Autour du golfe de Khambhat

Publié le par Sur la route de soi

   De Palitana à Daman : autour du golfe de Khambhat, dans le Gujarat  

    Nous filons par la campagne, rebroussons chemon jusqu'à Talaja puis virons au Nord : il s'agit de contourner le golfe de Khambhat pour redescendre ensuite en direction de Bombay (où nous avons réservé une chambre au YMCA pour mardi). Nous trouvons en bord de route un hôtel-restaurant qui fait très calme, limite chic. Salle à peu près aussi miteuse que les routiers, repas bon sans plus. Mais la voiture est garée à l'ombre et nous montons dans la tente de toit attendre que la fin d'après-midi chasse la chaleur torride. On n'est bons à rien sauf à rester le plus immobiles possible et à capter avec soulagement le moindre souffle d'air.
    17h Paysage de plus en plus pauvre, sec et poussiéreux. Nous avons bien des peines à comprendre où nous diriger pour sortir de Bhavnagar par le bon côté. Bhavnagar est une sacrée grosse ville et nous cherchons un petit brin de route, pas très sûrement tracé sur la carte, qui coupe pour rejoindre l'autre rive du golfe. Nous nous retrouvons sur une langue d'asphalte qui trace au milieu de marais salants, à notre gauche (côté terre), croûte de sel ou boue craquelée, à notre droite, étendue de terre séchée et de roseaux. Nous bifurquons sur un petit routin à notre gauche où est fléché le Velavadar Natural Park, réserve naturelle d'oiseau. Le panneau est bien vieux, le routin, au milieu des marécages asséchés, désert. Nous ne croisons aucun véhicule. A un endroit où l'asphalte s'élargit nous stoppons la voiture.

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Nous sommes au milieu de nulle part. Marais à sec, hautes herbes sèches et petits épineux. Bande d'asphalte défoncée. Rien. Des biches nous gardent à l'oeil. Nous sortons les jumelles : pas une habitation en vue, la plaine vide à perte de vue. On entend le moindre bruit à des kilomètres. Le vent souffle fort, l'air est bon. C'est sur le bord de cette route que nous faisons notre toilette, douche tiède. Peau nue exposée aux quatre vents face au coucher du soleil. Euphorie de cette solitude, de ce calme, pour nous tout seuls. Nous craignons les moustiques mais il y en aura à peine un.
Il y a un hic : peu de vivres en soute ... dîner de rois avec trois fois rien, table dressée au milieu de cette route qui nous appartient pour la nuit. Nous recevons la visite de centaines, que dis-je, de milliers, de petites bébêtes qui piquent pas mais qui pulullent et se glissent partout, type charençons, qui, malgré leurs chatouilles et leur omniprésence, ne réussiront même pas à nous gâcher la soirée ! De toute la nuit pas plus de 6 véhicules passeront par là : rickshaw et camionnettes aux bennes lourdement chargées d'une floppée de villageois, moto que l'on entend venir de très loin, à l'évolution très lente entre les reliefs accidentés de la chaussée.


    Dimanche matin. Lever du soleil. Mauvaise surprise :
Inde Gujarat Palitana-Daman (4)j'ai voulu faire ma maline mais maintenant les mollets tirent. Départ aux aurores, à la fraîche. Nous sommes peu nombreux à cette heure à rouler à travers les marécages, mais, assez rapidement, nous rejoignons un axe plus emprunté. Nous n'avons aucune idée d'où nous sommes sur la carte. Nous utilisons deux cartes : notre carte routière au 3 000 000 de l'Inde  achetée en France, et un petit atlas routier acquis en Inde qui offre une planche cartographiée par Etat. Inde Gujarat Palitana-Daman (5)Mais qu'est-ce que le petit bout de chemin que nous allons effectuer à l'échelle du sous-continent indien ??? Bref, pour la zone concernée nos deux outils de référence diffèrent en presque tous points, n'indiquant ni les mêmes découpages de la côte, ni les mêmes noms de ville, ni les mêmes tracés de route ... Et c'est à peine si nous retrouvons un élément de l'un ou de l'autre, de temps en temps, sur notre parcours ... On se dirige un peu au soleil, un peu à la boussole, et un peu en suivant le flux ... Après les cocotiers, le cotton et les marais salants nous voici au beau milieu de vastes champs de larges et épaisses feuilles vert sombre, comme des épinards géants. Du tabac, de part et d'autre de la route, et à perte de vue, des cultures de tabac, des petits plants espacés aux lourdes plantes prêtes à être cueillies. Par ci par là des palmiers et des "arbres à canabis" que nous soupçonnons de plus en plus être des manguiers maintenant que des embryons de fruit ont remplacé les grappes de fleurs ... Nous avons hâte d'être à la saison où les mangues seront mûres ! On a remis l'auto-radio en marche, ça faisait bien longtemps. On rechante nos classiques sans se lasser. Pause pour acheter des bananes à un carrefour, puis à un autre carrefour pour faire notre petit marché de légumes. Par endroits la route est vraiment belle, se glissant sous de longues voûtes d'arbres, longeant les champs où tout le petit monde paysan s'affaire. Nous enjambons de larges estuaires où se baignent les buffles, où des femmes portent le linge, où des hommes posent des filets ...

