Aventures dans Delhi 2

Publié le par Sur la route de soi

 

      Visa iranien : parcours du combattant pour une poignée d'empreintes digitales ...

 

 

       (Epopée de la vie ordinaire : nous avons bien conscience que la longueur de ce texte sans images va en rebuter plus d'un, les plus flemmards d'entre vous en premier, mais les longueurs ne sont-elles pas l'apanage des épopées ? Bon courage ! Surtout aux prochains (Français) qui se risqueront à demander leur visa iranien à Delhi.)

 

        J1

 

         Bon, avec tout ça, n'oublions pas que la raison principale de notre séjour à Delhi, c'est la visite que nous devons faire à l'Ambassade (de la République Islamique) d'Iran en vue d'y déposer notre demande de visa. Enorme coup de bol, l'Ambassade en question (à l'intersection de Hailey Road, et de la rue Connaught Place) se trouve au bout de la rue qui voisine notre campement. Le surlendemain de notre arrivée je me couvre la tête d'un foulard et c'est parti !

       Nous voilà dans la place (soit dit en passant un fort beau bâtiment, tarabiscoté et couverts de mosaïques, éclairé, la nuit comme un sapin de Noël !). Prévenus par des prédécesseurs (la famille voyageuse des Théliot, voyez plutôt leur récit), nous nous attendons au pire ... et sommes bien décidés à ne pas nous faire avoir ni mener en bateau.

        Bon, ça commence bien, à l'intérieur il y a un joli salon (tapis persan bien sûr), des chiottes propres et la clim. De bonnes conditions pour attendre. Notre tour vient de nous présenter au guichet. Le type a l'air censé (pas comme, par exemple, celui de l'Ambassade du Pakistan à Paris). De quoi a-t-il besoin ? Que l'on complète ce formulaire, deux photos d'identité et ... nos empreintes digitales bien évidemment ! Allez, cela n'a pas l'air si terrible ! Nous remplissons le formulaire, le remettons, et ressortons. Il est 11 heures du matin, et le rocambolesque parcours des empreintes digitales commence !

       Rappelons à nos lecteurs que si l'Iran exige les empreintes digitales des ressortissants français souhaitant se rendre sur son territoire c'est bien par mesure de réciprocité, la France étant l'un des 4 pays au Monde exigeant les empreintes des Iraniens qu'elle accueille, dans sa traque aux terroristes. Assumant les choix diplomatiques de notre Etat, nous acceptons donc de bonne grâce de donner nos empreintes. Mais où ? Comment ? Et à qui ?

       Rappelons aussi, au passage, à nos lecteurs, que nous avons déjà, par deux fois, livrées nos empreintes aux autorités iraniennes, une fois à l'Ambassade d'Iran à Paris, l'autre fois à la frontière turco-iranienne. Qu'en ont-ils fait ? Nous les soupçonnons d'ailleurs de ne pas avoir réellement l'intention de les utiliser, car, si les empreintes prélevées à Paris l'ont été très professionnellement et informatisée, celles livrées à la frontière même tenaient plus d'un dessin d'école maternelle pour la fête des mères ! Bref.

L'employé de l'Ambassade ne nous a pas laissé partir sans quelques pistes à explorer dans l'ordre :

  1. faire appel au Consulat de France, censé nous aider dans nos démarches ;
  1. contacter une femme de sa connaissance, notaire exerçant en périphérie de Patiala House, dans la High Court (Kalesh Arya, Chamber 1, 9212347200);

  2. se rendre au poste de police de Tilak Marg, la rue de la Patiala House (High Court / Cour Suprême)

        Il est déjà trop tard pour nous rendre à l'Ambassade de France (Shanti Path), fermée au public l'après-midi. Nous décidons donc de commencer directement par la deuxième piste, le commissariat de police de Tilak Margh, heureusement non loin de notre quartier. Là, hélas, on ne peut rien pour nous. Les empreintes digitales ils peuvent pas les faire, ils n'ont pas les moyens ... Mais un policier de “l'accueil” nous renvoie vers un gars (aussi policier, mais sans uniforme), qui décide de nous conduire auprès des personnes compétentes en la matière du côté de High Court (dans la même rue). Cela recoupe notre piste numéro 3, nous le suivons donc, confiants, mais sur nos gardes (vu les mésaventures et les frais des Théliots).


