En direct de la frontiere turco-iranienne

Publié le par Sur la route de soi

Agri
    Levés sous la neige, il y a 15 bons centimètres dans la rue et la voiture est blanche. Nous avons l’impression d’être à Noël. Je descends donc en précurseur pour déneiger la voiture, faire les niveaux et mettre les chaînes pour partir sur de bonnes bases et tout cela sous le regard curieux d’un résident de l’hôtel qui essaye de discuter avec moi de tout et de rien. C’est dur la tête dans la  neige et l’essence !
   En attendant Léo dans le hall, les résidents m’offrent un thé et commencent à m’expliquer que les trois quarts de l’hôtel sont des réfugiés  iraniens. Léo m’a rejoint et la discussion continue entre elle et un jeune Iranien qui attend le statut de réfugié pour pouvoir s‘exiler aux Etats-Unis. Il est artiste, musicien, et a refusé de faire son service militaire. Les dossiers ne sont traités que lentement car on les suspecte d’être des espions pour le compte de leur pays. Et nous qui allons justement dans le pays que eux fuient pour retrouver leur liberté. C’est pas facile de leur expliquer nos motivations à aller explorer leur pays mais comme ils n’ont pas d’œillères, ils comprennent et nous encouragent à aller voir. Ce qu’ils n’aiment pas ce n’est pas leurs pays mais leurs dirigeants. La discussion était très intéressante mais nous devons prendre la route et les quittons à regret.
   La route est pleine de neige et nous ne savons pas combien de temps nous allons mettre pour faire les 150 kilomètres qui nous séparent de la frontière. Les premiers kilomètres ne s’annoncent pas trop mal car les chaînes font pleinement leurs travail. On commence à monter en altitude et là, c’est à n’y rien comprendre, il y a de moins en moins de neige ! Au bout d’un moment il n’y en a même plus du tout.
   Allez ! Nous retirons les chaînes et filons vers la frontière. Si nous avions su nous serions restés plus longtemps à discuter avec nos amis de l’hôtel. Bref, le paysage est magnifique, nous roulons sur un immense plateau avec de chaque côté des montagnes pelées toutes différentes les unes des autres. Il est temps de faire une pause et enfin de sortir les bottes de la voiture d‘autant plus qu‘il y a un petit rayon de soleil. Nous nous arrêtons au milieu de ce plateau et c’est parti pour un échange de roues, à nous les gros crampons pour affronter le froid iranien. A peine l’échange de roues commencé qu’il se met à neiger. On repart sur cette grande ligne droite qui nous mène à ce pays si mystérieux.


Frontiere

   Tout à coup, nous apercevons au loin une file de camions à l’arrêt. Il est temps pour Léo de revêtir son foulard car nous approchons de la frontière.
   Nous prenons la file de gauche pour dépasser les camions et faire notre entrée en Iran.  On s’arrête, les poids lourds occupent les deux files. Une voiture s’engage sur l’autre voie à contre sens. Nous la suivons mais pour cela il faut passer dans des trous, des bosses. Pas de problème, nous avons nos super pneus !!! Et bien non, râté, nos « supers » pneus sont trop gros pour le passage de roue et touchent le pot d’échappement à la moindre bosse en faisant un raffut d’enfer ! Et merde, deux pneus neufs achetés pour rien ! Bref, une fois les trous et les bosses passés nous attaquons la route à contre sens pendant quelques centaines de mètres pour arriver au poste frontière. Il fait super froid et gris.
   Une fois les passeports présentés pour sortir de Turquie les grilles s’ouvrent et notre super 4L de compète entre dans le no-man’s land.
   On descend pour se présenter au poste de police qu’un jeune militaire qui mangeait des graines de tournesol et crachait partout nous a indiqué.

    Au premier guichet, il y a un médecin qui nous pose des questions et qui prend notre température au moyen d’un thermomètre infrarouge dirigé vers notre front pour savoir, on suppose, si nous étions susceptibles d’avoir la grippe. Ouf on n’a pas de fièvre mais ça pourrait venir … Il note tout de même les résultats de son analyse dans un grand registre.

