Histoires de moto et d'abricots

Publié le par Sur la route de soi

 

      Lundi 12 juillet

 

       Nous sommes toujours à Manali. Toujours à camper dans le jardin du New Shiva Ashram. Il a plu lundi. Il a plu mardi. Il pleuvait encore mercredi. Nos affaires ont commencé à s'humidifier : nos vêtements, puis les draps, puis le matelas. Tout n'était plus qu'eau. Le sol, imbibé, n'absorbait plus ; de larges flaques s'étaient formées en travers des routins ; dans le torrent les rochers avaient disparus sous les flots marron et gonflés. Mercredi, en fin d'après-midi, la pluie a fini par cesser et les nuages, en s'écartant, nous ont dévoilé toute la beauté d'un paysage dont les tons viennent d'être réhaussés par un pinceau humide, révélant le vif des couleurs : bleu franc du ciel, vert sombre des forêts, vert électrique des prairies, blanc chantilly des nuages ... et de la neige ! Car on a bien l'impression que, tout là-haut, il y a plus de neige qu'auparavant ...

 

     Soleil et abricots

 

        Jeudi, soleil. Nous déballons toute notre litterie et notre garde-robe sur les balustrades du perron de l'hôtel : oreillers, couette, torchons, chaussures et vêtements sèchent au soleil. Nous ouvrons les fenêtres de Titine pour laisser s'échapper les vapeurs qui montent des flaques d'eau qui s'y sont formées ... (l'étanchéité, c'est pas encore tout à fait ça !) Nous nous gavons d'abricots glânés aux branches des arbres qui nous entourent. En nous balladant dans la campagne alentours nous avons remarqué que les gens du coin en font une consommation un peu particulière, nettoyant à grande eau les noyaux de leur pulpe orange avant de les mettre à sécher au soleil. Nous avons pensé que les femmes (car c'est à elles qu'incombent cette tâche bien sûr) récupéraient ainsi ce qui était récupérable sur les fruits meurtris qu'avait fait tomber la pluie. Mais non, elles en faisaient de même avec les abricots cueillis dans les arbres.

       Avant-hier des gamins se sont installés sur le muret à côté de notre voiture après avoir fait une petite récolte d'abricots : ils les ont débarrassés de leur chair orange avant de casser les noyaux -comme des noisettes- à coups de pierre pour en avaler avec gourmandise l'amande. Ils nous ont fait goûter : celle-ci n'est ni molle ni amère, plutôt croquante et légèrement parfumée. Mais pourquoi ne mangent-ils pas la chair ??? Avec ces abricots je viens même de faire de la confiture à la fois avec la chair et avec les amandes !

 

       Une moto pour le Ladakh : pas si simple ...

 

        Mardi soir nous avions rendez-vous avec Arshdeep, un ami d'un Français vivant ici, Pascal, qui nous a mis en contact avec lui. Arshdeep possède une Royal Enfield dont il n'a pas utilité ces temps-ci et accepte de nous la louer pour un tarif légèrement moindre que ce que nous proposent les professionnels. Pourquoi pas ? D'autant plus que l'engin paraît comme neuf. Clément, en l'essayant le lendemain, la trouve aisée et agréable à conduire. L'affaire semble donc bien partie. C'est ce qu'on croyait ... On demande à Arshdeep de faire faire quelques petites révisions à sa moto, et il paye presque sans broncher la vidange et fait retendre la chaîne. Le seul hic, c'est qu'elle n'est pas équipée de porte-bagage, et ça, pourtant, ça nous est indispensable. Il nous assure qu'il s'en charge, que dans ces amis il y aura bien quelqu'un pour nous en prêter et que sinon ça ne coûte pas grand chose à faire faire ...

        Mais voilà, lorsque Arshdeep revient vendredi en début d'après-midi avec la moto, celle-ci n'a non seulement toujours pas de porte-bagage mais en plus il nous annonce penaud qu'il sera impossible d'en trouver un : personne ne veut en prêter, aucun des shops de motos de Manali (et il les a tous fait !) ne peut se résoudre à en louer ou en vendre, et c'est impossible d'en faire faire ici, ils sont tous fabriqués à Delhi ... bref, c'est peine perdue. Nous nous résolvons donc à changer nos plans et partons de nouveau par monts et par vaux, l'âme en peine, à la recherche d'une nouvelle monture ...

        Et voilà que, lors de nos recherches, nous trouvons, nous, un porte-bagage, certes un peu déglingué mais qui, une fois resoudé ici et là, pourrait faire l'affaire. Le type du garage veut bien nous le céder (voleur !) pour 1000 roupies. Voilà qui nous enlève une belle épine du pied. Nous contactons Arshdeep qui nous rejoint, deux bonnes heures plus tard, au petit garage en bas de Vashisht. Il vient arroser d'une bonne douche d'eau glacée notre réjouissement en nous apportant une nouvelle dont on se serait passé : en consultant les documents de la Royal Enfield il s'est rendu compte que l'assurance était périmée de longue date ... hum ... nous sommes vendredi soir il va sûrement falloir attendre lundi pour régler la question ... Pour nous qui avions prévu de partir de lendemain de bon matin avec Aurélien et Jérémy (un Français et un Suisse eux aussi motivés pour le Ladakh), c'est un peu la poisse ... Arshdeep nous dit qu'il va voir, essayer de hâter le processus pour l'assurance.

        Dans la foulée les gars du garage se mettent à parler entre eux avec un nouveau venu : la route pour le Ladakh est fermée à toute circulation pour une durée indéterminée : à une quarantaine de kilomètres de Manali, juste avant le premier col, toute une portion de la chaussée s'est écroulée sur une cinquantaine de mètres, suite aux pluies diluviennes du début de la semaine. Glissement de terrain et éboulis. Le terrain n'est pas encore stabilisé, empêchant les travaux de reconstruction ( menés par l'armée, car c'est un axe stratégique car menant aux frontières tibétaines) de commencer.