        Patiala House : autour des bâtiments de la Cour Suprême, une fois passé le pseudo sas de sécurité, une sorte de cours des miracles plantée de barraques découpées en mini-bureaux dans lesquelles officient “notaires”, “juristes” et “avocats”. C'est très bizarre. Notre “policier-guide” se dirige tout droit à l'intérieur du bâtiment de la Cour vers le bureau (sordide mais ouvert au tout-venant) des personnes chargées de relever les empreintes ... des gens (accusés, témoins, victimes) engagés dans un procès. C'est bien là ce qui cloche. Nous ne sommes pas engagés dans un procès, ces gens ne sont donc pas “compétents” pour relever nos empreintes. Mais voilà notre guide qui tire un employé par le coude et se met à négocier on ne sait quoi. Ca commence à être louche. Je suis plus méfiante que jamais. Il en ressort que l'employé en question peut prendre nos empreintes mais ne pourra en rien les attester (ni nom, ni tampon, ni signature ...), tout cela pour la modique somme de 250 roupies chacun (total : 10 euros). Là, on est dépités : à quoi bon des empreintes si on ne peut attester que ce sont les nôtres ... Clément se tourne avec espoir vers le flic : mais vous, vous pourriez les attester au commissariat. Le flic s'empresse de dire oui oui, et, risquant la bidouille, on s'en va déposer nos pâtés d'encre bleue sur une vulgaire feuille A4 de mauvaise qualité. Plus 2 roupies chacun pour pouvoir nous laver (ça, on avait été prévenus par les Théliots) Entre temps le flic s'est fait la malle, non sans qu'on ait noté son petit nom ...

Retour au commissariat ... juste au moment où notre “policier-guide” enfourche sa moto pour se carapater. Il nous affirme que tout est arrangé, on n'a qu'à entrer dans le commissariat. Là, personne ne veut entendre parler de notre histoire d'empreintes. On dit que c'est Surkander, leur collègue, qui nous a dit que ... On nous fait passer de bureau en bureau, jusqu'à ce qu'on se retrouve dans le très beau bureau climatisé du Commissaire en personne (meubles anciens, laquets nous portant des verres d'eau fraîche, grands tableaux des statistiques sur la criminalité dans son arrondissement ...). Celui-ci s'intéresse à notre cas et fait revenir le dit Surkander, auteur de l'arnaque dont nous sommes victimes, et qui a l'air tout penaud et peiné de nos mésaventures : s'il s'était douté que le commissariat n'avait pas l'autorité pour attester notre paperasse ... Le Grand Chef l'engueule (ça y'a pas besoin de comprendre l'hindi pour capter) lui faisant savoir qu'il va devoir se débrouiller pour rattraper le coup, et le charge en conséquent de nous reconduire à Patiala House et trouver là-bas quelqu'un d'autorisé pour signer et tamponner ... des empreintes qu'ils n'auront même pas vu être relevées ... Le big boss nous précise qu'on ne doit pas payer plus de 50 roupies pour le coup de tampon. 