   Guichet suivant, il y a une queue énorme de ce que nous supposons être des Turcs et des Iraniens qui attendent qu’on leur rende leurs passeports tamponnés pour pouvoir passer. Nous -au bout d’un certain temps tout de même- on nous dit de passer devant tout le monde puis on nous fait attendre mais sur le côté. Il fait une chaleur d’enfer dans ce hall et Léo étouffe et dégouline sous son manteau et son foulard qu’elle ne peut enlever (surtout pas là ! On ne veut pas faire mauvaise impression !) Un policier nous prend en charge pour aller prendre nos empreintes digitales. On rentre dans un petit bureau où se trouve ce que nous supposons être le chef. Forcément, il ne parle lui non plus pas un mot d’aucune langue qu’on pourrait connaître mais on arrive à comprendre l’ordre à suivre pour mettre nos petits doigts et nos petites mimines sur le papier. C’est vraiment pour dire car avec leur encre d’école maternelle il nous ont fait faire de tels pâtés tout bleus sur leur feuille que nos « empreintes » ne risquent pas d’être un jour exploitables ! Mais bon ça avait l’air de lui convenir donc étape suivante, le remplissage du carnet de passage en douane et la fouille de la voiture … Le bureau dans lequel un fonctionnaire examine notre carnet est particulièrement miteux et les archives nous semblent peu utilisables mais bon … il nous tamponne notre papier.

   Le petit vieux chargé de la fouille nous fait avancer le véhicule, le regarde, réfléchit, nous demande confirmation quand aux motivations touristiques de notre voyage puis nous informe que c’est bon on peut circuler. Apres une dernière réflexion furtive il nous fait quand même ouvrir la porte arrière par acquis de conscience.
Je présente le coupon de sortie à la barrière et c’ est parti pour l’aventure. Devant nous une grande descente (on passe du haut plateau anatolien à … un autre plateau, un peu plus bas) qui mène vers la ville qui se trouve à quelques kilomètres.
   Une fois en bas de cette route, notre joie retombe car ce n’est pas fini ; la ville est devant nous mais entre elle et nous se dresse une nouvelle barrière.
On s’arrête, sur la gauche une guérite et devant nous une autre.
   Je descends, Léonore reste dans la voiture pour la garder mais aussi parce qu’on a lu quelques part ce n’est pas d’usage par ici que les hommes traitent avec les femmes et comme, où que l’on regarde, dans cette jungle de camions et de mini-bus croulants, il n’y a que des hommes … Une personne sort de la guérite qui se trouvait sur ma gauche et me demande mon passeport et mon coupon de sortie. D’après lui, il faut un dernier tampon pour pouvoir passer la dernière barrière. Il ne parle que perse (farsi) mais je comprend que ce tampon peut s’obtenir dans le bâtiment plus loin (à 500 mètres en arrière). Sur le chemin il me demande 10 dollars pour me faire le tampon à l‘oeil. Je comprends que ce n’est pas un officiel et reprend mon passeport et mon bon de sortie illico presto  avec fermeté. Il me suit quand même jusqu’au bâtiment.

   A l’intérieur, une grand pièce avec un grand rien … Sur la droite un muret, une vitre dans laquelle il y a un trou fait maison et où tous les chauffeurs parlent en même temps. J’attends mon tour gentiment mais, une fois au guichet, vu que les règles de politesses auxquelles je suis habitué ne sont pas de rigueur et que tout le monde me passe devant et parle derrière mon épaule et bien ce n’est pas facile de me faire comprendre.
Le guichetier parle deux mots d’anglais, prend mon coupon et me le rend avec un autre sur lequel il est inscrit que je dois payer 525 euros. Ca commence vraiment à me prendre le chou !
Je ne veux plus rien savoir et décide de retourner à la voiture où Léo doit s’impatienter (cela fait plus d‘une heure que je l‘ai laissée …). Après lui avoir expliqué brièvement, nous décidons d’essayer de sortir sans le mystérieux tampon. Réponse : pas de tampon pas de sortie.

