Aventures dans Delhi 1

Publié le par Sur la route de soi

  (Avant de lire cet article : avez vous lu l'article antidaté au 15 août "En redescendant des montagnes" ?)      

   

    Independance Day

 

        Notre premier jour à Delhi ... est le jour où le pays célèbre son Indépendance (le 15 août 1947). Le coeur de la ville s'est arrêté pour ne battre qu'au son des discours proférés du haut des murailles du Fort Rouge, entre autres celui du premier ministre (Manmohan Singh) . A l'heure où les foules prêtent l'oreille aux politiques et politiciens (tentant de se justifier des retards faramineux pris dans les travaux de construction liés aux prochains Jeux du Commonwealth et promettant des lendemains meilleurs) nous traînassons sur la terrasse de notre nouveau palais. Nous n'avons pas encore vu nos hôtes, mais déjà le cuisinier est à nos petits soins pour le petit-déjeuner !

        Nous nous lançons à l'assaut de la ville, nous engouffrant dans le métro, seule artère de la ville en mouvement (bien que ralenti) ce jour-là, d'où nous émergeons à Chandni Chowk, poumon chantant du vieux Delhi. Là, bien que la plupart des échoppes du bazar aient leurs portes closes, l'animation est au rendez-vous. Mais c'est surtout le ciel qui nous fascine : des centaines et des centaines de cerfs-volants de toutes les couleurs y virevoltent inlassablement, poétique et silencieux balai des airs. Scrutant alors la brume de chaleur nous distingons peu à peu, une à une, les silhouettes des enfants (et surtout des papas trop vite grandis) qui tirent sur les fils de ces marionnettes de papier, perchés sur les toits ou les terrasses des immeubles.


Inde Delhi Independance-day (15)


Inde Delhi Independance-day (4)cerfvolant

 

 

 

 

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Inde Delhi Independance-day (2)JamaMasjid        Nous marchons en direction de la grande mosquée, la Jama Masjid. Là la foule tout de blanc vêtue, du calot au pantalon en passant la longue chemise, envahie allées et trottoirs, sollicitée par de nombreux vendeurs proposant tapis de prière, manteaux longs, calots de dentelle, en-cas, coran, et autres photos recolorées et encadrées des plus belles mosquées du Monde ... Nous tentons de nous frayer un chemin entre les fidèles : la mosquée en impose et on aimerait bien jeter un coup d'oeil derrière les murailles qui l'enserrent ... mais, sans que l'on comprenne bien pourquoi, on est refoulés à l'entrée ... disons qu'on aurait pu passer mais on a refusé de céder à un anarqueur cherchant à nous soutirer 200 roupies chacun. Les flics qui gardent l'édifice nous confirment que l'accès est autorisé et gratuit ... mais voilà que c'est l'heure de la prière ... Nous contournons cette citadelle du culte musulman (nous disant que nous retenterons notre chance un autre jour) et allons déambuler dans le quartier de Chawri Bazar, endormi par l'arrêté municipal.


Inde Delhi Independance-day (20)JamaMasjidDerrière la grande mosquée, Chawri Bazar

 

       Du linge sèche un peu partout, des fils pendent, des gens se balladent, des rickshaws se croisent, de l'eau stagne.

 

Inde Delhi Independance-day (21)lingeOù fils électriques et fils à linge ne font qu'un ...

 

Inde Delhi Independance-day (16)boucsBoucs géants ...

 

Inde Delhi Independance-day (14)volantsAprès les cerfs-volants ... les volants ! Vous en voulez un ?

 

Inde Delhi Independance-day (25)ChawriBazarLa légendaire propreté des rues ... au fait, quelqu'un aurait perdu une buse ?

 

Inde Delhi Independance-day (9)hotel nazeEnfin un hôtel qui ne se fait pas d'illusions sur le niveau de ses prestations !

 

Inde Delhi Independance-day (22)ChawriBazarIlôt de rue.

 

         Des flaques, d'énormes flaques ... Car nous ne sommes pas arrivés à Delhi n'importe quel jour. Nous sommes arrivés à Delhi juste après les 24 heures les plus arrosées de la saison. 17,4 mm (cela veut dire qu'il est tombé 17 Litres par mètre carré) à Delhi dans la journée de samedi ... qui ont été la cause de nombreuses et dramatiques innondations, immergeant notamment les sites en construction pour les jeux du Commonwealth, rendant toute progression impossible. Pas étonnant que nous ayons été pris dans les bouchons la veille ! Et pourtant dans d'autres quartiers de la ville il n'y parait pas : les pluies ne tombent pas partout ni dans les même quantités !!!

