En redescendant des montagnes .

Publié le par Sur la route de soi

(du 8 au 14 août 2010)

 

      Pause-pommes à Manali

 

      Inde Himachal-Pradesh Manali pommes (3)De retour de notre périple moto nous passons quelques jours tranquilles à Manali. Nous y avons retrouvé notre voiture, au sec sous sa bâche jaune, Mandeek, le gérant des lieux, toujours aussi détendu, souriant et accueillant et des pommes toutes rouges et bien mûres suspendues aux branches des pommiers : il n'y a qu'à tendre les mains pour s'en saisir ... ce que nous faisons à longueur de journées, en particulier Clément qui en avale des quantités ... gastronomiques !!! Nous y avons aussi renoué avec notre vie de campeurs sous la tente de toit, et moi avec mes bottes en caoutchouc que je ne quitte que pour aller me coucher ! Nous savourons les merveilleux petits repas que nous nous concoctons, en particulier les copieux petits-déjeuners café-jus d'orange-pain-confiture d'abricot maison-nutella-muesli-lait-pommes, les sauces des pâtes et les fromages que nous avons trouvé en ville. On a mis le linge à laver, rangé notre attirail de motards-itinérants, lessivé sangles et bidons, trié les photos, acheté de nouveaux essui-glace (marque Mahindra), fait le marché. 4 journées de vie pépère mais active au rythme du bon vouloir des cieux qui nous distillent soleil, bruine et averses l'un après l'autre.

      A l'Ashram il y a plus de passage qu'un mois plus tôt, car l'eau arrive de nouveau jusqu'aux robinets. Nous faisons notamment la connaissance de deux gars de Delhi qui ont l'air d'aimer la photo, les films et nous paraissent bien riches au vu de leur matos et de leur jeep avec chauffeur. On se dit que ce sont peut-être des stars du monde du ciné ou de la photo ... et qu'ils jouissent auprès de nous de la tranquilité de l'anonymat !!! L'un des deux, Umed, nous a offert de disposer de sa salle de bain pour prendre une douche : nous n'avons pas pu refuser !!! Il nous a aussi proposé de venir squatter dans son jardin lorsque nous serions à Delhi, plus précisément sur son terrain de basket ... C'est près de Connaught Place, très central, une vieille maison britannique a-t-il dit ...

       Delhi, nous n'allons justement pas tarder à mettre le cap dessus. Départ vendredi 13 août et étape à Chandigarh en chemin. Nous allons enfin découvrir la capitale ... par 40°C et en temps de mousson. On redoute un peu c'est rien de le dire.

 

      Travail de mulot

 

      Vendredi 13 de bonne heure : départ. La voiture est fin prête. Clément a profité de ces derniers jours pour faire un petit check-up général, notamment de l'étanchéité ... Et devinez quoi ? En soulevant le capot il a découvert qu'un petit mulot avait installé là ses appartements : lové entre la tuyauterie son petit nid douillet, dans un autre coin son garde-manger, quelques noyaux d'abricots rongés, et un peu partout des crottes ! Le petit animal détale, et l'on se met à inspecter les fils électriques à la recherche des dégats collatéraux. Par chance, aucun fil sectionné, par contre le caoutchouc supérieur de l'amortisseur gauche a disparu sous les dents du rongeur. Clément vérifie : il semble que celui du dessous est toujours là ; pas grave donc, ça claquera un peu, mais on peut rouler comme ça jusqu'à Delhi.

 

      C'est ainsi donc que nous reprenons la route avec notre chère Grenouille, par une matinée sèche et ensoleillée. Mais les secousses dues à la route cabossée (dont l'état n'a fait qu'empirer avec les pluies de mousson) font claquer l'amortisseur bien au-delà du raisonnable. A Kullu, une trentaine de kilomètres plus loin, nous nous arrêtons chez un mécano pour tenter de faire remplacer le caoutchouc manquant. Les mécaniciens découvrent que le principal caoutchouc du bas est lui aussi parti en poussière. Les gars ont bien galéré à dévisser l'amortisseur tant le pas de vis était endommagé. On aurait poursuivi notre route un peu plus loin sans les caoutchoucs “amortissants” c'est l'amortisseur lui-même qui aurait été défoncé, à force de cogner directement contre le métal. Ouf ! L'affaire est vite réglée ; on s'en tire pour 70 roupies tout compris, pour plus d'une heure de main d'oeuvre, et on repart avec une voiture comme neuve ...

 


 

Inde Manali-Chandigarh (2)

      


        Paysages enchainés


   

 

 

 

 

 

        Et l'on continue de descendre, descendre ... Plus ça va plus il fait chaud, mais chaud ... On a du mal à imaginer pire ... Les paysages, uniformément verts, défilent. Ici c'est la foire aux pommes, tous les producteurs de la région réunis pour revendre les fruits de leurs vergers, des montagnes de pommes, de caisses de pommes, des camions de pommes, des lits de pommes pourries sur les bas-côtés.

