Aventures dans Delhi 3.

Publié le par Sur la route de soi

              Et la grenouille ???

 

        A notre arrivée à Delhi, j'expose le problème de Grenouille qui a les pattes arrière trop basses et ses problèmes de chaussons à notre hôte. Pour des chaussons tout neufs, il y a Khan market à 10 minutes en voiture de la maison. En ce qui concerne le réhaussage de l'arrière, le chauffeur téléphone au garagiste de la famille qui vient voir la voiture une demi-heure après le coup de fil ! Je suis bien content de le voir arriver car je ne m'y attendais pas !

        Il regarde, réfléchit et finit par m'informer avec un grand sourire que c'est possible et que ça ne me coûtera que 3000 Rps. Je l'informe tout de même que j'ai moi même essayé il y a 10 mois pendant quelques jours et que je n'ai pas réussi et qu'il faut avoir une PRESSE pour réussir à extraire les barres de torsion et ainsi surélever la voiture. Pas de problème, il me dit avoir une presse et pouvoir faire le travail en une journée. Quand ? Dans une semaine ! Allez, la famille nous vante les mains en or de son mécano donc j'accepte même si, je ne sais pas pourquoi, je suis un peu rétissant.

 

       Opération rétros

 

        Le lendemain, on part à la recherche de nouveaux chaussons (pneus neufs) pour Grenouille, elle le mérite bien et étant donné qu'en ce moment, avec la mousson, il vaut mieux avoir une bonne tenue de route. Direction Khan market donc, ce centre commercial où tout le monde vient faire ses achats dans des magasins de marques tels Levis, Celio etc ... On finit enfin par trouver le coin des voitures. C'est situé dans un genre de lotissement à l'indienne avec de petits immeubles, le tout bien dégueulasse et avec des garages au rez-de-chaussée. Ici pas de pneus pour nous ! On change d'endroit mais c'est encore un échec ! On finit par nous expliquer que la taille de mes pneus est introuvable en Inde car aucune voiture indienne ne chausse comme Grenouille ! Décidément, il n'y a pas que moi qui ait du mal à me trouver des pompes !!! hihihi ...

        Nous voilà partis à l'autre bout de la ville (Kashmiri gate) où nous trouverons soit disant notre bonheur. Faux, on se casse le nez une fois de plus. Il est tard, j'en ai marre mais Léo ne veut pas rentrer bredouille de cette journée et insiste pour que nous trouvions au moins des rétros neuf car, je ne sais pas si vous vous souvenez, il nous en manque un. On va dans plusieurs shops mais personne ne comprend exactement ce que nous voulons (un modèle adaptable) et les réponses sont : “It's not available in India !”. Nous finissons par retourner à la voiture pour en démonter un et le montrer aux marchands de rétros. Ici, les marchands de rétros ne vendent que des rétros ; ils ont de petits magasins, pas plus grands qu'un cagibi de chez nous. Ce que nous mettrions dans un hangard, ils arrivent à le mettre dans un deux mètres carré ! Bref, grâce à la persévérance de Léo, on finit par dégoter pour 200 Rps deux rétros qui peuvent s'adapter à condition de faire un trou en plus de chaque côté. Conditions acceptées ! On les prend et rentrons à la maison après une journée de recherche bien fatigante. N'ayant pas de perceuse, je finis par réussir à faire les trous dans la tôle avec le poinçon de mon couteau suisse. Merci “Victor” mais il faudra revoir l'ergonomie car, après ce travail de 1h30, j'ai une putain d'ampoule dans la paume de la main droite.

        Et de un !

 

       Opération pneus

 

        Deux jours plus tard, on trouve enfin (du côté de Karol Bargh) un shop (Hankook) qui n'a pas exactement la bonne taille de pneus (155/70/R13 au lieu de 145/80/R13) mais bon, on n'a pas le choix donc on prend. Un peu moins hauts (épaisseur de 7 cm au lieu de 8) mais un peu plus larges (15,5 cm au lieu de 14,5) j'espère qu'ils feront l'affaire. 9500 Rps quand même !!! Merci Hankook.

Et de deux !

 

       Opération réhaussement

 

        Nous sommes lundi 10h00 du matin, une semaine s'est écoulée et j'attends le chauffeur pour me rendre chez le garagiste. Evidemment, il ne parle pas anglais et je ne comprends pas pourquoi nous n'y allons pas ! Finalement, vers 11h30, je vois le garagiste qui arrive et s'excuse du retard car il était soit disant dans les bouchons. Ca commence bien !!