 

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        Tranquillement nous parcourons à pied les kilomètres de boulevards qui séparent l'Old Delhi du New Delhi. Dans la lumière du crépuscule, alors que nous passons près d'une sorte de parking-dortoir pour touktouk désoeuvrés, un gars, venant en face de nous, en arrivant à ma hauteur, me balance sa main entre les jambes, comme ça, en passant. Très désagréable attouchement.  Furibonde, je fais volte-face, le rattrape, bien décidée à lui octroyer une baffe mémorable sur sa pauvre joue de pourriture. Inde NewDelhi foulureForcément, je me loupe, lui cogne le crane, et là, je ne sais plus bien pourquoi, il m'attrape le bras (gauche) pour me repousser et s'enfuit.  Clément, qui marchait devant, me voyant frapper le gars sans pour autant connaître la raison de mon courroux, se lance à la poursuite du fuyard, qu'il laisse s'échapper pour ne pas me laisser seule : “Si je l'avais attrapé je lui aurais pété la gueule”. Il revient vers moi, je suis en train de me tordre de douleur : c'est mon poignet qui me fait mal mais c'est l'humiliation et le choc de l'affront qui me tirent les larmes des yeux sans que je puisse les retenir. Les chauffeurs de touktouk, surpris et désemparés nous entourent. Bon bah voilà, 1ère agresssion de ma vie (et n'allez pas croire que j'étais habillée olé-olé : on sortait du quartier de la mosquée, j'étais plus enturbanée qu'autre chose) ; j'en serais quitte, tout de même pour une bonne foulure du poignet gauche qui m'handicapera 3 jours durant et dont je ressens encore les morsures aujourd'hui ...

 

         Sur ce, nous rejoignons Jérémie (notre copain du tour à moto dans l'Himalaya) à Connaught place et passons une très agréable soirée, déjà nostalgique, en sa compagnie ... Vivement la soirée tartiflette qu'on va se faire en Suisse tous ensemble Jéjé !


Inde NewDelhi Independance-day Jeremie

 

 

 

        Terrain de camping et famille d'accueil

 

        Campement

 

        Nous avons passé 15 jours chez Umed, dans son jardin. Lorsque les pluies se sont fait trop fortes (Delhi a enregistré dans les jours qui ont suivi notre arrivée un record de pluies de mousson en 15 ans, avant même la mousson finie), transformant le gazon en marre et la terre en pataugeoire, nous avons déplacé la Grenouille de son lit de boue sous les arbres au sol de béton du terrain de basket, et avons déployé la tente verte. Nous en avons aussi profité pour déployer les mesures anti-moustiques (moustiquaire, vêtements couvrants, répulsif en spray et serpentins fumigènes), une épidémie de fièvre dengue s'étant déclenchée dans la capitale (article du Times of India du 27 août). Les fortes pluies ont créé des bassins d'eau stagnante (favorisés par les énormes travaux en cours) où les moustiques porteurs de la dengue se reproduisent et pulullent. Ce sont de petits moustiques à rayures noires et blanches (ce sont les même bébètes qui, d'ailleurs, peuvent être porteuses du chikungugnia).

 

       Ceux-ci sévissent de jour, contrairement aux anophèles (les moustiques chargés de répandre la malaria/paludisme), qui elles s'occupent de nos nuits. Ce qui est sûr c'est que ces zones d'eau, trop nombreuses et étendues, sont incontrolables par les autorités sanitaires. Donc à nous les moustiques !!! Ces eaux de mousson ça veut aussi dire, un taux d'humidité de 97%. Quoi ça veut dire ? Je tiens de source sûre (merci Sonia), que 100% c'est le taux à partir duquel l'eau en suspension dans l'air se condense et dégouline. D'un point de vue plus concret, malgré la chaleur (et aidé il est vrai par les trombes d'eau quasi quotidiennes) notre linge a mis plus d'une semaine à sécher !!!


Inde NewDelhi campement 11KasturbaGandhiMargh

  Campement dans le jardin, avec les oiseaux, les singes, et les écureuils rayés !

 

 

         Nos hôtes

 

        Umed, de retour lui aussi de Manali, Nous fait visiter son “studio”. Il est, pour son loisir, photographe. Il faut dire que la vie d'Umed n'est que loisirs, de grasse-matinées en repas, de siestes en bon temps avec les amis, de voyages en séjours exotiques. A 32 ans, comme il dit “je n'ai jamais travaillé”. Il vit dans la maison de famille, partageant le premier étage avec son père, son frère et sa belle-soeur, tandis que sa grand-mère, son oncle et sa tante vivent au rez-de-chaussée. Pour tout ce petit monde, plus d'une quinzaine de domestiques (3 chauffeurs, 2 cuisiniers, plusieurs gardiens, hommes à tout faire, femmes de ménage ... ). Mais là la maison est sans-dessus-dessous : un bébé ne va pas tarder à pointer le bout de son nez, l'occasion de refaire à neuf, peintures, système électrique, de réaménager les espaces ... Umed lui-même campe dans la chambre d'amis ... avec ses amis de passage d'ailleurs (avec qui il joue à la play station).