       Cette route coupée nous rend le Ladakh innaccessible jusqu'à nouvel ordre ... Là-dessus, la pluie se met à tomber ...


 

        Nous avons craint que la pluie ne reprenne de plus belle mais, sur ce point, les cieux nous ont épargnés : le ciel est resté couvert, nous préservant de trop grosses chaleurs, laissant échapper quelques gouttes et briller quelques éclaircies. 3 jours ont passé, nous avons pas mal bouquiné, pas mal ressassé aussi, avec les uns et les autres, les maigres informations que chacun avait pu glâner à droite à gauche sur l'état de la route pour Leh. Toujours pas débloquée. Selon les différents sons de cloches il y en a encore pour un jour, deux jours, trois jours, et, s'il se remet à pleuvoir, pour une nouvelle semaine. Bref, impossible de savoir. Ce qui est sûr c'est que, de part et d'autres du “trou” il y a des camions et d'autres véhicules rangés à la queue-leu-leu, attendant que ça se débloque. Des ânes font des allers-retours, portant pas des sentiers les marchandises déchargées d'un camion à un bout pour les recharger dans un autre au-delà du passage condamné. Les bus et les taxi-jeep déversent leurs passagers les plus sportifs qui gagnent à pied, parfois en quelques heures de marche, un autre moyen de transport qui les conduira à bon port.

        Quant à nous, comme nous vous l'avons dit, toujours à Manali ! Mais, grande nouvelle, depuis ce midi, nous avons la moto, rien que pour nous ! Cela n'a pas été sans nouvelles peines, Clément ayant passé une partie de son dimanche après-midi avec Arshdeep pour faire fixer un porte-bagage, pas le tout déglingué négocié vendredi qui ne s'adaptait pas à notre nouveau modèle de Enfield, mais un autre, plus solide, qu'à force de supplications Clément a réussi à soutirer, au prix de 1700 roupies tout de même (!), au petit garagiste. Ce matin, avec une heure de retard, Arshdeep se pointe et ils prennent tous deux le chemin de chez l'assureur. Après 100 mètres : panne ... d'essence ! “Nous n'y arriverons donc jamais !” pense Clément ... A midi ils sont de retour avec la moto assurée.

 

         A Manali nous avons retrouvé Marcus, rencontré lors de notre dernier passage à Kathmandou, qui voyage en solitaire sur les routes du Monde. Nous avons aussi fait la connaissance de 2 Français qui suivent à peu près le même itinéraire que nous dans leur Mercedes 307 D super bien et joliment aménagé. Tout ce petit monde campe maintenant avec nous à l'Ashram !!!

 

Départ

 

       Allez ! C'est décidé ! Nous partons demain midi ! Et si nous ne savons pas par où, nous savons du moins avec qui : Aurélien, Jérémy, Linda et Pierre (3 Français et un Suisse) sur 2 autres motos comme la nôtre en plus vieille. La route du Nord étant encore fermée nous mettrons vraisemblablement le cap vers le Sud avant de tourner vers l'Est au niveau de Aut (un peu en dessous de Kullu). De là une route devrait nous mener à une autre qui longe la Sutlej Valley jusqu'à ce qu'elle rejoigne la Spiti Valley. Un grand tour afin de pour retomber (en combien de jours ? combien de semaines ?) sur la route de Ley, juste après le Rothang Pass (le premier col après Manali, celui qui est bloqué parce que la route s'est effondrée). De là Keylong, puis Leh, puis, après un coup d'oeil à la vallée de la Zanskar, cap sur Srinagar au Cachemire. ce n'est qu'une ébauche de plan de route, des souhaits ... Mais on commence à se rendre compte à quel point il peut y avoir glissements de terrain, torrents et éboulis entre les rêves et la réalité !!!



 

Publié dans Inde-2

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dechaufour 21/07/2010 14:18



Salut les ptits biquets,ça faisait un bout de temps que je m'etais pas regalée avec votre blog,je viens d'y passer 2 heures,trop bien!!!Mieux qu'au cinemoche:


C quand que vous rentrez,vous nous manquez!!


Nous allons marier la Nataloche et son tanguy,on leur fera la bise de votre part!


Je viens de faire le vernissage d'une expo ou j'ai mis mes "potelages"et avec 3 peintres,on peut le dire plutot reussite!


Je vous bise bien fort et bon courage a votre "grenouille"qui je l'espere n'aura pas envie de monter en haut de l'echelle pour voir quel temps il fait!


Tatane



Paturel 19/07/2010 22:35



De retour  hier d'une semaine de vacances dans le Lot, nous avons découvert avec plaisir votre carte. Trop sympas de nous envoyer  ce petit mot alors que nous nous régalons déjà de vos
épisodes à rebondissement sur ce blog. On va finir par se convaincre que finalement on aura jamais été aussi proche que maintenant que vous êtes à des milliers de kilomètres.Vous êtes
super. C'est beau d'être jeunes. Soyez prudent. Ce périple en moto, les glissements de terrains et tout le tintouin n'est pas trop rassurant...Météo capricieuse.J'espère que nous aurons
rapidement de prochaines bonnes nouvelles sur ce blog. Toujours impatiente de vous lire, votre fidèle lectrice vous embrasse bien affectueusement et pense bien à vous. Isabelle.PS :Je vais
regarder la carte car je ne situe pas du tout tout votre trajet. J'espère que je vais arriver à trouver le nom des bleds cités.