Atteindre la frontière

Publié le par Sur la route de soi

 

      C'est en compagnie de Fabien que nous quittons la jungle enchanteresque de Bardia le lendemain matin. Il doit absolument gagner la frontière le jour-même, son visa arrivant à expiration. Nous décidons donc de l'escorter pour pouvoir le dépanner en cas de problème. Mais, après une nuit agréablement fraîche, les premières gouttes d'un gros orage nous surprennent au pied au lit. Nous plions bagage en hâte car nous avons 13 km de chemin de terre (pouvant se transformer rapidement en bourbier) et un gué à franchir, et il ne s'agit pas de se retrouver piégés côté jungle ! Nous roulons sous des trombes d'eau et nous atteignons le lit de la rivière quasi-asséchée avant que le niveau des eaux n'aie monté.


      Et dire que ce n'est pas encore la mousson !


       Nous retrouvons avec soulagement l'asphalte de la Mahendra Highway et nous nous ennivrons du délicieux parfum qu'exhale la forêt après l'averse. Le concert des grenouilles bat son plein, quand, tout à coup, la route coupée nous oblige à emprunter une piste qui nous mène à ... un gué d'eau boueuse. Rappelons qu'il s'agit d'une des trois routes principales du pays ... Nous observons des véhicules passer (bus, tracteur, jeep) : c'est que c'est un peu profond quand même ... Fabien se lance, levant haut les jambes, et retrouve sans problèmes la terre ferme, de l'autre côté. Nous déglutissons et plongeons : de l'eau jusqu'aux phares, la voiture s'aggrippe aux galets tapissant le lit du torrent, et passe. A l'intérieur, nous pataugeons un peu, mais sommes contents d'en être sortis indemnes !




      La vis du tirant de chasse (troisième épisode)


       Nous poursuivons notre route vers l'Ouest sous une pluie battante. Un magnifique pont suspendu (signé la coopération népalo-indienne) nous permet de traverser la Karnali, l'un des affluents majeurs du Gange, dans un splendide paysage d'eau et de brume. La lumière est magnifique, bleu cendré. Nous nous arrêtons pour un deuxième petit-déjeuner de nouilles sautées sur le banc d'un bouiboui de village. Clément profite de l'éclaircie pour jeter un coup d'oeil aux vis du tirant de chasse (vous vous souvenez ?). Forcément il y en a une qui commence à se barrer et il se met, allongé sur le sol boueux, à la revisser, sous les regards exaspérants d'une dizaine, puis d'une vingtaine, puis d'une trentaine de badauds. Ils seraient pas un peu indiens dans le coin ???


      Exode ?


       Sur la route nous croisons des centaines et des centaines de personnes, hommes, femmes, enfants, venant à notre rencontre, confluants tous dans la même direction, qui à vélo, qui en moto, qui en voiture, qui à pied, qui en charette. Le plus impressionnant ce sont ces bennes de tracteurs chargées parfois d'une cinquantaine d'âmes que nous croisons : les femmes avec leurs nourissons et les très jeunes enfants ayant le privilège de partager la cabine du tracteur avec le chauffeur ... Il fallait les voir tous, si nombreux. S'ils avaient eu bagages et meubles avec eux on aurait pu croire qu'une guerre népalo-indienne venait d'éclater et que le peuple en exode désertait les frontières pour se replier vers le coeur du pays ! On s'est aussi imaginé qu'ils fuyaient une région entière sinistrée par de terribles inondations ! Dans la gueule de quel loup étions nous en train de nous jeter ! Plus probablement ces gens devaient affluer pour on ne sait quelle raison vers on ne sait quel temple. Plus tard nous avons réaliser que nous étions le 21 juin : sachant la place réservée aux astres et au soleil dans la religion hindoue peut-être tout ce remue-ménage était-il lié au solstice d'été ? L'énigme reste entière ...


      Pause déjeuner


       Vers midi nous butons contre la frontière : nous avons traversé la ville-frontière de Mahendranagar où nous pensions passer la journée et surfer un bon moment sur le net sans nous en rendre compte. Le soleil nous cuit à petit feu. Nous nous débarassons vite-fait bien fait des formalités d'immigration et de douane et retournons avaler notre dernier dhal bat dans un boui-boui côté népalais. Copieux et savoureux. Nous amusons la galerie en nous exerçant à utiliser le filtre à purifier l'eau de Fabien : un petit bijou signé Katadyn (d'une valeur de 300 euros quand-même) qui permet d'assainir parfaitement et donc de rendre potable n'importe quelle eau en une minute de pompage à main (et ce pour 15000 litres, après quoi il faut changer l'espèce de pierre-filtre). Ca nous amuse bien, et les voisins aussi.

      Nepal frontiere-Mahendranagar petite-coiffeuse (2)Et puis, alors que je finis ma troisième assiette de riz, voilà la petite serveuse qui détache mes cheveux et entreprend de les coiffer : la raie au milieu, une tresse ... et la voilà qui revient avec un rouge à lèvre avec lequel elle trace au milieu du crâne, entre les cheveux écartés, la ligne rouge que portent les femmes mariées, avant d'orner mon front, entre les sourcils, d'une tika de princesse. Elle complète le travail en m'écrasant le baton de rouge-à-lèvre fushia sur les lèvres, en me tartinant les paupières de poudre rose bonbon et en cernant mes yeux de khôl. Elle n'est pas peu fière du résultat : une vraie Barbie ! Mais une Barbie hindoue !!! Elle est adorable cette gamine, 14 ans, mais déjà la générosité d'un coeur de femme. Elle me montre aux voisins. Un petit garçon vient timidement me complimenter ...

Nepal frontiere-Mahendranagar petite-coiffeuse


      Frontière indienne


       C'est donc ainsi déguisée que je me présente à la frontière indienne où les fonctionnaires accueillent mes charmes hindous avec le sourire. Aux douanes on se voit même offrir un chewing-gum. On se dit que les employés de la frontière turco-iranienne pourrait en prendre de la graine, histoire de détendre un peu leurs otages administratifs ...

       Entre les bureaux népalais et les bureaux indiens il y a un large no-man's-land que l'on traverse sur une piste cahoteuse. Pour passer sur le territoire indien à proprement parler il faut ensuite franchir (moyennant taxe) un large barrage hydro-électrique qui enjambe la Mahakali Khola. 

      

      Au revoir au Népal


     Nous laissons derrière nous un Népal beaucoup plus complexe qu'on ne se l'imagine, un Népal où nous aimerions certainement revenir un jour, mais cette fois-ci pour sortir un peu plus des sentiers balisés, un Népal souriant, à l'image de cette jeune népalaise qui m'avait coiffée le midi, un Népal d'injustices profondes aussi ...

       Ce Népal nous a offert en cadeau plein de belles rencontres, des rencontres avec des voyageurs avec qui nous avons eu plaisir à échanger et partager. Salut à tous !

Publié dans Népal

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