 

Inde Manali-Chandigarh (5)

 

 

          Plus loin ce sont les cascades, ricochant entre une végétation tropicale, cactus et palmiers dans lesquels sont perchés des familles entières de singes. De monts en vallées, de villes à la circulation démente en longues files de camions à dépasser, de routes poussièreuses et brûlantes en saucées aussi brèves que soudaines, nous parvenons aux plaines du Punjab ... Nous y retrouvons le plaisir de rouler sur une vaste autoroute ... traversant maints villages ! Nous partageons la chaussée avec scooters, tracteurs, charettes, et bien sûr vaches et piétons ! En sens inverse s'en viennent tout un tas de pélerins pédalant en direction des montagnes sur de vieilles bécanes sans vitesses, datant de la dernière guerre. Il faut les voir par cette chaleur humide, avancer apparemment sans peine, pourvu d'un seul petit balot pour tout bagage. Où vont-ils ? Toujours est-il que les bords de route sont jalonnés d'aires d'accueil pour ravitailler ces courageux cyclistes ...


 

 

Inde Manali-Chandigarh (4)

 

      Là, non loin d'un de ces campements, épuisés par la longue journée de route, nous nous arrêtons au bord d'un large canal au bleu-gris électrique recouvert de nuées d'une brume fantômatique ... Le soleil se couche, les derniers villageois rentrent chez eux. Soirée dans le calme d'un brouillard étouffant les bruits, couvrant les voix, et voilant le reflet de la lune ...

 

Inde Manali-Chandigarh (7)

 

      Chandigarh l'expérimentale

       (journée architecture)

 

       Le lendemain, sur la route de Delhi, nous visitons Chandigarh.

      Chandigarh, créée de toute pièce au début des années 50, après la partition de l'Inde d'avec le Pakistan. Cette partition, datant de l'indépendance indienne en 1947, avait laissé la province du Punjab (littéralement coupée en 2) orpheline de sa capitale, Lahore. Chandigarh est née de la volonté de Nerhu d'offrir à cet état (et à l'état voisin, l'Haryana) une nouvelle capitale. Elle devait être “une ville nouvelle, symbole de la liberté de l'Inde, désentravée des traditions du passé (...) une expression de la confiance de la nation dans le futur.” L'Inde manquant d'architectes de taille pour bâtir un tel projet s'est alors tournée vers les spécialistes étrangers ; ce sont d'abord deux états-uniens qui se sont penchés sur le sujet ... avant que le projet n'échoue entre les mains d'un Français. Un Français ? Architecte ? Le Français de base n'en connait qu'un et, coup de pot c'est celui-là ! Eh oui, c'est Le Corbusier qui s'y est collé, s'évertuant à élever son concept de cité-jardin au rang de capitale ! Il s'agissait non seulement de créer un centre politique et administratif mais aussi d'accueillir les milliers de réfugiés en exode avec leurs baluchons et leurs charettes sur les routes du Punjab.

       60 ans plus tard ... Le moins que l'on puisse dire c'est que Chandigarh, c'est carré ! Regardez plutôt le plan de la ville :


Inde Chandigarh (2)Plan de Chandigarh

(le Nord est en bas, les plans de la ville étant toujours dirigés selon l'orientation du corps du lecteur)

 

      Celle-ci est savamment et rectilignement divisée en tout un tas de secteurs, chaque secteur ressemblant à ça : (et encore, là vous avez à faire à l'un des secteurs les moins organisés vu que c'est le centre administratif et commercial et non pas un secteur proprement résidentiel)

 

Inde Chandigarh

 

      En pénétrant cette ville nous avons le sentiment d'avoir quitté l'Inde et de nous trouver à des années lumières de là, dans l'une des vieilles cités soviétiques de Cracovie ou un quartier résidentiel de la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines, si ce n'était la végétation autrement plus luxuriante que sous nos latitudes ... Il y a des ronds-points, des feux tricolores, des pistes cyclables, des parkings aménagés ...


       Nous visitons, pour nous culturer un peu et pouvoir ensuite vous raconter toutes ces belles choses culturantes, le musée de la ville (on n'en a jamais autant lu sur l'architecture !!!), avant de partir en à la recherche d'un resto dans le secteur 17 (plan plus haut). Déprimant. Les bâtiments et le sol ont été si mal entretenus que l'on marche dans la boue, slalomons entre les flaques et nous risquons à peine sous les galeries de peur de nous prendre un bout de béton “désarmé” sur la gueule. Tout est grand et vaste et nous semble bien vide, le comble pour une ville indienne !!! C'est vraiment détérioré et moche même si l'on saisit bien les bonnes intentions de l'architecte derrière les vestiges ...

 

Inde Chandigarh Fantasy-Rock-Garden (26)

 

      Mais Chandigarh héberge aussi, parmi ses multiples espaces et jardins, les créations de l'artiste Nek Chand, ex-inspecteur de la voirie passé maître dans le recyclage des rebuts des chantiers de la ville en construction ... Son oeuvre a pris l'ampleur d'un parc, véritable labyrinthe créatif entre des murs de bidons, d'autres de sacs de bétons, des cascades, des sculptures en tout genre, bonshommes et bonnes femmes chevaux et tous les animaux de l'arche de Noé, faits de pierres, de bouts de verre, de bracelets cassés, de cuvettes de chiottes, de poignées de porte en porcelaine ... l'imagination, ici, n'a pas de limites ...