 

       Car il y a les amis qui passent et repassent, venus d'un peu partout, en partance pour un peu partout, nous rencontrons beaucoup de monde et pratiquons notre anglais plus que jamais. Car chez ces gens-là, Madame, on parle un anglais très chiadé, bien plus corrigé et élaboré qu'en Angleterre même. Plusieurs d'entre-eux nous confient que c'est là leur vraie langue maternelle, l'hindi étant bien pratique dans la vie de tous les jours, mais bon, maman et papa eux leur ont toujours parlé en anglais. Autant dire qu'autour des bières de l'apéro du soir ça s'agite dure du côté de nos neurones qui tentent tant bien que mal de comprendre les conversations, voire d'y participer ! Si vous ajoutez à cela que cette maison est arrosée chaque matin des principaux journaux de la presse indienne que l'on feuillette quotidiennement (et pas seulement pour les images, malheureusement assez criantes : les inondations, les tristes bains de sang au Cachemire, le vilain-méchant moustique dengophile, le Pakistan sous les eaux ...), on peut dire que c'est un vrai séjour linguistique que nous faisons là !

 

       Nous utilisons à volonté le wifi de la maison, ce qui nous a permis de vous livrer les premiers volets de l'épopée à moto dans l'Himalaya et de donner des nouvelles aux uns et aux autres. Il est aussi bien agréable d'avoir accès au ventilateur, à la douche, aux toilettes, presque quand bon nous semble ; je me sens si bien dans cette vraie salle de bain, que, oubliant que je n'étais pas chez moi, en France, j'ai bien failli avaler l'eau du robinet ! J'aurais certainement payé l'erreur de quelques ennuis : n'oubliez pas qu'ici l'eau courante n'est jamais potable !

 

       Préférant à l'évidence garder notre indépendance nous sommes régulièrement sortis manger dans les petits restos des environs, approfondissant notamment notre découverte des plats d'Inde du Sud (dosais variées, idli, utthapam, sambhar ...) quand nous ne mangions pas à la voiture de notre petite cuisine de camping. Nous nous sommes aussi laissés inviter à dîner quelques fois. A la table de la maîtresse de maison (la belle-soeur) nous avons ainsi eu l'honneur de goûter à un délicieux plat de mouton en sauce (yaourt et épices variées) dont la recette est un secret de famille.

       Un soir nous avons suivi Umed au Gymkhana Club pour y fêter l'anniversaire de son pote de Dubaï. Car nos amis fréquentent des “clubs”, de ces lieux sélects où, dans les films, on voit les joueurs de golf ou de tennis de bonne famille aller prendre un verre après l'exercice, loin de la plèbe et des bas fonds de la cité. L'argent n'y circule pas, chacun a son compte (ou celui de pôpa). Soirée très sympatique cela dit, mais impossible de payer un pot, nous qui ne sommes qu'invités et ne possédons là aucun compte. Pour faire partie de ce club, il faut être enfant de ou femme de, haut dignitaire ou bien se mettre sur une longue liste pour une attente d'une vingtaine voire d'une trentaine d'année ! Un autre soir nous étions invités chez l'un de ses cousins (il en a beaucoup !) pour le buffet d'anniversaire de celui-ci. Entre autres mets, une sorte de pâte de viande de mouton richement épicée (l'aspect s'apparente à celui d'un boudin noir hors de son boyau). Nous apprenons que cette recette est née pour répondre aux désirs d'un vieil empereur monghol qui avait perdu toutes ces dents mais souhaitait continuer à se délecter de viande. Ses cuisiniers se sont alors mis en quatre pour lui hâcher (extrêmement) menu les meilleurs morceaux du mouton ! Ainsi naquit un plat royal !Un régal, certes, mais épicé !!! Pour le déjeuner dominical, notre famille d'accueil à l'habitude de manger ensemble au restaurant. Nous nous retrouvons ainsi embarqués à une table fort chic, perdus entre divers plats thaï et chinois particulièrement fins : on ne savait plus où donner de la tête !

       Nous proposons alors à nos hôtes de leur préparer un dîner de chez nous. Mais l'idée d'un repas à la bonne franquette sur notre table de camping se transforme en projet de dîner mondain ! Une après-midi entière de courses à travers Delhi pour trouver des ingrédients de chez nous avec l'aide d'un des chauffeurs, puis plusieurs heures en cuisine, sous le regard attentif du cuisinier qui prend des notes. Efforts récompensés car le dîner (salade du chef, gratin dauphinois -au cheddar, et tarte au citron -merci Sophie pour la recette !) fut un succès !

 

Inde Newdelhi campement pluie (2)

  Sur le terrain de basket et sous la pluie (New delhi)

 

Publié dans Inde-2

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isabelle paturel 04/09/2010 20:16



Mille Mercis pour ces pages croustillantes... Ca y est, je suis à jour dans la lecture profitant d'un grand moment de calme pendant que la jeunesse s'amuse dans le maïs! C'est vraiment incroyable
ce que vous vivez!!! J'en reste coi!  Baba quoi! Bzz! faîtes gaffes aux sales moustiques...En ce moment c'est beaucoup d'actualité la Dengue!! BIZZZZZà tous deux. Isa


 



fabienne 04/09/2010 12:01



ravie d'avoir de vos nouvelles en cette fin d'été; comme je ne suis pas flemmarde ,j'ai lu tous vos écrits !! L'inde exige patience et compréhension... Vos photos du vieux Delhi m'ont rappelé
d'émouvants souvenirs.J'ai foulé ces mêmes artères , arpenté ces marchés mais sans mousson! faites attention à la dengue et restez prudents je vous embrasse et attends la suite avec la même
impatience