Ellora, la falaise aux 35 temples ...

Publié le par Sur la route de soi

A la fraîche

   Inde Maharastra Ellora (2)
   Une entrée de chemin entre les arbres, au milieu d'un paysage de champs de cotton. Des acacias sans feuille, dans le fossé les os épars d'un squelette de vache. C'est là que nous avons passé une soirée et une nuit très tranquilles. Quelques métayers sont passés, nous ont salués, un propriétaire du coin est venu s'enquérir de nos intentions, et puis plus rien.

  

    Levé avec le soleil. L'air est très frisquet, 15° au thermomètre. Le ciel est rose. Ce matin nous visitons les grottes d'Ellora à la fraîche.

Inde Maharastra Ellora (10)
   Le long d'une falaise, une grosse trentaine de temples et de monastères creusés dans les profondeurs de la roche. Ces grottes religieuses sont nées d'un travail de titan réalisé il y a plus d'un millénaire. Les lieux de culte boudhiques (les plus anciens) cohabitent avec les temples hindous et les temples jaïns, plus récents. Impressionnantes masses de pierre excavée, et tout aussi impressionnantes masses de pierre sculptées en colonnes, en voûtes de cathédrale, en salle d'étude et en cellules de méditation, en bouddhas prêchant ou en divinités hindoues batifolant ... Il est tôt et nous sommes presque seuls. Dans les recoins les plus sombres des chauves-souris la tête en bas ou qui volettent dans le faisceau de notre lampe de poche. Nous marchons pieds-nus dans leurs odorantes fientes :) ... Clément s'adonne à quelques délectables exercices vocaux dans une salle de prière à l'accoustique céleste. Tous ces temples ... il faut bien le dire au bout d'un moment on finit par se lasser et sautons quelques uns de ces chefs d'oeuvre ...
Inde Maharastra Ellora (32)On s'est gardé le meilleur pour la fin, et heureusement, car à lui seul il fait de l'ombre à beaucoup de créations humaines : taillé dans la masse de la roche sur 35 mètres de profondeur verticale et 60 mètres de profondeur horizontale, son architecture et ses décorations n'en sont pas moins raffinées : épatant ! En haut des falaises où nous sommes montés contempler le site  nous rencontrons une grande famille de singes ... aux mimiques si ... humaines ! En bas les véhicules crachent des dizaines et des dizaines de visiteurs. On prend nos jambes à notre cou. Il est midi, le soleil est de plomb.
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Après-midi à l'ombre


     Après un déjeuner dégueulasse (du décongelé sans forme ni goût encore froid) on file à travers la campagne jusqu'à trouver un coin d'ombre où attendre que le règne du soleil passe. Lecture à l'ombre d'un arbre près d'un lac. Bleu-terre-vert sombre, les couleurs de la campagne. L'eau semble retenue là artificiellement par un barrage. Sur l'autre rive des troupeaux de buffle, noirs et ronds, affluent.
Nous lisons Les Déferlantes de Claudie Gallay et Les Raisins de la Colère de Steinbeck. Nous venons d'échanger nos bouquins, nous les lisons à tour de rôle. Est-ce la disponibilité (dans le temps et dans la tête) due au voyage ou bien cela vient-il de notre bibliothèque, mais nous dévorons nos bouquins avec bien plus d'avidité que d'ordinaire et, comment dire, ils résonnent bien plus en nous.
   Les Déferlantes nous ont ramené à la "maison", leur va et vient incessant nous ont fait échouer, le temps de la lecture, sur les côtes du Cotentin, monde confiné ouvert aux vents de tempête, petites histoires de village universelles. Et puis là-bas c'est un peu chez nous, les sentiers, la plage, les plantes et les paysages : familiers et connus, reposants dans notre quotidien toujours en mouvement. 