    Nous retournons en voiture cette fois au bâtiment du tampon. En sortant de la voiture, deux personnes bien habillées passent devant moi. Ne ressemblant pas à des chauffeurs de camions, je leur demande si ils parlent anglais? La réponse : Oui bien sûr mais je parle encore mieux français, j’ai grandi en France jusqu’à l’âge de 14 ans. Sauvés ! Notre sauveur s’appelle Amet et vient en Iran avec son patron pour vendre des vérins hydrauliques. Voilà le pourquoi de sa présence à la frontière.
   On retourne au guichet où Amet négocie le prix et le fait baisser à 390 euros. Ce que nous devons payer c’est en fait une taxe sur les carburants vu qu’une fois dans le pays ça ne coûtera plus grand-chose à la pompe. S’il le faut … Une fois rendu à la banque dans le bâtiment d’à côté, nous demandons à faire le change de nos dollars et à payer la taxe. Nous tombons mal, c’est justement le moment de la relève et on attend encore une demi-heure.
   Une fois cette facture dérisoire payée on me remet une carte sur laquelle il y a les 390 euros. On m’explique qu’une fois sorti du no-man’s land, je devrais aller faire le premier plein d’essence à une pompe sur la route principale située à une bonne quarantaine de km de là pour faire activer ma carte puis après aller me faire enregistrer au poste de police un peu plus loin si je ne veux pas avoir d’ennui avec eux et circuler comme je veux dans le pays.
Quitte à payer et bien payons encore ! On se retrouve obligés de prendre une assurance du pays pour pouvoir obtenir le fameux tampon sinon on ne sort pas, donc voilà, c’est chose faite. Il ne nous reste plus qu’à remercier chaleureusement Amet et la patience de son patron sans qui nous aurions peut-être mis dix jours à venir à bout de ces démarches …
   Enfin la liberté après une bonne grosse après-midi à la douane.
Nous pensons aux camionneurs qui doivent encore attendre quelque part au milieu d’une longue file côté turc …


   Nous filons jusqu’à Maku la ville d’après pour trouver un hôtel. Il fait nuit, on ne trouve pas le centre mais heureusement un iranien nous accompagne jusque devant un hôtel, le Tourist Inn … vraiment miteux pour le prix  mais vu notre fatigue on n’est pas très regardant. Nous décidons même de descendre dîner dans la salle à manger de l’hôtel et comme personne ne parle anglais et que nous ne comprenons pas le farsi et bien nous avons le droit à la visite des cuisines pour faire notre choix. Et bien quand tu vois la cuisine ça te coupe plus l’appétit que cela ne te l’ouvre !!! Ce n’est pas vraiment sale mais c’est carrément vétuste et complètement vide. En fait de choix … il n’y en a pas ! Dîner vraiment pas mémorable.
Une fois dans la chambre, on commence par déménager les lits pour en faire un lit double. Hé oui, que des lits simples ! On est déjà bien heureux qu’ils nous aient laissé  partager la même chambre sans avoir demander un certificat de mariage ( le type à la réception était assez froid)

Gros dodo.
 
   Lendemain, à peine levé direction la voiture pour changer les pneus.Après un petit déj’ dans la chambre, on reprend la route.
   Nous prenons la grande route qui va à Téhéran et arrivons au poste de police sans même avoir vu la station service que les autorités nous ont indiquée la veille. C’est pas grave, nous nous faisons enregistrer et faisons demi-tour pour la station service, reconnaissable paraît à la longue file de camions qui y attendent leur tour.
   Une fois devant, impossible de prendre de l’essence car notre carte est exclusivement pour le diesel !!! Pour l’essence (le « benzin ») point besoin de carte … Petit pétage de plomb et demi-tour direction la frontière pour échanger notre carte diesel contre une carte essence.
   On laisse la voiture en dehors du no-man’s land pour être sûr de ne pas se retrouver bloqués et nous nous rendons au bâtiment à pied.
   Au bout d’une heure dans le bureau du chef avec une femme au bout du téléphone  pour nous servir d’interprète notre histoire se débloque. En réalité, nous n’avons pas besoin de cette carte car nous roulons à l’ essence. Toutes nos démarches de la veille n’auront était qu’une perte de temps sans fondement. Le chef réussit, contre tout espoir, à nous rembourser en refilant notre carte à un quidam qui devait en avoir utilité. Nous lui en sommes fort gré ainsi que de sa courtoisie … Léo a bien apprécié le petit thé bouillant alors qu’elle était déjà en train de fondre sous son manteau. Ici ils surchauffent tous les intérieurs !

   Nos 390 euros en poche nous reprenons la route avec l’idée qu’il y a quand même des gens  compétents.
Direction Tabriz, on avale les kilomètres. Une steppe aride s’étend de part et d’autre de notre route. De loin en loin nous apercevons des troupeaux de moutons surveillés par leurs bergers. Nous arrivons à la nuit tombée dans l’agglomération après le traditionnel barrage de police à chaque entrée de ville. C’est samedi, la circulation est folle. On se croirait au beau milieu d’un plateau d’auto-tamponneuses avec une armée de conducteurs fous qui ne cherchent qu’à vous rentrer dedans, toute la subtilité du jeu étant de les éviter. Il n’y a aucune règle, c’est le plus fort ou le plus croyant qui passe. On doit être un peu forts car on est passé sans accident. Juste très beaucoup peur pour Léo…
   On dormira au parc d’EL GOLI.

Publié dans Iran

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