        Dans la cour des miracles de Patiala House il nous trouve effectivement un avocat ventripotant prêt à tamponner nos empreintes pour ... 2000 roupies par tête !!! (total : 80 euros) Je lui ris au nez, lui faisant cordialement savoir que c'est là du vol. Mais Monsieur me répond que pour que cela soit valable il faut que notre relevé d'empreinte passe par 3 Cours, chaque cours devant être payée ... J'hallucine complètement : 3 Cours attestant des empreintes sans avoir jamais vu le possésseur des empreintes, ni ses papiers d'identité, et ne pouvant en rien s'assurer de la véracité du lien entre personne physique-empreintes-identité. J'hallucine !!! On ressort de là furax. On sort alors de notre poche le nom de la personne de la 3ème option, la notaire. On trouve son bureau vide : celle-ci, suite à un accident ménager, est à l'hôpital. Gardant toujours Surkander sous le coude, on s'en va frapper chez le voisin, notaire lui aussi. Avec lui c'est 1000, puis 300 roupies par personne. Ca nous semble encore démesuré, vu le niveau de vie indien, surtout que rien n'est moins assurée que la crédibilité du document final. Et puis j'ai aucun intention de me faire entuber comme une débutante ! Nous retrouvons l'employé des empreintes, peu fier (car il a sûrement fait un truc pas légal) et on se fait rembourser nos 500 roupies en déchirant avec rage les feuilles A4.


        Et maintenant que faire ? Nous avons déjà épuisé les options 2 et 3, et pour la première il faut attendre le lendemain. Je ne sais plus qui nous conseille de nous rendre au Commissariat de Parliament Street (lieu qu'avait aussi évoqué le Commissaire du quartier de High Court). Et c'est reparti ! Nous arpentons une bonne heure durant les artères de New Delhi en direction du Parlement, descendant la très longue et large avenue de Rajpath qui mène de la Gate of India (sorte d'Arc de Triomphe) au Secrétariat et à la Résidence présidentielle.

Arrivés à la Police Station de Parliament Street, nous tombons à l'accueil sur une gentille femme (quoique très spéciale) qui prend à coeur notre cas, et nous entraîne de bureaux en bureaux, présentant, presque larmoyante, en tout cas suppliante, notre requête. Et, telle une balle de pingpong nous sommes renvoyés d'un chef de service à un autre, visitant par la même occasion ce bâtiment déchu d'un autre temps, nous évoquant les casernes militaires des aventures de Zorro. Les palles des ventilateurs qui tournent en ronronnant. Ici, un employé somnolant, là, un autre, devant son écran d'ordi, très concentré sur son jeu d'échec. Conclusion au bout d'une heure et demie de parlementations (d'où le nom de la rue ???) : ils pourraient éventuellement prendre nos empreintes si toutefois l'Ambassade qui en a besoin leur en fait la demande écrite personnelle. C'est toujours ça. Le soir est là. On n'en peut plus !

 

       J2

 

        Le lendemain, pour commencer, on se rend à l'Ambassade de France, en voiture. Notre Ambassade, à l'instar de toutes les Ambassades sauf celle d'Iran (et peut-être quelques autres) se trouve sur un boulevard exclusivement conçu à cet effet, où se côtoient une surenchère de bâtisses surdimensionnée, qui ressemblent toutes, peu ou prou, à d'énormes cubes blancs. En la matière, l'Ambassade de France n'est pas en reste. Intérieur simple mais luxueux. Nous sommes émus devant la propreté des toilettes, cela faisait si longtemps ... On nous dirige vers un gars bien sympatique du Consulat ... chargé des affaires sociales, et qui considère notre cas avec empathie. Il se renseigne : impossible de prendre nos empreintes ici. Il parvient même nous convaincre que c'est à l'Ambassade d'Iran de faire un effort, si elle n'est pas capable de relever nos empreintes par ses propres moyens. On discute un peu de la situation du côté de Leh, et on repart.