Du plateau à la plaine

    Six branleurs arrivent tous fiers d'eux en faisant pétarader leurs motos avec leurs fausses lunettes de kékés, habillés comme pour aller en boîte ; on décampe sans demander notre reste. Nous prenons la route pour Khajuraho, dans le Madya Pradesh, à plus de 1000 km de là, mais ça nous ne l'avons pas encore calculé. De toutes façons il nous faut remettre le cap sur le Nord, Bénarès et le Gange par Khajuraho, sur le chemin du Népal.
    Un peu loin nous arrivons au bord du plateau. Au bord du plateau, littéralement. Imaginez-vous bonhomme légo sur le rebord d'une table : c'est net et tranchant : le vide, et en bas, de nouveau, aussi plate que le plateau en haut, la plaine qui s'étend ... à perte de vue, aride, déserte. Nous entamons la descente sur une étroite route. A notre droite le précipice, notre voie est celle de gauche, ouf ! Mais très rapidement nous sommes stoppés derrière une file de camions à l'arrêt, une file dont on ne voit pas le bout. On demande le pourquoi du comment à un camionneur qui nous répond, minimum 2 heures d'attente. Et nous voilà repartis dans la descente mais cette fois-ci sur la file de droite. Apparemment en face ils sont aussi bloqués, on croise les doigts de ne voir personne arriver à notre encontre. Cette pratique doit être courante car les camions ne se sont pas arrêtés cul à cul et ont laissé au contraire de larges distances de sécurité (comme on dirait par chez nous) comme autant de niches où se réfugier. On continue de descendre, la file est interminable, les kilomètres défilent. Quelques motos et voitures montent, on arrive tant bien que mal à se ranger. Font-elles demi-tout ou y-a-t'il un passage ? On ne parvient pas à savoir. Et voilà que l'on arrive enfin à l'endroit où la file descendante et la file ascendante, toutes deux à l'arrêt se font face. Personne pour faire la circulation. Aucun accident ou panne apparente. Voilà qui nous laisse perplexes. On poursuit la descente sur notre voie, soulagés. Nous croisons de lourds bahuts qui grimpent au pas (2 ou 3 km/h tout au plus) cette montagne : quand on les croise des relens d'air bouillant nous arrivent dans la figure et viennent ajouter leur brûlure à l'air ambiant qui nous étouffe déjà. Mais on ne peut pas faire autrement que de garder les fenêtres ouvertes, car l'air qui bouge c'est toujours mieux que l'air qui stagne et s'échauffe. Capot ouvert, fumée noirâtre et chauffeur tout tranquille à son volant. A leur place on serait morts de trouille que notre bestiau de feraille ne nous lâche entre les pattes.

Les contrebandiers

    La plaine, déserte, puis des villages ; nous virons vers l'Est. Champs de cotton, bananeraies, arbres flamboyants de orange, puis petit sous-bois gris et sec. Nous échouons aux dernières lueurs du jour dans un coin isolé, au milieu de champs de cotton. Pas une lumière ni âme qui vive en vue. Ca s'annonce. Grande toilette en plein air, des lucioles volent tout autour de nous. La température parfaite : 25°C.
    Inde Maharastra route du Madya Pradesh (2)A peine montés dans la tente de toit, plafonnier éteint, nous entendons venir une moto. Inquiets pour notre tranquilité (nos expériences nous ont un peu échaudés), nous guettons les "intrus" à travers les mailles de la moustiquaire. Un homme descend, se fraye un chemin à travers des brousailles, fait entendre un bruit métallique, rebrousse chemin, rejoint l'homme à la moto, repart. Nous croyons qu'il nous a cherché, sans nous trouver. Mais voilà la scène qui recommence. Et encore, et encore. Cela dure peut-être 3/4 d'heure. Pourquoi tous ces aller-retour ? Est-ce une cache ? Nous pensons à de la contrebande, un traffic ? mais de quoi ? Nous sommes au beau milieu de l'Inde ... Un bruit de moteur, comme une pompe se fait entendre. Ils partent. Le silence de la nuit reprend ses droits. Au matin on pourra vérifier notre présentiment : ces hommes cherchaient à mettre en route une pompe à eau. Au point du jour des tracteurs arrivent et leurs bennes déversent aux alentours des tas d'hommes la pioche à la main, prêts à creuser ... des puits. L'eau manque. La mousson attendue avec impatience. Sera-t-elle généreuse cette année ?

Publié dans Inde-1

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