        On arrive enfin au garage qui se trouve à l'endroit où nous avions cherché les pneus à Khan market.

Je gare la voiture sur le bas côté en attendant qu'il m'indique le garage dans lequel il va procéder à l'opération de Grenouille. Et bien non, il n'y a pas de garage, il revient avec des chandelles pour sur-élever Titine et commencer à démonter.

       Je me prend une chaise et regarde les gars travailler. Ils sont trois avec le patron. Pour le démontage, ils ont une vieille boîte de conserve avec quelques douilles, un marteau et quelques clés plates toutes défoncées. Allez, il ne faut pas s'inquiéter, ils entretiennent les voitures de la famille donc c'est qu'ils doivent être bons !

Ca démonte, ça démonte et ils me posent quelques questions quant au démontage de certains éléments mais surtout ils bloquent sur la dépose du réservoir. Je dois donc pour la première fois de la journée me couler sous la voiture pour faire une petite partie du travail moi-même.

 

 

Inde KulluValley Chandigarh Delhi Agra1

 

 

       Après deux bonnes heures, le train arrière est tombé et ils examinent la pièce pour savoir comment s'y prendre. Ils sortent le marteau et commencent à taper comme des forcenés pour faire bouger la pièce qui doit sortir de ses gonds et permettre le réhaussage. Je m'interpose en expliquant pour la énième fois que j'ai dejà essayé et que ça ne marche pas. Ils ne veulent rien savoir. Ici on est en Inde et tout est possible me lance le bosse avec un grand sourire. Je ne dit rien et j'attends de voir. Après une bonne heure de coups de marteaux ils se résignent enfin à la méthode presse ! Allez, deux heures de perdues mais si ça marche c'est pas grave.

Le bosse réfléchit, se tourne vers moi et, avec un sourire mielleux, me fait savoir qu'il n'a pas de presse assez grande et que c'est donc “impossible”. Là je suis fou de rage et je le somme d'en trouver une rapidement s'il ne veut pas voir dans quel état je suis quand la moutarde me monte au nez. Il prend donc le train arrière de la voiture, le fourre dans son coffre et part à la recherche d'une grande presse.


       15 minutes plus tard, il est de retour, bredouille. Quand il voit dans quel état je suis, il dit à ses deux gars de remonter la voiture et il se barre je ne sais où. Il est 17h00 et, dans 1h30, il fera nuit. Les gars commencent à remonter mais ils ont mis les pièces dans tous les sens et ne s'y retrouvent plus ! Je suis de très prêt le remontage car je ne veux pas qu'ils commettent l'irréparable. Ils ne parlent pas un mot d'anglais mais essayent de me poser des questions sur quoi va où ! Là, je suis obligé de me couler sous la voiture avec mon pantalon beige tout neuf de l'avant-veille (c'est pas que ça me derange mais, en général, j'attends au moins une semaine). Je prends même les clés en main car le deuxième mécano a fini sa journée. Il est 17h30, le boss est je ne sais où et il y a un mécano de moins.


        Maintenant, il fait nuit. Je dois sortir ma lampe frontale pour éclairer le chantier. Le mécano me la casse sans faire exprès. Je ne dis rien car c'est pas de sa faute à ce pauvre gars ... On continue de bosser avec la lumiere de son téléphone portable ... Je vous laisse imaginer la visibilité ...

       20h00, le boss revient pour voir ou ça en est. Je ne lui parle même plus sinon je vais lui pourrir la gueule comme personne ne l'a jamais fait.

       Inde delhi tentative-de-rehaussement (5) 20H30, on finit tout juste de tout remonter mais je ne peux pas checker si tout est à sa place car c'est la nuit noire. Je peux juste constater que quand ils ont mis les chandelles sur les longerons arrière, il les ont tordus. Le mieux du mieux c'est que maintenant, j'ai un longeron cassé et que je vais devoir réparer leurs conneries. Dans un bol à côté de Titine, il y a des vis, des rondelles qui sont là, esseulées, et qui n'ont pas retrouvé leurs place d'origine ... Bref, il n'y a plus rien à dire car en fonction de la réponse je pourrais en venir aux mains donc je démarre Grenouille en lui faisant de plates excuses pour cette échec (et oui, de temps en temps, je parle à ma voiture) et je démarre.

     21H00 je suis en transe, dépité mais heureusement, une douche et une bière bien fraîche m'attendent ...

     Et de 3 ?

