Frontière Pakistan-Inde : Premier jour

Publié le par Sur la route de soi

Il est 13h00. Dans la cour du Parkway Hotel de Lahore l'escorte nous attend. Je ne m'y attendais pas, je les avais déjà oubliés. Encore une escorte, la dernière ! Nous suivons la jeep hors de la ville. Il faut reconnaître que ces escortes nous enlèvent une belle épine du pied lorsqu'il s'agit de trouver le chemin. Nous longeons une sorte de canal, asséché. Au fond des pelleteuses nettoient ou nivellent une boue de déchets peu ragoutante. Plus loin ce sont des enfants, des jeunes et des moins jeunes qui l'utilisent comme terrain de jeu pour leurs parties de criquet. Nous quittons la ville et c'est le brouillard, gris, comme une fumée froide qui recouvre les champs.
Et peu après l'escorte nous laisse devant la première barrière de la frontière, nous expliquant qu'elle nous attendra là en cas de problème. Quel problème ? Nous la franchissons et allons garer la voiture devant les bureaux de l'immigration du Pakistan. Là trois types nous accostent : l'un d'entre eux, en uniforme, nous explique que le surnom de son accolite est "how much ?" (ce qui veut dire "combien")et en effet ce dernier répète en boucle " how much ? you want how much roupies ? how much euros ? how much dollars ?". Il ne nous reste plus une roupies pakistanaise en poche mais Julia et Arnaud font affaire avec "how much". Le taux de change est de 62 roupies pour 1 euro. L'autre type s'intéresse à la voiture ... Pour la première fois depuis le début du voyage les douanes cherchent à savoir si le véhicule désigné sur le carnet de passage en douanes (cpd) correspond bien à celui dans lequel nous nous trimbalons. Pour le numéro du moteur pas de problème, mais pour le numéro de châssis ... à un zéro près le numéro inscrit sur la carcasse n'est pas celui reporté sur le cpd ni sur la carte grise ... L'erreur remonte à l'établissement de la carte grise de l'ancien propriétaire et nous n'avons pas pris le temps de la faire corriger en préfecture ... Il ne manque qu'un chiffre mais nous espérons que ce petit écart ne nous sera pas fatal ... Clément joue le grand benêt qui ne sait sincèrement pas où ce numéro est inscrit et montre sa bonne foie en invitant le fonctionnaire à comparer le numéro de la carte grise avec celui du cpd : ça colle et ça passe ! A notre tour de montrer nos papiers. Nous entrons dans le bâtiment. Un vrai hall d'aéroport : grand, carrelé, propre ... On n'a plus vu ça depuis les banques iraniennes. Et nous sommes seuls là-dedans ! On remplit nos petites fiches, posons pour la photo, ça ne traîne pas. Un employé nous fait remarquer qu'on a beaucoup de chance, que vraiment aujourd'hui c'est très rapide, que quand il y a une coupure d'électricité, c'est bien plus embêtant, les gens ne peuvent plus passer. On en conclue qu'on a intérêt à se dépécher d'en finir avec la frontière avant qu'une panne nous tombe dessus ... lui en conclue qu'il mériterait bien un petit pourboire. Quelle drôle d'idée ! Direction le bureau suivant, encore un registre à remplir (on est passés maîtres dans cette discipline) une petite signature, et nous franchissons le portail pakistanais pour aller garer nos véhicules devant les douanes indiennes. En Inde ça ne rigole pas : fumer dans les lieux publics, même dehors, c'est interdit. A l'immigration encore des petites fiches à remplir. On nous presse,notamment à signer des trucs qu'on n'a pas le temps de lire ! Le plus drôle c'est la fiche sanitaire destinée à canaliser les éventuels cas de grippe H1N1. "Ecrivez votre nom, signez là !" Et quand je demande s'il ne faudrait pas par hasard lire et éventuellement répondre aux questions (type " êtes-vous allé dans un pays affecté par le virus H1N1 ?" ou "avez-vous de la fièvre") il me dit "non non non" me fait signer et m'arrache le papier des mains ! Du vent ! Vraiment ridicule !Une parodie de contrôle sanitaire, juste un beau gâchi de papier.
Mais on n'avait pas encore assez rigolé : Arnaud revient déconfit du bureau des douanes : le camion ne passera pas la frontière. C'est à cause de leur carnet de passage en douane. Leur véhicule (27 ans) n'étant plus côté à l'Argus, l'Automobile Club de France (qui délivre ce document contre la modique petite caution de 3200 euros récupérables si le véhicule revient du voyage) a inscrit "valeur : 0 euros" ... (Clément avait anticipé ce problème en leur demandant d'estimer la 4L à 1000 euros). Et l'Inde ça lui plaît pas du tout le coup des "0 euros". Soit disant que s'ils quittaient l'Inde sans leur véhicule (revendu, accidenté ...) celle-ci ne pourrait alors réclamer aucun dédomagement auprès de l'ACF. Vrai ou pas, toujours est-il qu'ils ne veulent rien entendre. Et c'est dimanche, impossible de joindre l'Automobile Club ! Faudra revenir demain.
Avec toutes ces histoires nous avons loupé la fameuse cérémonie quotidienne de fermeture de la frontière indo-pakistanaise. Mais nous avons aperçu les gradins, et vu une foule indienne se ruer vers le spectacle à l'heure dite.Vraiment, il fallait les voir courrir, une foule multicolore aussi pressée et entousiaste qu'à l'heure de la libération d'un pays !
C'est ainsi que nous quittons le poste frontière et entrons sur le territoire indien avec ... une hongroise et un français dans le coffre de notre fidèle 4L ! Nous reviendrons le lendemain pour éclaircir cette histoire de Carnet de Passage en Douane et libérér le camion, prisonnier dans le no-man's-land et affublé de scellés de fortune collés avec un stick de colle à papier !

De l'autre côté de la frontière ... toujours la même brume, froide. Des marchants ambulants profitent de la venue des touristes (surtout indiens) pour vendre toutes sortes de friandises. En Inde on roule à gauche, comme au Pakistan, mais sur les premiers kilomètres, la route est en travaux, alors on roule tantôt d'un côté, tantôt de l'autre !  Plutôt bonne la route d'ailleurs, rien d'affolant en tout cas. Et puis on commence à slalommer entre les vaches ...

Publié dans Inde-1

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