        Cap sur l'Ambassade d'Iran : on leur remet les photos qu'on a fait entre temps, histoire de les amadouer ! Mais ils ne peuvent/veulent pas nous aider. Ils refusent même de produire un document stipulant que nous avons besoin que nos empreintes digitales soient prises. Rien. Soit disant selon eux que c'est à notre Ambassade d'aider ses ressortissants, pas à eux. Eux ils aident les Iraniens, pas les Français. Les Iraniens n'iraient pas demander à l'Ambassade de France de les aider pour leurs empreintes (justement si !) alors ? Avec ça on est bien barrés je vous jure. Nous découvrons les joies d'être une balle de tennis lors d'un bon match, avec des échanges longs, entre des concurrents décider à faire durer la partie ... Nous exigeons une entrevue avec le responsable du service des visas ... empathique et intelligent... qui contacte ses supérieurs en Iran : non, bien que l'on ait déjà pris deux fois nos empreintes et qu'on les reprenne probablement quand nous passerons la frontière terrestre, il les leur faut encore. L'employé nous renvoie vers la Patiala High Court : son amie notaire est sortie de l'hôpital et nous attend. Elle nous attend même de pied ferme car, elle, compte bien nous vendre son paquetage de signatures et de tampons pour 2000 roupies au total, parce qu'on est des amis ! Celle-là je lui claque la porte au nez direct, elle est vraiment trop conne !

        Nous rentrons, désespérés et excédés (tout ça pour quelques centaines de roupies vous me direz, c'est ridicule, mais nous étions décidés à ne pas nous faire arnaquer, quitte à en payer un autre prix, physique et moral celui-là. Umed nous ramasse à la petite cuillère et prend les choses en main, avec l'aide du vieux chauffeur de la maison, malin et avisé. Et c'est ainsi que nous retrouvons DERRIERE le commissariat de police de Parliament Street (sur sa droite), dans une sorte de cours où, derrière des bureaux installés à l'ombre de bâches et toujours dans le ronronnement et le souffle des ventilateurs, officient ... des notaires publics et assermentés ! Le premier venu accepte de prendre nos empreintes et d'attester leur lien avec notre identité. Sa table est couverte de tampons variés et de “timbres fiscaux” imprimés sur des feuilles A4 ... En une petite demie-heure l'affaire est réglée, tamponnée, signée, estampillée, pour un total de 650 roupies : 300 par tête plus 25 chacun pour le dactylo qui a tapé le texte. On n'en revient pas : c'est le même mec qui a tenu nos doigts pour relever nos empreintes, qui a vérifié nos papiers d'identité et qui a signé et tamponné : quelle transparence ! Un grand merci à Umed et à son chauffeur sans qui ... on ne sait pas ce qu'on aurait fait !

Nous sommes ravis ... reste à savoir si les documents sont valables et seront acceptés ...

 

        J3

 

        Mercredi matin. Nous voilà partis, tous fiers, à l'Ambassade (d'Iran) avec nos précieux documents. Là, fallait s'y attendre, l'employé fait la grimace : il n'y a pas le tampon de la police, ça ne vaut rien. On lui montre que, quand même, c'est tamponné “Notary of the Government of India Parliament Street”. Il est tout dépité qu'on ait pas fait appel aux services de sa collègue. On exige de parler au chef de service. Celui-ci examine nos documents et valide. L'employé nous dit qu'ils n'ont été acceptés que parce que nous avions déjà déposer nos empreintes deux fois et que “ça ferait bien l'affaire pour cette troisième”. Enfin, ça c'est ce qu'il dit, pour ne pas perdre la face à mon avis. Enfin ce qui compte c'est que le dossier est clos. Nous allons payer les visas à la National Bank of India à deux rues de là (Tansen Marg). 3200 roupies (60 euros) chacun tout de même. Nous allons ensuite faire une photocopie du reçu (mesure exigée par l'Ambassade) et l'affaire est dans le sac ! On revient quand ? Vendredi.

 

        J5

 

         Deux jours plus tard, Clément revient avec nos passeports forts de leurs nouveaux visas ... nous autorisant à un séjour de 2 semaines (seulement) en Iran dans les 3 mois qui viennent.

 

       Fin de l'épopée.

 

 

Publié dans Inde-2

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Commenter cet article

fil 07/09/2010 19:59



hello à vous 2 !


on a hâte de vous revoir, quand je vois vos photos, je me demande ce qu'on fout là, mais bon, demain ça ira mieux.


A quand votre retour ?


Je vous embrasse bien fort tous les 2, prenez soin de vous et revenez nous en forme.
kheira



devriese 06/09/2010 10:18



LA vache!!