 

        Opération soudure

 

        Quelques jours plus tard, je perds une matinée à essayer de trouver quelqu'un qui veut bien faire la soudure de mon longeron car, si je ne le fais pas, on risque de laisser tout le coffre sur la route ! Personne ne veut s'aventurer à ça car le longeron est trop près du réservoir d'essence et c'est dangereux. On risque l'explosion ! (ça c'est la classe). Je comprends mais je n'ai pas le choix et avec de la persévérance, je finis par trouver un soudeur qui accepte. Il mouille des bouts de chiffons qu'il place sur le réservoir et les durites et commence le travail. Une fois fini, je suis à peu près content car les soudures ont une à peu près bonne gueule.

 

        Ce sera tout pour les aventures de Titine à Delhi !

 

 

 

            Un peu de tourisme tout de même ...

 

        Entre ces différents impératifs administratifs et mécaniques que nous nous étions fixés d'accomplir à Delhi, sans parler de notre vie mondaine ;) , nous avons tout de même trouvé un peu de temps à consacrer à nos explorations touristiques.

 

        Le quartier de Nizam-ud-Din et le tombeau d'Humayun

        

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       Un samedi (après la matinée “pneus”) nous partons explorer le quartier de Nizam-Ud-Din. Au sud de New Delhi, c'est un vieux village musulman de confession souffie. Nous déjeunons dans un petit resto face à une mosquée très moderne qui déverse, la prière du début d'après-midi finie, de véritables essaims d'hommes en blancs, barbus et calottés, dans d'étroites ruelles déjà encombrées par charettes et marchands.


        Nous nous promenons par ces venelles tortueuses, rencontrant chèvres, vaches, femmes voilées et petites-filles rieuses. Là un homme caresse amoureusement le ventre gonflé de sa chèvre qui attend sûrement, avec un ventre pareil, une bonne demi-douzaine de chevreaux. Ailleurs, à l'orée du quartier, la rue s'est transformé en lac ... et les champs en rivière ! Nous nous impregnons de la vie autour de nous ... Ce quartier est habité par ses vivants, mais aussi par ses morts : ses jardins et ses placettes sont constellés de tombes et autres tombeaux plus où moins entretenus ou à l'abandon. Au coeur de la cité, les couloirs labyrintiques d'une sorte de bazar couvert, galleries presque soutteraines dissimulées sous et entre les habitations, conduisent, par différents parcours, dans le sein des sein, abritant justement, sans lésiner sur le marbre et les dorures, le tombeau du dit grand saint : Nizam-ud-Din. On marche pied nu sur du marbre blanc et l'on se bat pour nous faire acheter des offrandes. En Inde, ce que les différents cultes, hindous, jaïns, musulmans de toute obédience, chrétiens, bouddhistes peuvent se ressembler : il s'agit toujours de déposer guirlandes de fleurs et bolées de riz ou de fruits au pied d'un autel ! Clément, devenu allergique aux marchands du temple, garde mes souliers à l'extérieur tandis que je m'avance sans un sou en poche ! Devant la mosquée du mausolée, distribution gratuite d'assiettes garnies aux nécessiteux assis là, bien rangés pour l'occasion.

 

 

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       Nous traversons la grande artère qui sépare le quartier du vaste parc qui abrite le tombeau d'un autre musulman, l'empereur monghol Humayun (1565). “Tombeau”, le mot est faible ! Quant à l'art des jardins, il n'y a que l'idéal musulman pour en concevoir de si harmonieux ... Les oiseaux ne s'y sont pas trompés, leur cris raisonnent dans l'air du soir et leurs vols transforment le ciel en spectacle : faucons, aigles, martinets, corbeaux, pigeons ... Les paons, quant à eux, dandinent du cul le long des remparts, balayant la pierre rouge de leur longue queue ...


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Vieille mosquée

 

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Modeste tombeau d'Humayun ...

 

 

       Le Fort Rouge

 

        Un autre jour nous partons à l'assaut du Fort Rouge de Delhi, ancien domaine des conquérants monghols.

 

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       Il y a du monde mais le domaine est si vaste que nous arrivons à nous perdre, seuls, dans de longues allées ombragées. Nous y visitons un musée (très très très miteux) sur les acteurs de l'Indépendance indienne, avant d'aller nous promener, comme tout le monde, d'un palais à l'autre. Derrière les murailles de pierre de sable rouge, le marbre blanc inscrusté de pierres précieuses ... Ce qui nous étonne le plus c'est que tous ces palais, enfilades de colonnades, sont ouverts, sinon aux 4, du moins aux 3 vents. Ah ... les Tropiques !