   Inde Gujarat Palitana-Daman (9)


   Nous nous arrêtons déjeuner de très bonne heure, avant d'avoir eu le temps de se plaindre de la chaleur. Je peux à peine mettre un pied devant l'autre tant ça me lance dans les mollets. Je tangue. Je suis en train de payer bien cher les 3500 marches de la veille. Dans ce routier très animé tenu par des musulmans (vêtus de blanc sous leur petit calot) nous nous régalons de délicieux petits plats : le traditionnel palak paneer (épinards et fromage indien) ainsi qu'un râgout épicé de noix de cajou plus typique du Gujarat. Excellent. Nous faisons quelques kilomètres de plus pour trouver un coin à l'ombre où attendre la fraîche en bouquinant.



   Inde Gujarat Palitana-Daman (11) Fin d'après-midi. Route encombrée. Bharuch : première ville d'Inde que nous traversons avec des immeubles qui pourraient nous rappeler des villes européennes un peu pauvres, serbes ou bulgares mettons. Nombreuse population plutôt musulmane. Nous rejoignons ici une autoroute : on paye, on passe un énorme pont, il y a quatre, six voies séparées mais la chaussée est très mauvaise et il y a un bordel monstre. Slalom entre les véhicules, j'ai l'impression d'être sur un circuit de formule 1 ! Nous chantons à tue-tête pour garder le moral. Nous voulons gagner Daman (qui, avec Diu, toutes deux anciennes enclaves portugaises, forme un territoire indépendant) pour y faire étape.
   
   La nuit tombe, il y a toujours autant de circulation, beaucoup de travaux, des véhicules en panne, et nous ne savons absolument pas où nous en sommes de notre trajet. Aucun panneau lisible dans cette cohue ... 20h On n'a plus le coeur à chanter. 21h Nous nous rendons compte que nous avons dépassé Daman et faisons demi-tour. Une fois sur le territoire de Daman nous errons un bon moment dans la nuit, d'abord éblouis par les lumières d'une Ville peu attirante, puis à l'aveuglette dans une campagne peuplée de maisonnettes et de cabanes. Notre "bon plan Daman" ne semble pas être à la hauteur de nos espérances. Trop peuplé, trop pollué, d'énormes bassins d'eau (épuration ?) dégageant une odeur nauséabonde du côté de l'autoroute, nous n'avons plus aucun espoir de trouver un coin paisible où passer ne serait-ce que la nuit. Nous poursuivons néanmoins, en direction de la mer, suivons la flêche Jampore beach, et longeons un bord de plage-poubelle (les plastiques blancs ou argentés ressortent particulièrement bien dans le noir) jusqu'à ... un cul de sac. On est au bout. Il fait noir, il n'y a personne, à part de petites barques de pêche qui sillonnent la mer. Mer plate, vent d'Ouest qui porte vers nous les voix des pêcheurs. C'est là que l'on coupe le moteur, comptant sur les palmiers de l'autre côté de la chaussée pour nous protéger des premiers rayons de soleil du matin. Douche de fortune, purée, et au lit sans demander notre reste. On en espérait plus tant. On verra bien demain.

Publié dans Inde-1

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