 

Inde KulluValley Chandigarh Delhi Agra

Inde Chandigarh Fantasy-Rock-Garden (23)

 

 

 

 

 

 

 

Inde Chandigarh Fantasy-Rock-Garden (27)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Inde Chandigarh Fantasy-Rock-Garden (18)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Images d'une belle après-midi dans ce parc aux milles fantaisies ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Entrer dans Delhi ...

 

      250 km nous séparent encore de Delhi. Autoroute (à l'indienne quand même) tout du long. On pinaille à chaque péage et ne déboursons pas un seul sou. Crépuscule. Dîner dans un bouiboui très fréquenté des routiers à la cuisine savoureuse bien qu'épicée sans timidité. Le but est d'arriver de nuit dans la capitale tentaculaire ...

      Et puis c'est Delhi ... Delhi bien avant Delhi ... Il fait nuit, nous sommes peut-être encore à 30, 40 km du “centre” (si tant est qu'il y en ait un). Le traffic ne fait que s'amplifier. Et puis tout d'un coup bouchon ; bouchon compact. Il faut s'imaginer un peu. La portion de chaussée consacrée à notre sens de circulation est large, l'équivalent de 3 ou 4 voies + bande d'arrêt d'urgence chez nous. Mais ici il n'y a pas de voies. Les véhicules sont là où ils peuvent. C'est déjà le chaos. Et puis voilà que tout le monde tourne le regard vers le vide sidéral qui caractérise l'autre côté du terre-plein central : il n'y pas une once de traffic en sens inverse de l'autre côté. Ca ne fait ni une ni deux : un premier camion franchit la bande de terre et s'engage donc à contre-sens sur les voies vide. Tout le monde le suit, camions, touktouks, voitures ... même nous ! Et en moins de deux minutes c'est la catastrophe, de l'autre côté aussi : des véhicules sont arrivés et ont fait face à notre échappée sauvage. Tout le monde stoppe. Là c'est vraiment le chaos. Miraculeusement il n'y pas un seul accident à signaler, mais on se retrouve tous dans une impasse totale ! La police finit par arriver et invite tous les véhicules à contre-sens à faire demi-tour. Imaginez une trois voies, embouteillée au diable, où TOUT le monde doit faire demi-tour ! La scène est absolument anarchique mais du plus haut comique, à mourrir de rire. Chacun fait ce qu'il peut, les gens descendent, guident les voisins, pour que ça aille plus vite et en 45 minutes à peine, le tour est joué, nous sommes de nouveau sur la bonne voie et dans le bon sensà attendre que la circulation reprenne. Et elle reprend ... Nous permettant de passer à notre tour sur une trentaine de mètres de chemin gadouilleux et inondé, la cause originelle de tout ce bordel !

 

Inde Chandigarh-Delhi (2)

Chaos de l'embouteillage à contre-sens sur l'autoroute

 

       On en avait presqu'oublié qu'on arrivait sur Delhi. On tourne un peu en rond au niveau de l'entrée de la ville, mais après qu'un chauffeur de touktouk nous ait mis dans la bonne direction nous filons tout droit vers notre destination (demandant confirmation de notre itinéraire à chaque coin de rue tout de même) et parvenons relativement à la maison d'Umed (notre rencontre de Manali), effectivement à deux pas de Connaught Place, le coeur commercial du Delhi colonial et bourgeois. La propriété est déserte et , innocemment, croyant avoir affaire à nos hôtes, nous saluons cordialement un petit groupe de domestiques prenant le frais, qui deviendrons de fait nos sympatiques voisins pour une quinzaine de jours ... Aussitôt la voiture garée à l'ombre des vieux arbres de l'arrière cour nous ne demandons pas notre reste et tombons écrasés de sommeil sur le matelas (humide) de la tente de toit.

Publié dans Inde-2

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Isbelle Paturel 03/09/2010 22:28



Tout pareil qu'Eloi, mais promis je vais rattaper mon retard dans la lecture et ne plus me contenter d'admirer les photos comme je le fais depuis "la moto"....Mais on ne fais pas
toujours autant qu'on le souhaite....Je me réjouis d'avoir Nico et kikià déjeuner demain avant leur départ pour le Chili:quelle famille de globe-trotteur! A +. Bisous à vous deux.



Eloi 02/09/2010 21:05



Bon alors j'écris un commentaire sinon je me fais engueuler en direct !!! J'ai pas attendu 2h pour voir qu'il y avait un article mais ayant repris le travail c'était un peu compliqué de lire.
Vous inquietez pas, je suis toujours vos aventures et je ne m'en lasse pas. Moi aussi je vous fait de gros béco et à très vite mes petit monsieurs et petite dame.