 

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        Le bazar de Chandni Chowk

 

 

        Inde OldDelhi Chandni Chowk (9)Nous nous enfilons ensuite dans les rues, les ruelles et les galleries couvertes du bazar longeant Chandni Chawk, dans une anarchie très organisée. Il y a un secteur entier (peut-être une centaine d'enseignes) consacré uniquement à la photographie, et une rue infiniment longue entièrement dédiée aux ... sequins, vous savez, ces petites paillettes brillantes que l'on coût sur les vêtements ! Et ainsi de suite : la rue des bijoux en argent, celle des offrandes, celle des saris, celle des curtis (tuniques), celle des jouets (made in China : la seule garantie est que, si vous touchez, le jouet va forcément casser), celle des colliers ...

 

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       Soir de ramadan derrière la mosquée

 

        Nous finissons la journée du côté de la grande mosquée, aux portes de laquelle nous nous pointons ecnore à l'heure de la prière ... Mais qui dit prière du soir, dit rupture du jeûne et donc ouverture pour la nuit du restaurant le plus fameux du secteur Karim's, tenu par les descendants du cuisinier des Empereurs du Fort. Nous allons y essayer de délicieux kebabs et autres moutonnades grillées ... Nous qui n'aimons pas ronger les os, nous pensons bien fort à nos mamans qui ici se régaleraient !

       Le ventre plein, la nuit tombée, nous plongeons dans la foule (littéralement la foule !) qui a inondée la rue de Chitli Bazar : la nuit du ramadan commence, les familles entières sont de sortie, qui s'achetant un nouveau voile, qui faisant de gourmandes emplettes pour le repas. Devant les cuisines à l'entrée des restaurants des hommes accroupis attendent l'aumône de leur pitance : des chapatis et des morceaux de viande leur tombent du ciel : merci Allah ! On doit jouer des coudes pour avancer, et les regards des mâles musulmans sont si insistants que je ne tiens pas longtemps avant de me voiler complètement, comme les autres, pour passer inaperçue ... Ca c'est de l'ambiance ! Nous baignons là de la tête aux pieds, dans une culture qui n'est pas la nôtre et nous enveloppe complètement ...

 

        Art moderne ...

 

         Loin des vieilles pierres et de la culture populaire, nous avons aussi touché, du bout du doigt, à l'expression de l'art moderne à New Delhi, visitant la Gallerie d'Art Moderne de la ville (très intéressant, les interactions entre les traditions artistiques autoctones et les canons institutionnels européens, mais bon, quand ça devient trop moderne, faut suivre ...). Notons qu'une après-midi sous la clim' c'est appréciable ; le repos qu'y gagne notre corps compense assurément la fatique liée au piétinement ! Et puis un soir on se laisse entraîner par Umed de vernissage en vernissage.

        D'abord celui d'une exposition rendant hommage à la première femme indienne photographe de presse, aujourd'hui âgée de 97 ans : Homai Vyarawalla ; l'occasion pour nous de parcourir les événements marquants du siècle dernier pour l'Inde, Indépendance, partition, mort de Gandhi, visites de la jeune reine d'Angleterre aux Indes, à travers de jolies photos en noir et blanc.

       Le second vernissage est celui du “Precious stonewall” (un mur de briques de verre” du français Jean-Michel Othoniel, si si vous le connaissez peut-être : c'est le sculpteur qui a transformé la station de métro parisienne Palais Royal-Musée du Louvre, en "Kiosque des Noctambules", couronnant la bouche de métro d'une sorte de grande couronne sertie de boules de verre coloré aux allures de pierres précieuses ! Bon, là il a un peu craqué ! Enfin, c'est un artiste ... En fait, pour cette oeuvre, il a travaillé le verre avec des artisans de Firozabad, en Inde. Bon, faut dire aussi que l'occasion est toujours bonne pour grignoter des petits en-cas gastronomiques !

Publié dans Inde-2

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zohra 15/09/2010 15:15



Pour qui a vu Kabhi khushi kabhie gham, quel plaisir de découvrir une photo de Chandni chowk! Merci pour tous ces articles et les photos qui les accompagnent!


En espérant que la route du retour se dessine sous de bons hospices.


Bisous à tous les deux!



devriese 06/09/2010 10:09



Bravo pour le self control clem... même par écrit, ça fait peur! J'en suis au point où^même tes colères me manquent! On est au stade critique = )