser son numéro, que nous n'avons pas de portable. ça c'est le comble ! Ils nous engueule, nous dit qu'on est inconscients etc etc ...
   Le voilà reparti, le public se disperse, mais on a promi-juré de ne pas dormir ici cette nuit. Alors nous ne dormirons pas ici mais 100 mètres plus loin, près du temple, en espérant qu'il n'aille pas nous y chercher. On s'est bien amusés mais on est très déçus de devoir décamper.
   Dans la soirée, alors que Clément malaxe sa première pâte à chapati, les ouvriers du temple viennent lui offrir un cercle en marbre sur lequel on étale la pâte. Si c'est pas sympa ça ? Nous on leur offre en échange des posters de nos "temples" français : des cathédrâle de Touraine et du Loir-et-Cher !!! On ira garer la voiture devant leur bicoque et dormirons au milieu de petits templions en construction.
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Publié dans Inde-1

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A
<br /> bonjour les enfants; C'est magnifique, cette ville bleue. Merci pour les textes et aussi pour les photos; mamie yvette va mieux; elle vous fait de grosses bises.<br />  merci encore. a bientôt<br /> gros bisous. annie et claude <br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Quels talents de reporter avez- vous ? C'est passionnant et je me régale de tous les détails.On est vraiment avec vous. On vous suit .....non pas en faisant du voyeurisme mais dans le plaisir et<br /> l'émerveillement du partage de vos sensations.<br /> Je ne quitte pas ma Normandie et pourtant grâce à vous je m'évade le temps de la lecture.....SUPER! Je ne sais si c'est possible mais vous nous indiqueriez sur une carte de l'Inde les grandes<br /> lignes votre trajet (passé et à venir) je visualerai mieux.<br /> Olivier se joint à moi pour vous embrasser tous les deux bien affectueusement. Bonne continuation. Isabelle<br /> <br /> <br /> <br />
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A
<br /> Salut à tous les deux trop content de vous avoir eu au téléphone hier d'autant plus que pour moi qui suis un peu sourd !! la reception était parfaite J'ai repris votre blog un peu en arrière et<br /> j'ai pu profiter de toutes ces superbes photos que vous avez rajoutées et les commentaires sympas qui je le sais n'appartiennent pas qu'à Léo mais aussi à Clément !! bravo à tous les deux pour<br /> cet exercice de style<br /> Je reviens sur un commentaire plus ancien de Clément , de son malaise face à la misère et du pourquoi y sommes nous partis. En vieux con que vous connaissez j'ai eu ce même sentiment en Afrique<br /> noire et à l'époque ma réponse était de dire que le fait de raconter à l'européenne ce qui se passe là bas, que tout n'est pas sordide mais même si des gens ont faim on peut s'y sentir bien, le<br /> fait de pouvoir transmettre une partie de son expérience aux autres c'est déja très important surtout qu'au vu de votre blog vous n'etes pas dans le voyeurisme mais dans la découverte des<br /> autres c'est le moins qu'onpuisse dire. A part cela quelques petites remarques : je ne me souviens pas d'être pour quelque chose<br /> dans l'histoire de la batterie mais j'ai peut être la mémoire qui flanche ! par contre votre nécessaire à crevaison me rapelle notre virée au fin fonds de la Grêce où pareille méthode était<br /> utilisée et je pense que Clément doit s'en souvenir, dernier détail j'ai cru voir Clément en photo sur une moto mais peut être ai je révé !<br /> <br /> Bon voyage à tout les deux continuez à nous donner toutes ces infos passionnantes  Pleins de bisous <br /> Alain<br /> <br /> <br />
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